L’insurgé (1926-1927)

Le premier numéro de L’Insurgé - Journal d’action révolutionnaire et de culture individualiste - est daté du 7 mai 1925 et le dernier - à notre connaissance -, n° 61, est daté du 10 juillet 1926. Pour plus de précisions quant à la liste de ses collaborateurs, on peut se référer à la fiche technique mise en ligne sur le site "Bianco : 100 ans de presse anarchiste".
Il a été publié sous la direction d’André Colomer. Ci-dessous nous reprenons sa biographie publiée sur le site "dictionnaire des militants anarchistes".


Biographie d’André Colomer.

COLOMER, André [COLOMER Jean, Éloi, André]

Né le 4 décembre 1886 à Cerbère (Pyrénées-Orientales) - mort le 7 octobre 1931 - UA — PCF - CGT - CGTU - — Paris - Moscou

Nous empruntons à l’ouvrage de Devaldès, op. cit., les notes relatives à l’enfance et à l’adolescence d’André Colomer, l’intéressé ayant revisé les épreuves de la notice biographique le concernant.

André Colomer vint à Paris à l’âge de six ans et suivit les cours du collège Rollin — classes primaires très certainement. Son père était « fonctionnaire » (receveur principal des douanes ?) ; l’un de ses oncles était Mgr Fonteneau, habitant Albi, et l’enfant passa des vacances près de lui.

À l’âge de douze ans, André Colomer lut Zola et « à travers le Souvarine de Germinal, il atteint l’idéal anarchiste qui l’embrase d’un coup » — cf. p. 26. Élève de lycée à Bordeaux, il écrivit des vers, publia un journal polycopié à vingt exemplaires, Le Torchon des ratés, vécut de façon très fantaisiste et fut finalement renvoyé du lycée ; il devait avoir quatorze ans. Il navigua alors durant près d’un an, visitant l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, l’Espagne, le Portugal ou y faisant relâche. De quinze à dix-sept ans, il termina ses études secondaires, passa son baccalauréat de philosophie et reçut une Bourse pour préparer l’École normale supérieure, ce qu’il fit en « khâgne » à Louis-le-Grand, sans résultat.

Après avoir accompli douze mois de service militaire à Perpignan en 1906, il fit un bref séjour au collège de Blois comme professeur, ensuite au lycée Lakanal comme répétiteur, puis il rompit avec l’Université.

En 1907, il fonda La Foire aux Chimères, revue d’action d’art qui n’eut que deux numéros. Dans le n° 1, il signa le manifeste du « Visionnarisme » qu’il définit ainsi un peu plus tard : « Le mouvement visionnaire est l’expression artistique de l’intuitionnisme bergsonien. Nous sommes les poètes de la natura naturans, de la vie au moment ou elle se vit, les architectes du fugitif ».

Après avoir collaboré en 1912 à Paris-Journal, il fit paraître l’année suivante L’Action d’Art (Paris, 18 numéros du 15 février au 25 décembre 1913), en collaboration avec M. Devaldès et G. Lacaze-Duthiers.

Au début des années 1910 il aurait été l’un des fondateurs du groupe La Ghilde (Les Forgerons). Il était à l’époque ouvrier métreur et était domicilié 88 route d’Orléans à Antony..

Ayant refusé en 1911 de faire une période de vingt-huit jours, il fut arrêté, passa douze jours à la prison du Cherche-Midi, tomba malade, fut réformé. Il devait subir une nouvelle visite en septembre 1914, mais il ne se présenta pas, franchit la frontière avec sa femme (il s’était marié le 5 février précédent) et arriva à Gênes où celle-ci accoucha. Colomer vécut de leçons données à l’École Berlitz jusqu’au moment — mai 1915 — où l’Italie entra en guerre. Il se cacha — c’est alors qu’il écrivit À nous deux, patrie ! qu’il publiera en 1925. Il y marquait son individualisme absolu : « Guerre ou Révolution pouvaient éclater. Ni l’une ni l’autre ne me compterait au rang de ses soldats ; ni l’une ni l’autre n’aurait mon sang de héros parmi ses rangs » (p. 16). Colomer n’ayant pas supprimé « ces pages regrettables » lors de l’impression, il en fut critiqué dans les colonnes du Libertaire (cf. l’article de Louis Loréal du 30 mai 1925).

Tombé assez gravement malade, Colomer vécut au grand jour, fut arrêté, transféré à Perpignan où il fut réformé « le jour même de l’armistice ».

En 1919, avec Marcel Say, il reprit la publication de L’Action d’Art (Paris, 8 numéros du 15 octobre 1919 au 22 mai 1920). L’année suivante, il fondait le syndicat des écrivains et le syndicat des auteurs dramatiques dont il fut le secrétaire. Secrétaire également du Comité intersyndical parisien du spectacle, il collaborait alors au Libertaire et voici comment à cette époque il concevait l’attitude des anarchistes « devant la révolution » qui n’est le plus souvent qu’un « grand mot creux » un « mythe » :

« Les individus-producteurs groupés en ateliers, en usines, etc., doivent organiser méthodiquement la prise de possession des instruments et des locaux de travail. Ils seront armés sur les lieux-mêmes de la production. Ils ne deviendront pas soldats ; ils seront des ouvriers armés, c’est bien différent. Et quand les travailleurs seront les maîtres, suivant la conception anarchiste, ils ne seront que les maîtres de la matière inanimée qu’ils activent de leurs efforts. Pour se libérer, s’organiser et se défendre, les individus-producteurs n’ont besoin ni de politiciens, ni de généraux, ni des commissaires du peuple.
« Laissez-leur supprimer l’État, ses fonctionnaires, ses rouages, ses lois, toute la vieille carcasse d’oppression et d’obligation collective — et vous verrez, par le seul jeu de l’intérêt et de l’affection, les hommes produire, les individus se grouper et vivre avidement à la recherche de classe et d’harmonie »
(Le Libertaire, 18-25 novembre 1921).

En 1922, Colomer fut un des fondateurs de la CGTU : au congrès tenu à Saint Etienne le 25 juin 1922 il y fut avec Lecoin et Besnard l’un des représentants du courant libertaire qui obtint 399 voix contre 848 aux communistes. il fit partie de la commission administrative provisoire. Secrétaire de la fédération unitaire du spectacle, il fonda le Théâtre confédéral. Il participa aux congrès de Lille, juin 1921, Saint-Étienne, juin-juillet 1922, Bourges, 1923.

Il demeurait cependant toujours plus anarchiste que syndicaliste. « Les syndicats sont le corps ; l’anarchie est l’âme », écrivait-il dans le Libertaire le 31 mars 1922. Il collaborait à la Revue anarchiste dont le premier numéro parut le 28 janvier 1922 ; succédant à Lecoin, il en devenait le responsable en août. En décembre 1922, il assistait au troisième congrès de l’Union anarchiste et, l’année suivante, au 4e congrès, Paris, 12-13 août. Il en était un des rapporteurs et se vit confirmé dans ses fonctions de secrétaire de rédaction du Libertaire, quotidien de décembre 1923 à mars 1925. En 1924, sa compagne, Madeleine, collaborait avec lui au journal sous le pseudonyme de « Hauteclaire ». Cette action journalistique valut des poursuites à Colomer : trois mois de prison et 100 f d’amende en mai 1923, quatre mois de prison le 13 mars 1924. Lors des élections législatives du 11 mai 1924, il fut avec entre autres Bonvalet, Bucco, Doucet, Lattes et Morinière l’un des condidats abstentionnistes de l’Union anarchiste (UA).

Par ailleurs, les rapports humains, au journal même, créaient des problèmes.

En août 1924, le conseil d’administration demanda à Colomer « au tempérament bohème et antirationnel » de laisser le secrétariat de rédaction tout en demeurant rédacteur. Le 19 août, Colomer était remplacé par Georges Bastien. Il présentait cependant encore le rapport moral au congrès de l’UA des 1-3 novembre à Paris, mais il se plaignait du trop grand nombre d’heures qu’il devait passer à la rédaction et, finalement, partait vers février 1925.

L’affaire Philippe Daudet se situe à cette époque — en 1924. Le fils du leader royaliste, qui se suicida ou que l’on « suicida », avait rencontré Colomer et Vidal lorsqu’il se rendit au Libertaire le 22 novembre. On reprocha par la suite à Colomer — cf. article signé G.B. (Georges Bastien ?) dans le Libertaire du 6 juin 1925 — d’avoir proposé à Léon Daudet une alliance en vue de faire la lumière sur la mort de son fils : « Tu fais aujourd’hui des oeillades aux bolchevistes après en avoir fait aux royalistes ».

C’est bien vers cette époque que se situe le glissement de Colomer de l’anarchisme au communisme après qu’il eut traité deux années plus tôt le gouvernement des Soviets de « gouvernement d’assassins » (cf. Le Libertaire, 3-10 août 1923). Il écrivait en effet dès le 12 décembre 1925 dans l’Insurgé sous le titre « Choisir ! » : « Je serai avec les prolétaires quand ils se révolteront contre les ordres de l’État, quand ils feront figure d’insurgés — même s’ils réalisent cette insurrection sous les drapeaux rouges du Bolchevisme ».

Deux années plus tard, après un voyage en URSS — il avait fait partie d’une délégation de travailleurs du Livre — Colomer confirmait (cf. l’Humanité 18 décembre 1927) : « Déjà, depuis deux ans, j’étais convaincu que l’attitude d’opposition au gouvernement des Soviets était absolument contre-révolutionnaire. Mais, après mon voyage bouleversant, je n’hésite plus : Celui qui ne choisit pas est choisi ; il n’y a plus que deux pouvoirs : le pouvoir bourgeois et le pouvoir prolétarien. »

Fin 1926 — début 1927, Colomer, malade, avait vu son état s’aggraver. Le responsable de l’administration du Libertaire lança un appel pour une souscription le 25 février 1927. Le 18 mars, 2 168, 20 f avaient été versés (cf. Le Libertaire), et Mme Colomer remerciait pour « l’élan fraternel de solidarité des camarades de l’UAC (qui) a touché profondément André ». Lui-même écrivait dans le Libertaire le 1er mai : « Tout autant que les soins médicaux, cette unanime sympathie de mes camarades de travail et de mes compagnons d’idées contribue à me donner les forces pour combattre la maladie (...).
« Je souhaite de retrouver quand je recommencerai à militer un prolétariat plus uni, des révolutionnaires moins divisés, des hommes d’action prêts à réaliser dans la classe ouvrière ce front de bataille que la bourgeoisie sait maintenir pour écraser les travailleurs ».

En dépit de ces affirmations on sent qu’un choix a déjà été fait, et c’est bien en cette année 1927 que Colomer donne son adhésion au Parti communiste, 7e rayon, cellule 204, dans le XVIIe arr. Rédacteur à l’Appel des Soviets, secrétaire des « Amis de l’URSS », il fera maintes conférences à travers la France au cours desquelles il aura à subir plus d’une fois la contradiction des compagnons anarchistes. Il appartenait alors au syndicat des cochers-chauffeurs et sans doute est-ce là une indication sur le métier qu’il exerçait alors, officiellement du moins. Au moment du « Complot » il fut détenu à la Santé et subit plusieurs mois de prison préventive.

Colomer avait conservé des liens avec certains compagnons, A. Barbé, E. Armand, par exemple. C’est ainsi qu’il écrivait à Armand le 8 mars 1928 : « Je te serre bien cordialement la main — et je t’assure que ça fait plaisir de pouvoir serrer la main de quelqu’un qui ne pense pas comme soi — quand on ne cesse de lire et d’entendre les injures et les sales calomnies des « anarchistes » qui voudraient vous imposer leur façon de voir la vie ».

Finalement Colomer fut accueilli par l’URSS avec sa famille. Il y mourut à Moscou le 7 octobre 1931.

Des anarchistes ou sympathisants ont porté témoignage du désintéressement de sa « conversion ». Nous versons ces pièces au dossier :

— Maurice Wullens, Les Humbles, octobre 1931 : « On pouvait différer d’avis avec Colomer, poète, révolutionnaire romantique et un peu théâtral. Nul ne peut nier son ardente sincérité, son absolu désintéressement ».

— Alphonse Barbé, Le Semeur, 15 octobre 1931 : « Je n’ai jamais cru à la vénalité de Colomer. Je ne sais si le Parti communiste le payait cher ; ce que je puis affirmer, c’est qu’il ne le portait pas sur lui ».

Oeuvre : À nous deux, patrie, 1925 (ne figure pas à la Bibl. Nat.). — Collaboration à journaux et revues dont il fut parfois directeur : La Foire aux Chimères 1907-1908. deux numéros Bibl. Nat. Jo 40.280/1 (manque le n° 1). — L’Action d’Art, année 1913, 18 numéros (IFHS, collection Armand). — La Revue anarchiste, n° 1, 28 janvier 1922. — L’Insurgé, n° 2, 14 mai 1925, n° 32, 12 décembre 1925, Bibl. Nat. Jo 30 874 (collection incomplète).

Sources : Arch. J. Maitron. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, 4 M 64, 66 et 67. — Arch. PPo., non versées. — État civil de Cerbère. — Arch. Armand (IFHS). — Témoignage écrit de A. Barbé (archives personnelles). — L’Humanité, 10 octobre 1931. — M. Devaldès, Anthologie des Écrivains réfractaires de langue française, Paris, 1927 (Bibl. Nat. 8° Z 24308). — Comptes rendus des congrès de l’Union des syndicats de la Seine= Notice de J. Maitron in « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier... », op. cit. // Le Libertaire, année 1924// Arc. Nat. F7/13053 //

Iconogr. : L’Humanité, 18 décembre 1927.


Sommaires de l’Insurgé (1925-1926)


Brèves

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