Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Révolution Internationale (1968-1976)

SOMMAIRES DES DIFFÉRENTES REVUES ET BULLETINS

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PRESENTATION

AVANT-PROPOS

L’histoire de la création du groupe Révolution Internationale prend volontairement la forme de "Chroniques". Est-ce un genre historique dépassé ? De notre point de vue, il semble intéressant d’utiliser ce genre désuet d’exposition pour rendre compte d’événements passés. Militent dans ce sens le foisonnement politique de la période des années 60-70 et la découverte de la politique par des jeunes très idéalistes. Le mode "chronique" va, en outre, offrir à tous ceux qui ont vécu cette période la possibilité d’enrichir ce document de leurs analyses mais aussi de leurs souvenirs.

LA CONSTITUTION DE REVOLUTION INTERNATIONALE (RI)

Les deux à trois années qui précèdent Mai 1968 furent des années de remontées des luttes ouvrières ; les années suivantes (1969-1975) connurent une grande ferveur politique et une effervescence militante, voilà pourquoi nous avons souhaité, dans les lignes qui suivent, être le plus précis possible afin de permettre aux lecteurs de se rendre compte des tâtonnements des uns et des autres pour se faire une opinion, de l’ambiance et des liens existants entre les différents protagonistes, groupes ainsi que des discussions intenses et fiévreuses qui se sont déroulées entre eux, parfois des nuits entières.
L’histoire politique du milieu révolutionnaire au cours de ces années de braise est compliquée et agitée. Nous nous excusons, encore une fois, auprès des lecteurs de cette façon de rédiger l’histoire mais comment faire vivre autrement un tel bouillonnement. Il restera aux lecteurs de faire un effort pour lire l’ensemble des documents cités pour appréhender l’effervescence et suivre le positionnement des différents groupes et individus cités. Toutefois, comme un très grand nombre de revues et documents de l’époque cités sont et seront à disposition sur ce site avec des renvois par un clic, l’effort devrait en être facilité, nous en faisons le pari.
Encore quelques mots :

"Nous voudrions voir planer l’histoire dans cette région sereine où il n’y a ni passions ni rancunes ni désirs de vengeance. Nous lui demandons ce charme d’impartialité parfaite qui est la chasteté de l’histoire." .

...écrivait Fustel de Coulanges, cet historien traditionaliste auquel rien ne m’attache

Ce ne sera pas le cas pour nous ! Nous faisons partie des historiens engagés !

1- L’Internationalisme chevillé au corps : d’Internacionalismo à RI (1966-1968)

Dès leur naissance Internationalisme comme Internacionalismo étaient internationalistes, non seulement par leur composition : espagnols, français, égyptiens et vénézuéliens, etc., mais encore par leurs positions politiques et théoriques et aussi par leurs pratiques. Internacionalismo s’est toujours défini comme partie du mouvement communiste mondial renaissant et a recherché des contacts internationaux. C’était une pratique et une préoccupation constante et une raison d’exister dans une période difficile où les organisations révolutionnaires étaient quasi inconnues et inexistantes. Tout déplacement dans le monde de leurs membres était l’occasion de mettre en pratique cette préoccupation et d’établir des contacts, de renforcer le travail international comme le montre l’envoi de la délégation d’Internacionalismo au Congrès de News and Letters [1] à Détroit en 1964, puis l’activité de ses membres en France, Suisse, Espagne, Italie, Chili, Argentine, Pérou ou aux USA à New York.

En septembre 1966, "Raoul" pour continuer ses études, s’installe à Toulouse. Tout en poursuivant son activité politique avec Internacionalismo, il commence une activité sur place et réussit, en peu de temps, à créer un petit cercle de sympathisants autour de lui. (Pép., M.Po,…).
En pleine guerre froide entre les deux blocs impérialistes, les discussions de ce petit cercle tournent autour des luttes de "libération nationale". C’est l’époque où les trotskistes et les maoïstes organisent les Comités Vietnam et de nombreuses manifestations violentes avec des mots d’ordre comme "Vietnam vaincra !"..... Puis, les trotskistes de la JCR [2], en romantiques, reprennent le mot d’ordre "Un, deux, trois Vietnam !" . Le camarade d’Internacionalismo est tout particulièrement bien placé pour dénoncer les guérillas, notamment celles en Amérique latine.

Durant l’été 1967, "Raoul" est rejoint par Marc Chirik, "Juan" ou "Marco" ; ensemble ils se déplacent en Europe où ils prennent contact à Paris avec G. Munis [3] puis à Amsterdam avec Ben Sitjes [4] et le groupe Spartacus, etc. Ils vont ensemble avec G. Munis en Italie pour défendre l’idée d’une reprise importante des luttes de classe, prendre contact et organiser des réunions avec Battaglia Comunista et Damen [5], Programma Comunista, Lotta Comunista et Cervetto [6] qui était, aux dires de ces deux-là, un personnage très chaleureux. Mais aucun ne sont en accord avec ce que "Marco" et "Raoul" défendent par rapport à la décadence du capitalisme et surtout par rapport au changement de cours qui se dirige vers de nouveaux affrontements de classe. Ils retournent ensuite à Toulouse où ils organisent une "réunion ouverte" [7] pour rendre compte de leur voyage et sur ce qu’ils pensent des organisations révolutionnaires existantes.
Installé ensuite à Paris chez Maximilien Rubel pendant 3 mois, "Marco" poursuit son travail de contact au nom d’Internacionalismo. Il réussit à organiser une "réunion secrète" en décembre 1967 sur la demande de 6-7 membres de Programme communiste dont Claude Bitot [8], Philippe Leclercq, Serge Demianiw [9]. A cette cette réunion il y a des membres des Cahiers du socialisme de conseil [10] animés par Rubel, G. Munis, Pouvoir ouvrier (PO) [11] et des individus de la librairie La Vieille Taupe [12]. Le camarade "Valois" (qui venait de rompre avec LO avant de sombrer dans une dépression profonde) qui participera auparavant à la création de Révolution Internationale, est aussi présent à cette réunion. Des camarades dans la mouvance [13] du groupe Informations et Correspondance Ouvrières (ICO) refusent de participer à cette rencontre car il y a des "groupes politiques" comme PO et son chef de file "Véga". Mais, à l’orientation conseilliste d’ICO, il faudrait, peut être, ajouter de vieilles inimitiés qui pouvaient remonter à l’époque de leur militance commune à ou autour de Socialisme ou Barbarie [14].
A cette réunion Marc Chirik défend une nouvelle fois l’idée que la période est caractérisée par la fin de la reconstruction économique d’après guerre [15] et développe son analyse de la nouvelle période historique qui va vers des affrontements de classe. Il développe le parcours des révolutionnaires internationalistes durant la guerre de 1940-1945 et il retrace l’histoire de la Fraction italienne durant toute cette défavorable et périlleuse phase historique. Il défend également sa position sur la question syndicale et la décadence du capitalisme.

De cette première phase de prise de contact, il constate malheureusement qu’il n’y a peu de chose à attendre, pour l’instant des groupes politiques existants alors en Europe, qu’il faut continuer le travail autour d’Internacionalismo pour préparer le regroupement des forces révolutionnaires qui vont obligatoirement naître avec le développement de la crise du capitalisme. Il rentre, ensuite en janvier au Venezuela où paraît le numéro 8 d’Internacionalismo (janvier 1968) annonçant les "râles du capitalisme". Sur le chemin du retour, il passe par New York où il organise deux réunions sur "la décadence du capitalisme" et "la fin de la reconstruction" sur la base de la théorie de Rosa Luxembourg, avec les membres de la section de News and Letters qui avaient été intéressés lors de la Conférence de Détroit en 1967. Il prend contact notamment avec Jutidh A., Al. M. ou "McIntosch" et Dick. G. Dick défendait à l’époque l’idée que c’était peut-être vrai ce que défendait MC mais qu’il "y avait beaucoup d’exagération dans ses conclusions". Richard Greeman, lui, faisait partie de l’autre tendance "orthodoxe" et majoritaire de la section de News and Letters.

C’est pour avoir compris le nouveau cours historique et donné une telle analyse de la situation - c’est-à-dire "la fin de la reconstruction d’après guerre" et ses conséquences : la nouvelle perspective impliquait la tendance au surgissement de mouvements de la classe ouvrière -, qu’Internacionalismo a été peut-être un des seuls groupes à n’avoir pas été surpris par "Mai 68", à avoir su s’orienter dans les événements et avoir pu ainsi définir sa portée du mouvement, mais également ses limites.

Quand "Mai 68" éclate les camarades du Venezuela décident d’envoyer Marc Chirik en France. Ils pensent que c’est fondamental qu’il puisse participer aux luttes qui s’y déroulent. Internacionalismo a publié un tract dès le 3 mai saluant le mouvement et en indiquant qu’il n’est pas question de comprendre ce mouvement comme un mouvement d’étudiants mais comme un mouvement plus profond : un mouvement ouvrier en lien avec le développement de la crise et les "râles" du système capitalisme.
Sur le chemin de la France, il s’arrête, à nouveau, à New York où il prend contact, une nouvelle fois, avec la section de News and Letters et le Comité de grève de l’université à Columbia [16]. Il fait un exposé au sein du Comité et avec sa minorité plus politisée il traite de la situation et il pousse cette dernière minorité, au sein du comité, à faire un tract pour diffuser à New York et pour ne pas rester enfermé sur Columbia. A tous, il défend l’idée de la fin de la reconstruction d’après-guerre et du développement de mouvements de lutte de la classe ouvrière. La minorité du comité se dit convaincue, se retire pour rédiger un tract puis organiser un meeting où Judith A. devait prendre la parole.
Marc Chirik (M.C) arrive le 15 juin à Paris. Il est reçu par son vieux compagnon et complice de toujours : Jean Malaquais. Il retrouve "Valois" chez les situationnistes. "Raoul" le rejoint depuis Toulouse et ensemble, ils prennent contact avec Munis qui, très dynamique et enthousiaste à cette époque, il diffusait des tracts contenant sa prise de position sur les événements.
"Raoul" et Marc Chirik font une nouvelle tentative pour réunir tous les groupes révolutionnaires existants : le Groupe de liaison pour l’action des travailleurs (GLAT), les situationnistes, ICO [17], PO, et des individus isolés : Claude Bitot, Philippe Leclerc, Serge Demianiw, Camatte, Dangeville [18] qui créera ensuite Fil du temps et enfin Munis. Encore une fois on assiste à un combat où personne n’essaie de dépasser ses aversions personnelles et fait jouer de vieilles rancœurs alors que la période demandait une plus grande écoute et mobilisation. Munis était le plus enthousiaste et demandeur de contacts et d’action, toutefois il refusa d’assister à cette réunion si les situationnistes et PO devaient être représentés.
Ils réussissent, enfin, à organiser une petite conférence entre la Vieille Taupe, "Valois", Munis, et quelques éléments de PO.

Ils rencontrent ultérieurement les situationnistes et Guy Debord qui croient que l’histoire commence avec eux ; Raoul Vaneigem est "intéressé" par les positions politiques défendues. Ces derniers sont, malgré leurs réticences, étonnés et balancés devant par les positions d’Internacionalismo. Ils découvrent avec intérêt la "Gauche hollandaise" et se prétendent prêts à publier le livre de Pannekoek Les conseils ouvriers. Ils décident de le publier chez Gallimard où ils ont leurs entrées. Gallimard est d’accord mais demande s’il y a des héritiers de Pannekoek. M.C. est chargé de retrouver son fils ; ce dernier accepte. En fait, le travail de traduction n’a jamais abouti en ce qui les concerne.
De la même façon, un situationniste "Polvo" ou "Polvorinos" de Toulouse se dit prêt à traduire les Grundprinzipien [19] de Ian Appel et part vivre pour faire cette traduction quelques mois chez Appel au cours de l’été 1968. Malheureusement de cette expérience rien n’est sorti.

Dans cette période, ce qui était le plus évident et ressenti par beaucoup, c’était la nécessité de renouer avec l’histoire et le passé politique du mouvement ouvrier. Encore une fois, les révolutionnaires constataient qu’ils étaient bien seuls et impuissants face aux responsabilités et devant les tâches immenses posées par les événements. Il fallait renouer les fils avec la Gauche communiste des années 20. Tout le monde et les divers groupes politiques existants le ressentaient fortement. C’est ainsi que Ben Sitjes de Spartacus voulait publier les mémoires de Pannekoek et Appel écrire, en la dictant, l’histoire du KAPD, toutes ces idées n’aboutirent pas.

L’histoire est bien souvent terrible et sans pitié pour ceux qui ne tirent pas les bonnes leçons. La fin des événements de 68 se chargea d’emporter tous ceux qui n’allèrent pas jusqu’au bout de la compréhension des événements ni ne prirent à bras le corps la nouvelle période et ses conséquences. On a vu la disparition du Mouvement du 22 mars, des situationnistes, de PO et dans une moindre mesure des Cahiers de Mai, etc. Et même ceux qui étaient un peu moins ballottés par l’histoire se retrouvaient isolés, sans théorie et sans organisation. Ils se dirent que, plus jamais, ils ne voulaient subir une telle impuissance. MC, "Raoul" et quelques autres tirèrent la conclusion qu’il allait falloir tout reconstruire, se tourner vers les jeunes et les nouvelles énergies révolutionnaires et ne plus compter sur les "vieilles barbes" existantes qui se montraient trop blasées en attente de meilleures conditions politiques et ce pour le meilleur des cas.

En Mai 68, trois membres d’Internacionalismo se trouvent en Europe, Raoul, Eduardo habitant Bruxelles, puis MC dès son arrivée mi-juin. Les deux premiers participent très activement aux événements.
L’énorme activité déployée par "Raoul" permet rapidement la constitution, autour de lui, d’un noyau plus solide à Toulouse. Eduardo participe activement aux comités des situationnistes [20] et à toutes les manifestations ; il prend souvent la parole dans des meetings, notamment devant l’usine Renault.

Dès la deuxième quinzaine de mai, "Raoul" et MC, tous les deux présents à Paris, analysent qu’ils sont maintenant dans la période de reflux du mouvement et estiment nécessaire que les groupes politiques prolétariens tirent la signification historique de "mai" ainsi que ses limites.

Pour Castoriadis : "la crise a traversé quatre étapes nettement distinctes" :

"1°) du 3 au 14 Mai, le mouvement étudiant, jusqu’alors limité à Nanterre, s’amplifie brusquement, gagne l’ensemble du pays, et, après les combats de rues, la nuit du 11 Mai et la manifestation du 13, culmine dans l’occupation généralisée des universités.

2°) du 15 au 27 Mai, commençant à Sud-Aviation (Nantes), des grèves spontanées avec occupation des locaux éclatent et s’étendent rapidement. Ce n’est que l’après-midi du 17, après des débrayages spontanés chez Renault-Billancourt, que les directions syndicales sautent dans le train en marche, et parviennent à prendre le contrôle du mouvement pour conclure finalement avec le gouvernement les accords de Grenelle.

3°) du 28 au 30 Mai, après le rejet brutal par les travailleurs de l’escroquerie des accords de Grenelle, directions syndicales et partis "de gauche" essayent de transposer les problèmes au niveau des combines "politiques", cependant que la décomposition de l’appareil gouvernemental et étatique arrive à son comble.

4°) à partir du 31 Mai, les couches dominantes se ressaisissent, de Gaulle dissout l’Assemblée et menace les grévistes. Communistes, fédérés et gaullistes sont d’accord pour jouer la farce électorale, cependant que les directions syndicales retirent les "préalables" généraux à la négociation et tentent de conclure au plus vite des accords par branche."

Pour MC et "Raoul" si cette analyse n’est pas fausse, ils préfèrent défendre l’idée que le mouvement était dans une phase ascendante jusqu’au 17 mai [21] puis de reflux lorsque le PCF et les syndicats aidés par toutes les tendances de la gauche social-démocrate, multiplient les agissements pour tenter de le contrôler avec les accords de Grenelle en essayant de l’encadrer puis de le détourner. Dès lors, c’est face à une nouvelle situation que l’on se trouvait.

Ils souhaitent maintenant ouvrir un large débat sur les leçons [22] à tirer et les perspectives de ce qu’ils viennent de vivre. Dans ce but ils proposent à nouveau des rencontres entre les groupes et individus isolés déjà cités ci-dessus : l’IS, PO, la Vieille Taupe, Alarma,. [23]. L’IS et PO refusent d’y participer et la rencontre qui a lieu est un demi-échec en l’absence des deux principaux groupes politiques existants. Ce n’était qu’un demi-échec parce que des contacts sont pris et surtout parce que ces camarades sont encore plus convaincus de l’impossibilité de compter sur les groupes existants, perdus dans la confusion et l’autosuffisance. Ils pensent que le regroupement des révolutionnaires ne pourra pas se faire, en France, autour d’un des groupes existants. "Raoul" et MC sont maintenant convaincus de la nécessité de constituer, en France, un groupe politique nouveau sur la base de positions politiques cohérentes comme celles d’Internacionalismo et ce n’est qu’ultérieurement que ces prémices devraient pouvoir entraîner l’adhésion de ces individualités une fois le travail de réflexion et de regroupement commencé.

2 - La création de Révolution Internationale (RI). (juillet 1968 - juin 1969)

C’est dans ces conditions que se regroupent/rencontrent à partir de juillet 68 à Toulouse de façon informelle un certain nombre de camarades des milieux anarchistes comme Llopart et Pép, conseillistes (sans le savoir) et situationnistes. Ce qui était en jeu était la discussion, la compréhension des événements et ce qu’il fallait faire. Dès septembre 68 les réunions de discussion organisées, réunissaient parfois plus de cinquante personnes chez "Xavier Freixas". Tous ces camarades étaient inorganisées et voulaient le rester. En parallèle avec cela, une autre tendance se dégage.
La réunion de constitution de RI se tient en septembre 68 à Toulouse, sur la base d’une première déclaration de principe minimale, septembre 1968, R.I. comprenant alors une dizaine de membres un peu plus décidés que le milieu en recherche : 3 membres d’Internacionalismo : "Raoul", MC, Clara ; 2 ex-anarchistes : Pép et C.G., un ex LO, "Valois" ; et 3 sans aucun passé politique : Christina P., "M.Po", "J.E" - "Jonas". Sauf trois, tous étaient des étudiants, mais le nouveau groupe est internationaliste non seulement politiquement mais encore dans sa composition avec des portugais, des espagnols, des vénézuéliens et des français. Ce groupe porte bien évidemment les tares du milieu dans lequel il a surgi [24] ainsi que des aberrations estudiantines en vogue à l’époque et desquelles il aura du mal à se dégager. La critique du stalinisme étant très répandue et, bien sûr, normale à cette époque, toute contrainte notamment organisationnelle était rejetée. C’était le cas dans ce premier noyau de camarades. S’il existait l’influence des anciens d’Internacionalismo, il y avait également le poids de petits groupes surgissant ici et là et recherchant surtout à comprendre et à ne pas s’engager trop rapidement dans une "aventure" politique trop contrainte. RI était ballotté dans deux directions comme beaucoup de groupes de l’époque : le spontanéisme et l’organisation. Il est donc presque naturel que le premier numéro de RI porte sur "Le pouvoir des conseils ouvrier" (numéro 1 - décembre 1968) car toute organisation était ressentie comme incompatible avec l’auto-organisation de la classe ouvrière. Pendant toute une longue période dans RI, la question de l’organisation politique reste encore au second plan par rapport à la spontanéité de la classe ouvrière.
Pendant toute une première période a subsisté deux types de structure en parallèle : des camarades se retrouvant avec la volonté de s’organiser politiquement plus clairement et un noyau de camarades se réunissant pour discuter indépendamment ou avec les premiers. L’évolution des événements pouvait faire que les réunions étaient parfois mêlées ainsi que les intervenants. Rien n’était ni très clair, ni très précis même dans la tête de tous.
Dés lors une question se pose. Peut-on véritablement tracer une filiation entre Internationalisme de 1944-52, Internacionalismo de 1964-68 et RI ? RI n’est-il pas plutôt dans la continuation des groupes surgis après Mai 68 et le "nouveau mouvement ouvrier" [25].

Nous avons souligné le manque de détermination politique dans le sens d’attentiste du milieu politique prolétarien existant avant 68, ce constat aura, cependant, une seule utilité : celui de jouer pour Révolution Internationale le rôle de repoussoir. Les camarades les plus décidés pour se regrouper, redoutaient de se trouver devant un nouveau mouvement d’ampleur du style de Mai 68 et de rester encore une fois impuissant devant lui.
C’est, en grande partie, grâce au maintien des contacts avec tous les autres groupes prolétariens et en se confrontant à eux que RI parviendra, d’une certaine façon, à préciser ses propres positions et à mieux saisir sa propre identité et dynamique politique. Les membres de RI étaient encore très immatures et peu formés politiquement. C’est dans ce contexte que RI participe à une rencontre organisé par ICO pendant l’été 69 à Bruxelles et est amené à se confronter au conseillisme voire aux idées libertaires.
Les 7 premiers numéros de RI "ancienne série" sont, notamment, une polémique constante contre tous les autres groupes : situationnistes (n°2 et 3), Alarme, le GLAT, Socialisme ou Barbarie (n°7), ICO (n°3), PO, Programme communiste, Invariance. Le développement de RI, à l’époque, a été le signe d’une présence politique grandissante dans le milieu politique aussi bien sur le plan national qu’international. RI qui en 1970 ne représente rien, a les "honneurs" d’une courte présentation dans Le Monde, parmi une double page citant les groupes issus de "Mai", et un tableau le situant parmi les "autres groupes politiques" dans le n°3 de février 1970 de l’Idiot International, revue de la nouvelle gauche gauchisto-modernisto-conseilliste, le fondateur en étant l’aventurier Jean-Edern Hallier.

Le travail international, encore une fois, n’est pas négligé, en juillet 68, MC et Claude Bitot (ancien "secrétaire" de la section de Paris du PCI, qui venait de le quitter un an auparavant) se rendent en Italie pour inciter Battaglia Comunista à prendre l’initiative d’une conférence des groupes de la Gauche communiste. Ce fut un dialogue de sourds puisque pour Battaglia comme pour les autres "Partis" bordiguistes, Mai 68 n’a aucune ou peu de signification. Ils rencontrent également le groupe La Rivoluzione Comunista de Calogero Lanzafame [26]. Une tentative de contact est prise également en Belgique avec d’anciens membres de la "Fraction belge de la gauche communiste" divisés maintenant en 2 groupes : Fil du temps avec Dangeville et Bilan [27] avec Anne Manne [28]. La discussion se poursuivra plusieurs mois avec ce dernier groupe sans autre résultat que de détacher Robert Couthier qui restera jusqu’à sa mort un contact très proche du CCI. (Depuis lors le groupe Bilan n’existe plus ; Anne Manne a assisté en 1978 à un congrès de RI).

Au dernier trimestre 68, RI avait publié son premier numéro (décembre), et pourtant il commence à élargir son intervention et développe aussi des contacts nationalement et internationalement. D’abord, le nombre de ses militants augmente à Toulouse où se trouve la majorité de ses militants. Les discussions portent sur la compréhension de "Mai 68", la critique des gauchistes, l’intervention dans les luttes : notamment le Comités d’action étudiants de l’époque et la nécessité de les étendre dans les quartiers ouvriers. Le groupe organise aussi des réunions "ouvertes" sur les syndicats, la "nature de l’URSS" et encore les "luttes de libération nationale". Des énergies militantes se regroupent : Marc L. (venant de l’UEC : les étudiants du PCF), Marylène Louis. (ex militante de la JEC, Jeunesse étudiante chrétienne) et des sympathisants : "M.Rx". (venant de UNEF et sympathisant de la JCR-trotskyste), puis, Jean S. (venant du MRJC, Mouvement rural de la jeunesse chrétienne et de la mouvance de l’UNEF).
Ce dernier trimestre 68, RI participe à Toulouse aux Comités d’action dans lesquels il a un certain écho notamment au sein du Comité d’action de droit et de sciences économiques. C’est en leur sein que "M.Po" et "Raoul" ont gagné Marylène Louis, "M.Rx.", puis Jean S. (d’abord sympathisants proches, dont le processus de rapprochement aboutira en octobre 1971 par son adhésion à RI). Lors d’une AG de tous les Comités d’action de Toulouse "M.Po" et "Raoul" prendront la parole devant plus d’un millier d’étudiants où ils pourront défendre les idées révolutionnaires et dénoncer la politique trotskiste de noyautage des Comités, la nécessité de ne pas s’enfermer sur le terrain universitaire en organisant des meetings dans les quartiers ouvriers et surtout contre la volonté de noyer le mouvement dans la lutte antifasciste (ils appellent à ne pas confondre la répression avec le fascisme en expliquant la nature et la fonction du fascisme pour la bourgeoisie). Les camarades de RI ont défendu l’idée qu’il n’y avait pas de danger de fascisme en automne 68 que le meilleur moyen de lutter contre la répression c’était que se développent les luttes ouvrières.
Pendant toute la période de participation de RI aux Comités d’action de droit et de sciences économiques les propositions de RI sont bien souvent adoptées à la majorité et les trotskystes de la LCR mis en minorité. C’est ainsi que ce Comité d’action avait organisé une réunion dans les quartiers ouvriers à Toulouse sur la question de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes russes et que, notamment, le mot d’ordre de RI avait été inscrit sur les affiches d’appel à la réunion, il comportait une dénonciation de l’impérialisme russe et du capitalisme d’État.

Parallèlement à cela deux membres de RI : "Raoul" et C.G., après mai participent à la "Commission ouvrière" créée par des ouvriers combatifs de Sud Aviation. A une motion d’exclusion de ces camarades proposée par les trotskistes de la LCR, les ouvriers votent pour leur maintien dans la commission.

Au niveau national, RI a un écho important, la Déclaration de principe de RI sert de référence à des camarades qui se regroupent dans ICO [29]. En janvier 1969, le groupe Le Conseil de Nantes, groupe de tendance situationniste qui dirige l’UNEF locale, débarque à Toulouse pour rencontrer et discuter avec RI, ils s’engagent à diffuser la presse de RI à Nantes où ils en effectuent une bonne diffusion (une cinquantaine d’exemplaires de RI sont vendus par eux à cette époque). En février 1970, ils écrivent un nouveau texte "Propositions aux révolutionnaires", signé Yvon Chotard, avant de disparaître.
Fin 68 se fera, également, un voyage de prise de contact avec le petit groupe autour de Robert Camoin qui publie les Cahiers du communisme de conseil à Marseille.

Revenons quelques instants sur Internacionalismo qui ne s’est pas dissout en 1968. Tout le matériel technique, sauf les archives bien cachées, a disparu dans la rafle de la police et malgré le changement de gouvernement en septembre 1969 [30] ; rien n’a été retrouvé. Le système politique est au Venezuela encore plus pourri qu’aux USA où existe aussi le "spoil system" ; au changement de gouvernement tous les fonctionnaires, notamment la police, changent et perdent leur emploi. De ce fait, tout le matériel ainsi que les fichiers et les dossiers, partent avec eux.
Du fait de la perte du matériel technique, le numéro 12 d’Internacionalismo sur les conseils ouvriers (traduction de RI ; avant le numéro 15 d’Internacionalismo plus complet) s’est fait rudimentairement. Malgré les pires difficultés la volonté des camarades reste inébranlable. Le matériel de fortune et le papier est entassé dans une vieille voiture. Et, un beau jour, elle disparut ! Tout le travail a dû être recommencé. Dans ces conditions, deux camarades prirent peur et abandonnèrent toute activité militante. Mais, d’autres énergies s’agrègent au groupe comme le frère de "Guillo", le groupe se compose maintenant de 5 camarades dont "Guillo", Pedro, Sixto et Eduardo (ce n’est pas le même Eduardo que précédemment cité). En janvier 1969, au retour de MC les réunions formelles recommencent, c’est un nouveau départ pour Internacionalismo qui reprend ses activités de façon plus systématique et se réorganise.

3- Dégager de nouvelles énergies révolutionnaires, notamment autour d’ICO. (1969-1972)

A Toulouse, le groupe RI organise, comme déjà signalé, des réunions "ouvertes" sur des sujets généraux qui ont trait à "la déclaration de principes" : les syndicats, la décadence, le trotskysme, etc. où assistent, tout au moins au début, plus d’une dizaine de sympathisants.
Les 14 et 15 juin 1969, c’est la rencontre nationale d’ICO à Taverny où est discutée la question de l’organisation des révolutionnaires au sein de la classe ouvrière. Pour cette rencontre, RI rédige un texte sur la "nécessité de l’organisation", spécialement pour cette rencontre [31]. RI participe à cette rencontre puis à celle de Bruxelles au cours de desquelles il s’initie à la bataille politique aussi bien contre des marginaux-modernistes que des éléments plus sérieux du GLAT, à Cohn-Bendit [32] qu’à un Paul Mattick et à ses théories qui sont autrement plus sérieuses. A cette rencontre, une camarade de News and letters, Judith A., a pu aussi participer, et RI a pu prendre contact avec un groupe d’immigrés portugais [33] (dont Charles Reeves) qui possédait des positions proches des siennes. C’est avec un membre de ce groupe "M" et J.A. que MC se rend, une nouvelle fois, en Italie pour prendre contact avec le Comité de grève de la Fiat à Turin. Ils constatent l’absence totale de tous les partis dits "bordiguistes". Ces camarades rencontrent également les groupes comme Potere operaio et Lotta continua, à Milan, Gênes et à Florence.

Parallèlement à son travail au sein des groupes politiques révolutionnaires, le groupe de Toulouse de RI continue son travail militant local, fin octobre 1969, M.Rx adhère formellement après un processus de rapprochement qui a duré un an. En 1970 apparaît un journal lycéen J’étais, je suis, je serai très influencé par RI, donc certains membres vont effectuer un processus de rapprochement en 1970 : "Charly" - Charles Réguenas, "Mano" et Patrice Lec. Mano adhérera à RI en 1972 avant de créer la section du PCI (Programme communiste) à Toulouse, puis de disparaître.

Pour la première fois de son histoire RI est confronté au problème de la pénétration de l’État bourgeois en son sein. Au cours de l’année scolaire 1969-70 beaucoup d’éléments tournaient autour du groupe dont l’individu "L. Monfort" qui a signé la première partie de l’article sur le problème paysan (RI n° 4). Après plusieurs mois où il assistait aux réunions ouvertes, il a parlé et il a avoué de son plein gré être un "indic" que les flics "tenaient". Au départ, disait-il, il était un militant d’extrême droite qui, effrayé par Mai 68, avait décidé de s’infiltrer dans les organisations d’extrême gauche pour informer la police. Mais maintenant il se dit convaincu par les positions de RI et veut sortir de cet imbroglio. Il demande de l’aide pour le faire car, soi-disant désespéré, il ne peut échapper à l’emprise de la police. Malheureusement, il lui est dit que le groupe ne pouvait lui faire aucune confiance et a décidé de ne faire aucun sentiment. La défense de l’organisation était la première règle à respecter. En conséquence, il lui a été demandé de disparaître de Toulouse et de ne plus y remettre les pieds quoiqu’il lui en coûte pour la fin de ses études et pour ses problèmes personnels. Par ailleurs, c’était en ce qui le concerne, le seul moyen d’échapper à l’emprise de la police. Personne ne sait ce qu’il est devenu ; il est parti soi-disant pour la Bolivie.

Au cours de l’été 1970, RI qui diffuse ICO et se considère partie prenante du groupe, continue sa politique de pression sur les participants à ICO mais maintenant avec une attitude plus décidée de dénonciation de la mollesse conseilliste. A la rencontre du Bessat (Saint Etienne), RI prend des contacts plus précis avec l’Organisation Conseilliste de Clermont Ferrand (OC de Cl-Fd) [34] et les Cahiers du Communisme de Conseil [35]. RI écrivit un texte spécialement pour cette rencontre "ICO, un échec ?" (juin 1970) [36]

Le quatrième trimestre 1970 est très important pour RI, il voit le rapprochement de 2 ex-bordiguistes, Claude Bitot et Philippe Leclercq ce qui permet le développement d’un groupe de RI à Paris comprenant ces 2 camarades (ils n’ont pas la perception d’être formellement membres), Judith A. qui vient de s’installer à Paris, MC et Clara qui sont revenus vivre définitivement en France, "Valois", Marylène Louis qui s’établit à Paris pour finir ses études et enfin "Mousso" : Robert Salama qui a réapparu après 20 ans d’isolement suite à la disparition d’Internationalisme en 1952. Deux groupes de RI existent maintenant (il n’est pas encore question de section). A Toulouse, il y a : Pép, Raoul, Christina P., C.G., Charly, Taly, Marc L.., M.Rx. (M.Po depuis 1970 et J.E. après 1968 se sont retirés de la vie militante un certain temps). Il y a de fortes discussions, entre les 2 groupes de RI, initiées par les 2 ex-bordiguistes sur la théorie de Rosa Luxembourg de "la saturation des marchés" et sur la "décadence du capitalisme", et surtout sur la conception bordiguiste du rôle et de la fonction du parti. Mais ces 2 camarades avaient adhéré avec "réserve" à l’organisation [37] qui portait sur la théorie de la décadence et du parti. Ces discussions se terminent, fin 1970 - début 1971, par leur départ, ils entraînent avec eux Marylène Louis et un membre de OC de Cl-Fd : Gilles Carrel (car les membres de l’O.C. de Cl-Fd habitant Paris étaient conviés aux discussions théoriques du groupe de Paris) [38]. Ces derniers vont créer le Groupe Communiste Mondial avec la revue Parti de classe n°1, 1972 (qui donnera ensuite Programme de la société Communiste (1975-1986) quand Claude Bitot rompra d’avec Philippe qui, lui-même, donnera naissance à Programme de la Révolution communiste en 1989. Ces deux revues existaient toujours dans les années 80).

C’est la première scission de RI. La discussion sur le parti va reprendre dans un autre cadre à partir de 1973.

1970, c’est aussi le début du processus de regroupement, avec les 3 autres groupes cités, qui donne lieu à des réunions communes et d’importantes discussions. La première rencontre a lieu à Cl Fd à la Toussaint 1970. A la suite de cette rencontre Raoul écrivait au nom de RI le 14.12.70 :

"Suite aux discussions que nous avons eues lors de la rencontre il s’est dégagé le besoin de renforcer les contacts entre nos groupes.
"En ce sens, nous vous soumettons la proposition suivante : chaque six semaines un camarade (ou plusieurs) se rendra de Toulouse à C-F en vue d’une discussion sur un problème précis que nous déciderions d’un commun accord ensemble. De même, un camarade de C-F.(ou plusieurs) viendrait à Toulouse chaque 6 semaines, dans le même but. On pourrait ainsi parvenir à établir des contacts directs INDISPENSABLES chaque 3 semaines.".

Il y eut une nouvelle rencontre les 5 et 6 décembre 70 à laquelle a participé le GLAT. La discussion a porté sur la crise économique. Il y eut 2 positions qui s’affrontèrent. Celle de RI portant sur les raisons de la crise actuelle et ses conséquences avec le développement inévitable des luttes classe. Celle du GLAT qui développait l’idée encore défendue par le FOR [39], la crise ne se développera qu’à la faveur de la lutte des travailleurs. C’est du fait de cette divergence que le GLAT pense que les divergences actuelles parmi les révolutionnaires ne permettent pas leur regroupement. [40]

Il y eut encore une nouvelle rencontre les 20 et 21 mars qui a porté sur la décadence du capitalisme. Encore une fois RI pousse le GLAT à participer au regroupement ainsi que le "Conseil de Nantes". (cf lettre de RI au GLAT du 25.3.71 - il y avait eu une polémique qui paraissait fructueuse entre RI et le GLAT durant l’été 1970 ; elle eut le mérite de préciser les positions politiques des 2 groupes sur la question de l’organisation - cf texte de RI dans le numéro spécial, "Contre le courant", à la page 55 : "Sur l’organisation", du GLAT, mais ce travail ne donna pas les résultats escomptés. Le GLAT disparaîtra quelques années plus tard (mars 1978) en se rapprochant de Collegamenti (en Italie) [41].

Quant à RI, il résume ainsi les conclusions de cette rencontre qui scelle le processus vers le regroupement :

"Nous nous sommes mis d’accord sur :

1) - le projet de mise sur pied d’un Cahier de recherches et de discussions théoriques qui permettrait la publication de vieux textes du mouvement ouvrier et des discussions sur l’ensemble des problèmes qui se posent au mouvement ouvrier actuel. Nous pensons par exemple que la discussion qui s’était engagée entre RI et Lutte de classe (GLAT) serait la bienvenue dans une telle revue.

2) - le projet de diffusion de tracts communs (proposition faite par RC des Cahiers du Communisme des Conseils)

Les 2 groupes présents à cette réunion (RI et OC) ont pensé qu’il serait important que Lutte de classe s’associe à ces 2 projets de même que les Cahiers du Communisme des conseils.

(lettres dans les archives de la section de Cl-Fd. L’OC de C-Fd a conservé toutes ces archives. Elles ont, par contre, disparu des archives de RI).

A la rencontre des 22 et 23 mai 1971, la discussion porte sur le parti, discussion fondamentale pour ce milieu étudiant issu de "Mai 68".

Qui sont les camarades de l’OC- Cl-Fd ? Guy Sabatier, Marie-Hélène, "Mathieu" ou Gérard S., Bruno, Monique Mo., J-Luc, Monique et Gilles Carrel.

Les camarades des Cahiers ? Robert Camoin (RC), Nicole Ma., Christian Charrier et Roland Simon (qui rompent en décembre 1972-janvier 1973 pour créer Initiative Communiste qui publie 4 numéros [42] d’un Bulletin Communiste en 1972-73 avant de devenir Théorie communiste [43] ]] en 1977) et, une sympathisante des Cahiers, Élisabeth A.
Ces discussions donnent naissance à un début de regroupement avec la déclaration Un début de regroupement révolutionnaire qui paraît sur RI N°5 (juillet 1971) et les Cahiers n°8 mai 1971 car le processus de rapprochement sur les positions de RI s’accélère (il y aura encore 4 Cahiers les numéros 8 à 12, car le processus de regroupement n’est pas terminé et 2 RI "ancienne série", n°6 et 7). En fait, il existe une certaine peur devant l’immensité des tâches à accomplir. Tout le monde sent bien ce que représente historiquement cet effort de regroupement des révolutionnaires, pour la classe ouvrière.

Il y aura encore une dernière rencontre en avril 1972 consacrée à la révolution d’Octobre où le groupe de Marseille présentera un texte encore tout empreint d’une certaine démarche conseilliste. Il défend l’idée d’une révolution bourgeoise, faite par les ouvriers et les paysans sous la direction du parti de l’intelligentsia et de la petite-bourgeoisie : le parti bolchevik. Après une vive discussion, le groupe de Marseille retire son texte et se rallie à la position de la nature prolétarienne de la révolution d’Octobre et du parti bolchevik, défendue par RI. C’était un immense progrès, la décantation de la période d’après Mai 68 se poursuivait, l’effort vers le regroupement avait abouti à regrouper les éléments les plus décidés en France qui provenait de cette dernière période de lutte.

Suite à cette réunion RI est chargé de présenter un projet de plate-forme en vue du regroupement des 3 groupes. Concrètement cela signifiait l’intégration des 2 autres groupes dans RI ce qui eut pour conséquence la publication de RI "nouvelle série". Le n°1 de RI (décembre 1972) comprend, d’ailleurs, la publication de la nouvelle plate-forme.

Revenons en septembre 1971, où les 2 groupes de RI (de Toulouse et Paris) connaissaient alors une grande dispersion et désorganisation, en effet ces militants sont, encore, très fédéralistes. La centralisation est effectuée par le groupe le plus nombreux. C’est pourquoi, jusqu’en septembre 1971, la centralisation était faite à Toulouse, RI est ronéoté et confectionné à Toulouse jusqu’au numéro 5 [44], puis à Paris, mais il ne possède toujours pas d’organe central, RI est aussi démuni de matériel car il est sans réelle cotisation. Dans ces conditions il était difficile de militer. L’intégration d’un nouveau membre dans le groupe était moins rigoureuse qu’elle ne l’est devenue par la suite. Il existait un certain nombre de règles tacites qui étaient plus ou moins bien respectées selon les moments. Il était exigé, bien sûr, l’accord sur les positions politiques et une réelle capacité pour le nouveau membre de les défendre. La cotisation était généralement laissée à la libre décision du camarade.

Pendant ce temps de nouveaux camarades sont intégrés. A Toulouse Jean S. adhère en octobre 1971 après un long processus de rapprochement enclenché depuis 1968, et, à travers lui, adhéreront : Jo, Cl, Al, Gérard et AM en 1972 ; ces 2 derniers quitteront ensuite l’organisation. Par un autre itinéraire "Anto" (étudiant espagnol venu faire ses études à Toulouse) adhère également en 1972. Mais entre-temps le camarade Marc L. [45] partit faire son service national en coopération en Algérie, quitte l’organisation, tout en restant en contact avec cette dernière quelques années encore.

A Paris ont adhéré : C.N., Dany, puis "Michel Bérard" [46] (début 1973) et Tonio un portugais dont on n’a plus eu de nouvelles un beau jour en 1974.

En septembre 1972 c’est Paris qui se charge de la centralisation et de la réalisation de la revue ; mais le suivi de la boîte postale, les réponses aux courriers des lecteurs, la diffusion et les envois de publications aux abonnés et sur demande des lecteurs, se font depuis Toulouse ce qui ne simplifie pas les choses. (Après le regroupement, sur le Bulletin d’Études et de discussion on indique les BP des 4 villes en mettant "adresse du groupe de" et sur le journal on note les BP des 4 villes avec seulement en entête la BP de Paris). On comprend bien comment les conceptions fédéralistes et conseillistes sont alors encore bien présentes dans l’organisation.

* * * * *

Dès sa création RI vit aux côtés d’un groupe qui défend les mêmes positions que lui au Venezuela, Internacionalismo et de contacts aux USA à New York qui va publier Internationalism.

Janvier 2016,

Olivier.

Texte revu et relu par Claude Bitot, Henri Simon, etc.
Nous remercions vivement tous ceux qui ont relevé des erreurs et qui nous ont permis d’enrichir ce document.

Notes :

[1Site officiel de News and letters .

[2Jeunesse communiste révolutionnaire, ancienne organisation de jeunesse (1966-1969) du PCI trotskiste et ancêtre de la Ligue communiste (LC), puis de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

[3Manuel Fernández-Grandizo y Martínez, dit G. Munis (1912 - 1989), fondateurs de la section espagnole de l’Opposition de gauche en 1930 puis la section espagnole de la Ligue communiste internationale en 1936. Il s’enfuit de prison en 1938 et se réfugie à la fin de la guerre civile au Mexique. Il dirige la section mexicaine de la IV° International et sa section espagnole. À ce titre, il participe à la conférence d’Alarme de la IV° Internationale (1940) ; il devient un proche collaborateur de Natalia Sedova. Munis rompt avec la IV° Internationale en 1948, sur la nature de l’Union soviétique qu’il considère comme un régime de capitaliste d’État.

[4Ben Aäron Sitjes (1908-1981), ami de Canne Meijer et membre du Groupe des communistes internationalistes à partir de 1930.

[5Onorato Damen (1893-1979) un des principaux fondateur du PC d’Italie à Livourne en 1921 après avoir été membre de la Fraction communiste abstentionniste avec Amadeo Bordiga en 1920. Il fonde en 1925 avec Bruno Fortichiari, Luigi Repossi et d’autres le Comité d’entente contre la bolchevisation de l’IC et les nouveaux affidés de Moscou : Gramsci-Togliatti. Damen fonde ensuite le PCInt en novembre en novembre 1943.

[6Arrigo Cervetto (1927-1995), il participe à la libération par les partisans contre le fascisme et milite dans des organisations syndicales libertaires. Collaborateur à Prometeo puis à Azione Comunista jusqu’en 1964. Il prône alors un nouveau parti ouvrier révolutionnaire, ni attentiste de la conjoncture favorable ni surfant sur les mouvements sociaux, mais un "travail quotidien d’organisation et d’éducation du prolétariat. Il fonde Lotta comunista. cf. : Lotta Comunista, le groupe originaire 1943-1952 de Guido La Barbera aux éditions Science marxiste.

[7On n’utilisait pas le nom de réunion publique à cette époque.

[8Ce dernier avait déjà quitté cette organisation depuis quelques mois (témoignage de décembre 2015). Il est connu pour avoir notamment écrit chez Spartacus : Repenser la révolution. Quelle voie pour dépasser le capitalisme en 2013 et Le Communisme n’a pas encore commencé en1995.

[9Cf. page 70 in Sovversivi incontri et scontri, dictionario biographico dei comunisti "italiani" (1912-2012) , Dino Erba, All’Insegna del Gatto Rosso, 2015.

[10Création en 1962 et publié jusqu’en 1969.

[11Alberto Maso dit "Alberto Véga", (1918–2001) membre influent du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). Pendant la guerre impérialiste il adhère à la Fraction française de la Gauche communiste avant de devenir l’un des principaux responsables du groupe Socialisme ou barbarie. Il fonde Pouvoir Ouvrier en 1963 avec Philippe Guillaume, Jean-François Lyotard, Pierre Souyri, etc. Puis il se tourne à nouveau vers le POUM dans les années 70.

[12En 1967, le groupe de La Vieille Taupe est exclu de Pouvoir Ouvrier. La Vieille Taupe est à l’origine une librairie d’ultra-gauche dirigée par un collectif militant du même nom, ouverte à Paris en septembre 1965. Cette librairie a fermé ses portes en 1972. Le nom a ensuite été utilisé, à partir de 1979, pour une maison d’édition négationniste, dirigée par Pierre Guillaume un ancien de la librairie.Précision d’Henri Simon : "s’il est juste de dire que le noyau de la Vieille Taupe fut exclu de Pouvoir Ouvrier, cela faisait suite à une tentative par ce noyau de virer les "anciens" dans une sorte d’OPA sur le groupe."

[13Témoignage de Marc Chirik, peut être s’agissait-il de camarades comme Serge Bricianer ou Daniel Saint-James ?

[14Henri Simon n’est pas d’accord avec cette formulation car "j’étais le seul en 67 à ICO à avoir participé à SoB et aucun des quelque 20 à 30 participants n’avait eu contact avec SoB ."

[15Aujourd’hui on appelle cette période de développement économique d’après-guerre : "les trente glorieuses".

[16Entre janvier et juin 1968, il y eut 200 manifestations de masse étudiantes, dont 59 se terminèrent par des occupation de locaux. La grève de l’Université de Columbia fut la plus remarquable par rapport aux enjeux du racisme anti-noir (l’université construisait à ce moment un nouveau gymnase contre la volonté de la communauté noire de Harlem), des liens entre l’université et la machine de guerre et des principes d’un gouvernement démocratique. La brutalité de l’attaque policière de New York contre ces étudiants et la faculté a choqué toute la nation, et beaucoup de revendications radicales furent imposées. Ensuite le mouvement étudiant devint la composante centrale du mouvement de masse non-violent, en août de cette même année, contre le congrès national du Parti Démocrate, qui se tenait à Chicago.

[17Henri Simon précise que "ICO n’a rien eu à refuser car rien ne lui fut proposé. J’ai eu effectivement une rencontre personnelle avec Marc Chirik qui tenta de m’enrôler sous sa bannière comme il le fit à la même époque avec Cajo Brendel."

[18Claude Bitot pense que ces deux derniers camarades n’ont pu être présents car il avait, lui-même, rompu avec eux depuis 2 ou 3 ans déjà, ne les avait plus revus et qu’ils avaient déjà leurs propres orientations politiques qui ne se situaient pas dans ce cadre.

[19Voir sa traduction française sur le site d’Echanges et sous forme de brochure sur le site de la bataillesocialiste.

[20Il finit par intégrer le groupe situationniste.

[21Le mouvement spontané dans les usines était fondamental et il a constitué une bouffée d’oxygène les 15 et 16 mai, mais très vite dès le 17 au soir, il se trouve rattrapé par les syndicats "qui sautent dans le train en marche" et ils arrivent à bien l’encadrer malgré quelques éclats comme à Renault le 27 par rapport aux Accords de Grenelle. Effectivement, il est difficile d’accepter que le mouvement est si rapidement dévoyer par les manœuvres syndicales. Et pourtant ce fut le cas. De toute façon une fois un mouvement social lancé, tout arrêt ou recul signe rapidement son arrêt de mort.

[22Cf. Révolution Internationale n°2, février 1969, "leçons de mai".

[23Les bordiguistes de Programme Communiste (PCI) n’étaient pas là. "Raoul" et MC avaient pris contact avec eux mais ils lui paraissent absents - en rapport avec ce qu’ils auraient pu et dû faire dans la lutte - qu’ils considéraient comme un simple mouvement étudiant avec peu de signification. Ils attendent la fin du mouvement pour publier en juin, après les "Accords de Grenelle", un "Manifeste du PCI sur la Grève générale". Et aux 12 millions d’ouvriers en grève ils préconisaient un "syndicat rouge", "ramener la CGT aux traditions d’un lointain passé de formidables luttes de classe" et de se mettre derrière le Parti. (Le PCI bien sûr !). Mais Claude Bitot et Philippe avaient déjà quitté le parti. En fait, le PCI a publié : 2 tracts le 13/5 dont l’un en direction des étudiants puis les 20/5, 22/5, 24/5 et une affichette). Le Prolétaire a été imprimé par des ouvriers qui, bien qu’en grève, avaient accepté de le tirer parce qu’ils étaient d’accord en gros avec son contenu.

[24Ce qui veut dire d’une certaine façon de ne pas chercher à se rattacher au mouvement ouvrier du passé et de croire que tout recommençait avec eux.

[25Concept qui va bientôt naitre autour de ICO puis d’Echanges pour caractériser cette idée.

[26Souvenir de Claude Bitot. Cf. biographie de Lanzafame in Dizionario biografico, op. cit., page 170.

[27Ne pas confondre avec le premier Bilan publié par la Fraction italienne en exil de 1933 à 1938.

[28Cf. "La Gauche communiste belge, Michel Olivier, Paris, 2005.

[29ICO, p.8, n° spécial - 84, août 69 - "réflexion d’un camarade pour la convocation à la réunion de juin 69 ".

[30A.D. - l’Alliance démocratique des sociaux-démocrates.

[31Publié dans RI n°3 - ancienne série et le n° 84 d’ICO numéro spécial sur la rencontre, p.20 à 24

[32Précision d’Henri Simon, "Cohn Bendit n’assista pas à la rencontre nationale à Taverny d’ICO en 1969 mais était effectivement présent à celle de Bruxelles".

[33Voir le texte La lutte de classe au Portugal publié dans les Cadernos de circunsancia - Cahiers de circonstances,que l’on peut lire dans le supplément au n° 89 de ICO à la page 14 ou que l’on peut trouver sur le site vostanie, site qui vaut le détour et s’y attarder.

[34Voir leur plateforme politique de juillet 1971.

[35Pour lire le compte-rendu d’activité de RI et de l’Organisation Conseilliste de Clermont Ferrand voir Liaisons 1.

[36Précision importante d’Henri Simon, "RI fut à partir de mai 68 jusqu’aux prémices de la formation du CCI "membre" du réseau lâche qui s’était constitué autour d’ICO avec de nombreux groupes de province. RI n’était qu’un de ces groupes associés et ils n’étaient peut-être pas les seuls à participer avec des intentions d’y recruter en vue de la formation d’une organisation distincte. Autour et sous l’impulsion de RI, des réunions distinctes eurent lieu dans le sud de la France. En 69-70, je crois, avec la participation de Camoin et de Sabatier mais ICO n’en était pas avisé ; ce qu’on pourrait appeler un "travail de fraction" était des pas vers la formation du CCI. (...) Ce ne furent pas les seuls à critiquer alors "l’immobilisme" d’ICO et à penser que la "montée révolutionnaires" en Europe justifiait la constitution d’une organisation militante conquérante centralisée. La même chose existait du côté anarchiste sans compter les adeptes de délires individualistes."

[37Aujourd’hui, Claude Bitot précise nettement que ce n’est pas vrai. Il n’aurait jamais été membre de RI. L’article page 37 à 45 signé "Claude" : "Notes sur le Mouvement étudiant" dans le n° 3 de RI (AS) est de Claude Bitot.

[38A cette dernière réunion était présente Christine Fauré qui rejoindra les groupes féministes ensuite et nie toute présence aux discussions au sein de RI à cette époque. Cf : sa relation des faits de Mai 68 à Toulouse où l’on voit un certain nombre d’anciens camarades sur la photo du numéro 1 du journal du 25 avril suite à la naissance du mouvement à cette date à Toulouse. Sur la photo : Alain Alcouffe sur les épaules de manifestants un mégaphone à la main, au premier rang Denis Sainty, Lumeau et un membre de la JCR Tony Artous qui deviendra par la suite un membre de la direction de la Ligue communiste.

[40Lutte de classe de janvier 71.

[41Lutte de Classejuin et décembre 1974.

[42C’est du moins ce que nous avons retrouvé comme numéros.

[44RI ne disposait à l’époque d’aucun duplicateur. Le journal était réalisé en empruntant une ronéo, soit chez les anarchistes, soit chez les étudiants catholiques, soit à la Mutuelle des étudiants (MNEF).

[45Il fut le représentant légal de RI avant que Robert Salama (Mousso) ne le devienne.

[46Qui participa à la rédaction de la brochure Rupture avec Lutte Ouvrière et le trotskisme qui eut un grand retentissement puisqu’il y en eut 3 republications. Voir Wipikédia

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