Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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1 - Gauche Communiste du début XXème jusqu’en 1939

Les thèses et productions écrites des révolutionnaires de la première moitié du XXe siècle et plus largement qui relatent ou traitent des expériences théoriques et pratiques de la gauche radicale d’avant 1946 sont largement méconnus ou "introuvables". La rubrique "Gauches communistes internationales (1914-1946)" est destinée à combler en partie ce vide en proposant des textes qui jusqu’alors dormaient dans des archives poussiéreuses et/ou étaient diffusées dans des cercles restreints, presque en catimini.
Dans un premier temps, nous nous attacherons à mettre en ligne des textes émanant des seules gauches communistes :

  • des textes de la gauche communiste française de 1919-1920 rassemblée autour des journaux L’Internationale (1919) ; Le Soviet, organe de la Fédération Communiste des Soviets (Section de langue française de l’International Communiste de Moscou (1919-1920) et Le Communiste (1919-1920) animés par quelques figures telles que Pierre Pascal alias P. Veyrieres, Mauriskoff, Pierre Mualdes, B.G. Olive, Raymond Pericat, Marius Hanot, Emile Chauvelon, Louise Saumoneau ou encore Arthur Bouchez.
  • des textes de la gauche communiste italienne dont ceux des journaux Il Soviet ; Le Reveil Communiste, bulletin interieur des groupes d’avant-garde communiste ; L’Ouvrier Communiste, organe des Groupes ouvriers communistes ou Communisme ; les revues Bilan et Octobre [1] ainsi que Prometeo. Des textes d’Amadeo Bordiga qui restent difficile d’accès seront la aussi publiés.
  • des textes de la gauche communiste germano-hollandaise publiés dans les journaux Arbeiterpolitik, Die Aktion et Proletarier et signés par Herman Gorter, Anton Pannekoek, Karl Radek, Johan Knieff, Julian Borchardt, Karl Schröder, Franz Pfemfert, Otto Rühle, Bernhard Reichenbach, Karl Roche ou Jan Appel. Des textes du Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands (KAPD) seront aussi mis en ligne [2].
  • des textes du 3eme camp (1941-1946), c’est-a-dire de ceux qui refusèrent de soutenir l’un ou l’autre des différents protagonistes de la Seconde Guerre Mondiale. Des textes de nombreuses publications parmi lesquelles Communisme, Fraternisation prolétarienne, Pouvoir Ouvrier, Le Prolétaire, Le Réveil Prolétarien, La Flamme, ou encore L’Étincelle y seront mis en ligne. Des écrits des organisations a l’origine de certaines de ces publications telles que les Revolutionären Kommunisten Deutschlands (RKD), l’Organisation communiste révolutionnaire (OCR) ou du Groupe révolutionnaire prolétarien-Union des communistes internationalistes (GRP-UCI).
  • des textes de la gauche communiste belge à savoir Communisme, bulletin édité par la Fraction belge de la gauche communiste internationale auquel viendra s’ajouter le Bulletin de la Ligue des Communistes Internationalistes.
  • des textes de la gauche communiste anglaise, en particulier ceux de Sylvia Pankhurst et John McLean.

A ces écrits viendront s’en ajouter d’autres qui ne s’inscrivent pas nécessairement dans la tradition historique des gauches. Des textes provenant aussi bien des milieux se revendiquant de l’anarchie (Landauer, Emma Goldmann, Domela Nieuwenhuis, etc.) ou de la critique de la civilisation industrielle (Bremond, Charbonneau ou des courants naturiens, végétariens, végétaliens et crudivégétaliens) ainsi que des articles du journal L’Ère Nouvelle, un texte sur mai 68 à Censier de Fredy Perlman, les différentes scissions dans le PCInternational ou d’individus tel le militant communiste Lucien Laugier [3].

La diffusion de ces textes n’aurait pas été possible d’une part sans l’existence de plusieurs revues et d’autre part sans le dévouement et la patience de leurs animateurs respectifs. Parmi ces derniers, Jacques Camatte mais surtout François Bochet, qui assure la publication de la revue (Dis)continuité, et qui a généreusement accepté que nous diffusions ces textes, nous donnant accès aux versions numériques de ses diverses publications.

Nous vous invitons a entrer en contact avec eux pour prendre connaissance de l’ensemble des numéros encore disponibles au format papier ou pour tout demande d’information :

Pour contacter François Bochet : Le Moulin des Chapelles 87800 Janailhac
Pour contacter Jacques Camatte : camatte.jacques—A—orange.fr ou par l’intermédiaire de son site http://revueinvariance.pagesperso-orange.fr/


Quelques mots sur la terminologie "gauche communiste"

Cette mise au point concerne ce que nous nommons "gauches communistes" [4] et qui apparaissent au cours de la guerre 1914-18, d’abord contre les prises de positions patriotiques des différents partis socialistes et syndicats européens puis au cours des événements révolutionnaires surgissant à partir de 1917, se positionnant clairement contre le syndicalisme et le parlementarisme. La révolution russe où s’imposa la forme soviet organisant ouvriers, soldats, paysans, devint rapidement une référence incontournable pour tous les éléments révolutionnaires qui se reconnaissaient dans cette lame de fond révolutionnaire. La plupart des militants de la IIe Internationale ainsi que les syndicalistes ne pouvaient que s’opposer frontalement à ce formidable mouvement de destruction des bases mêmes du capitalisme soit en participant directement à la répression de l’État (comme en Allemagne avec Ebert, Noske et d’autres sociaux-démocrates) soit en tentant de briser toutes les énergies combatives en sabotant ouvertement (comme la grève des cheminots en France en 1920 pour ne prendre qu’un exemple) toutes les expressions radicales de lutte.

Nous préférons utiliser le terme "gauches communistes" que le terme "ultra-gauche" utilisé à des fins péjoratives par Lénine dans sa brochure La maladie infantile du communisme, le gauchisme, dont l’objectif fut de discréditer des militants prolétariens qui refusaient la participation au cirque parlementaire et critiquaient le syndicalisme parce que "le mouvement syndical s’est mis à remplir un rôle dans le capitalisme" et plus clairement encore parce qu’il s’oppose à la révolution : "les communistes voient leurs propres frères fusillés avec l’aide des syndicats" [5].

Il est intéressant de constater que la réaction prolétarienne contre l’union sacrée fut le point de départ d’une série de ruptures avec ce qui constituait jusque-là le socle - le fond de commerce pourrait-on dire - social-démocrate [6] : parlementarisme, syndicalisme, partitisme, pacifisme. Si les premiers pas furent laborieux, dès le début de la guerre lorsque seule une poignée de militants courageux surent, dire non à la guerre, non aux pressions des appareils politiques socialistes ainsi que syndicalistes et s’organiser en conséquence aussi bien au niveau national qu’international (comme lors des réunions internationales de Zimmerwald en 1915 et de Kienthal en 1916 qui furent des moments clés pour dynamiser les différentes oppositions à la guerre et confronter expériences de lutte et positions théoriques), il fallut attendre 1917 - révolutions en Russie, mutineries en France et mouvements de grève, journées de grève en Allemagne, etc. -pour que les choses s’accélèrent et que ces oppositions reprennent l’initiative. Il devint dès lors clair que seule la révolution pouvait mettre fin à la guerre, qu’il n’était plus question de se battre pour une paix sans que cela soit synonyme de destruction du capitalisme. Il ne pouvait que s’ensuivre une décantation dans les milieux militants - syndicaliste-révolutionnaire, socialiste, anarcho-syndicaliste, anarchiste - où il s’avéra que des éléments faisant partie du même parti socialiste, du même syndicat étaient sur des positions totalement irréconciliables et antagoniques.

En France, comme dans les différents pays touchés par cette cassure au sein du mouvement ouvrier organisé entre partisans et opposants à l’Union Sacrée, deux tactiques se font jour parmi ceux qui souhaitent toujours inscrire leur pratiques dans une perspective révolutionnaire : ceux qui souhaitent continuer à militer dans le Parti Socialiste et la CGT face à ceux qui considère que ces structures ont montrés leurs limites, qu’il faut désormais s’organiser immédiatement en dehors de ces organisations contre-révolutionnaires comme on pouvait le lire par exemple dans Le Communiste de mai 1920 : "S’associer, ou coopérer avec ces éléments contre-révolutionnaires, signifie entraver d’une manière sérieuse le développement du mouvement communiste. Une séparation rigoureuse des Communistes d’avec les sociaux-démocrates est absolument nécessaire". Une affirmation que l’on retrouve dans différents écrits de cette époque, aussi bien en Allemagne, qu’en Angleterre, en Italie, en Hollande, en Belgique…

Pour ce qui est de la gauche communiste en France, nous proposons aux lecteurs des textes qui ont été publiés dans la revue Invariance : supplément au numéro 9, série IV en février 1996. Toutefois nous n’avons pas respecté l’ordre de parution des articles. En effet dans cette revue, les premiers textes sont issus du Groupe communiste français à Moscou, groupe constitué par M. Body, J. Labourbe… [7] dont les positions ne s’inscrivent pas dans ce qui constitue le fond de toutes ces gauches européennes, à savoir leur antiparlementarisme et antisyndicalisme et leur propagande pour la forme soviet.


À voir aussi :

Notes :

[1Cette revue est presque intégralement disponible sur le site Smolny. Des articles de la revue Octobre ainsi que des bulletins d’information de la Fraction de Gauche italienne sont aussi disponibles sur leur site.

[2Concernant la gauche communiste germano-hollandaise, nous renvoyons le lecteur au site de Philippe Bourrinet, auteur de deux textes sur ce courant : http://www.left-dis.nl/

[3Militant de la Fédération française de la Gauche Communiste, à Marseille, juste à la fin de la seconde guerre mondiale. Il quitte le PCInternational en 1971.

[4Nous savons bien qu’en utilisant la terminologie "gauche communiste" certains groupes (comme le CCI) ou individus (Michel Olivier, Philippe Bourrinet) lui donne un sens plus précis, plus limité. Ainsi Michel Olivier dans sa Contribution à une histoire du mouvement révolutionnaire (…) la gauche communiste belge écrit que : "la gauche communiste est tout à fait particulière, elle possède une histoire, elle se rattache au mouvement ouvrier et au combat critique mené par les courants de ‘gauche’ au sein de la 3ème Internationale". Ainsi il est possible que le journal Le Soviet ne s’inscrive pas pour eux dans cette classification, étant donné que nombre de textes de ce journal peuvent être qualifiés "d’anarchistes", bien que d’un autre côté nous pouvons trouver dans ce journal des textes qui défendent clairement la dictature du prolétariat. Si l’on prend l’exemple du texte La Ligue Communiste et la fraction de gauche (Treint-Marc) 1930-1932 écrit par Michel Olivier (diffusé par le collectif Smolny en format pdf), celui-ci parle de gauche communiste en France à partir du milieu des années 20 mais pas un mot sur le journal L’Internationale de 1919 et ceux qui suivirent puisqu’il considère qu’on peut difficilement parler de Gauche communiste avant la parution du livre de Lénine La maladie infantile du communisme en 1921. Notre objectif n’est pas de polémiquer sur ce point, chercher la "vraie" gauche communiste, notre objectif est comme toujours de mettre à disposition des lecteurs le maximum de textes pour qu’ils soient en mesure de se réapproprier par eux-mêmes leur teneur.

[5Kriegel Annie, Aux origines du communisme français (1914-1920), Imprimerie Nationale, 1964, page 284. La citation est de Pannekoek.

[6Nous précisons bien que nous nous cantonnons à cette période. Parler de rupture avec la social-démocratie organisée en parti et en syndicat ne signifie pas qu’il s’agit là d’un fait nouveau. D’autres ruptures sont aussi intervenues après 1871 et avant 1914 que ce soit en réaction au parlementarisme et au patriotisme. Toutefois les ruptures avec la social-démocratie sont plus fortes dans cette période et ne limitent d’ailleurs pas à la seule Europe.

[7On peut se reporter au livre de Marcel Body, Un ouvrier limousin au cœur de la révolution russe, paru aux Éditions Spartacus.

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