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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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À partir de notre merde… (Notes brèves préalables à une analyse de l’Unité et du Pouvoir Prolétariens)
{Archinoir}, n°2, s.d., p. 23-31.
Article mis en ligne le 2 novembre 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

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(Phrases d’introduction à une analyse de l’unité et du pouvoir prolétariens)

A- GAUCHISME NON LENINISTE ET IMPUISSANCE ACTUELLE.

Toute la théorie et la pratique actuelle des groupes "gauchistes" est déterminée par un certain nombre d’analyses préhistoriques, reçues de façon sacro-saintes.
La confusion la plus partagée domine en tous les domaines.
L’incapacité à avoir une pratique autonome s’exprime pour chaque groupe par un stérile débat sur les relations entre les "avant-gardes" et le "mouvement ouvrier".
A l’activisme sommaire des uns répond l’attentisme verbeux des autres ; ou bien l’activisme attentiste ; ou bien l’attentisme actif ; ou bien une oscillation permanente entre les deux. Mais tous, nous "activons" ou "attendons" "pour" le "PROLETARIAT", "au nom" du "MOUVEMENT OUVRIER".
Il s’agit donc bien

  • 1) de fermer sa gueule, parce qu’on est pas ouvrier, ou parce qu’on est ouvrier quelque part où il ne se passe rien et où on ne veut pas intervenir en tant qu’ouvrier possédant un certain nombre d’idées, de conceptions propres à d’autres, ce qui serait faire de l’avant-gardisme ; et alors, on va populariser, diffuser les luttes "Ouvrières", les rapporter, les analyser ; on sert de ronéo, on fait du journalisme (Cf. I.C.O.)
  • 2) de fabriquer la théorie, et d’aller rejoindre les bataillons prolétariens lors des grands moments afin de leur apporter la théorie toute chaude, toute prête pour eux. (Cf Les conférenciers)
  • 3) d’organiser la classe ouvrière en tant qu’élément conscient de la classe, s’il y a crise du capitalisme, de type 1929, ce qu’il faut analyser !! (Cf. Révolution Internationale).
  • 4) de réveiller la classe ouvrière à coups de bombes (Cf. les "Terroristes").
  • 5) de déclarer que :
    • l’Avant-Garde, c’est pas bien
    • Mais on est l’A.G.
    • Le Prolétariat se lèvera tout seul.
    • Mais on est l’A.G. qu’est "masochiste". (Cf. les Cahiers du Communisme de Conseils) [1].

      A aucun moment, nous n’avons eu ou tenté d’avoir une pratique politique "efficace", donc "autonome", en nous déterminant nous-mêmes, en nous plaçant sur notre terrain réel (celui de notre être social), mais toujours par rapport à un sujet qui nous exclut ou excluerait de fait, et en théorie, le Prolétariat avec un P.
      Tous les groupes vivent effectivement comme des chancres sur un cadavre ; nous vivons des actions des autres, les détournant, les aidant, les popularisant, les diffusant, les combattant (pour les m.l.) par exemple, mais qui mène ces actions, alors ? Aucune prise sur ce que nous faisons. Les autres nous laissent le soin de choisir quelle justification nous "prenons", c’est tout.
      Jamais, nous n’avons agi, dans aucun de ces groupes, en tant que groupe d’individus, qui a sa vie et son existence propre, qui est déterminé par un certain nombre de rapports sociaux, de production » culturels, humains, plus ou moins précis, etc... mais en tant qu’élément étranger, ou extérieur, ou à la limite du sujet révolutionnaire posé en préalable, le Mythique Prolétariat.
      Jamais nous ne nous sommes compris et posés en tant que groupes d’individus "voulant faire un certain nombre de choses comme la Révolution (à l’horizon de ces choses)", et donc pouvant faire aussi bien partie du sujet révolutionnaire, mais comme des malheureux dépositaires d’un savoir et d’un vouloir révolutionnaire dont un autre sujet a la pratique.
      Nous, la conscience (mauvaise conscience) le Prolétariat, l’action (la bonne action). Nous reproduisons ici encore la dichotomie idéaliste jusque dans notre conscience politique. Et nous posons les problèmes déconnants de l’avant-garde et du mouvement ouvrier, de la réunion de la tête et du corps. Les problèmes précis du "léninisme". (La conscience à l’extérieur du prolétariat. (Cf. Que faire ?)
      Le gauchisme à la mode réelle, c’est le léninisme renversé, retourné. Et au moins, le léninisme a l’avantage d’être logique sur son terrain, d’être cohérent, car il admet que le corps soit soumis à la tête, et sa conscience est "bonne conscience".
      C’est en continuant à nous considérer la tête d’un corps qui ne bouge pas, que la scission entre nous et ce que nous appelions le "Prolétariat" ira s’agrandissant. Et nous ne ferons pas la Révolution, occupés encore à courir après, notre queue.
      Ce qu’il s’agit de bien déterminer, c’est ce que nous Sommes, notre "être social" et ce que révèle concrètement le désir propre de cet être social.
      Ce qu’il s’agit avant tout, et dans tout, c’est d’essayer de clarifier les relations existant entre le mouvement historique, le mouvement ouvrier, et les groupes dits "révolutionnaires". C’est-à-dire qu’il s’agit de nous situer comme être sociaux désirant transformer la réalité. Ce problème de l’Unité Prolétariat existe, comment il existe en tant qu’unité de luttes est à situer par rapport au problème du Pouvoir du Prolétariat sur son histoire et sur la transformation du monde.
      Et ce double problème nécessite un certain nombre de clarifications quant à notre existence au sein de cette unification des luttes, c’est-à-dire quant à l’unification de nos luttes à nous : c-à-d que tout ceci, c’est le décrassage nécessaire préalable à la saisie de nos luttes, de nos possibilités de luttes. Saisir notre désir et nos désirs comme moteurs de notre pratique révolutionnaire [2]. Saisir ainsi en quoi notre désir rejoint le désir de la classe ouvrière, etc..., en le saisissant lucidement.
      Ce n’est pas en nous posant en arbitres au-dessus de la mêlée que nous écrivons ce truc, mais au contraire en étant conscients de cette impuissance politique vécue quotidiennement.

      B - LUTTE DES CLASSES, HISTOIRE ET MOUVEMENT.

      La lutte des classes se compose inévitablement comme une succession de temps Forts et de temps Faibles [3]. L’histoire humaine, c’est-à-dire la société historique de l’homme, est nouée et dénouée par le processus de la lutte des classes. L’histoire humaine est donc le résultat d’une série de combats souterrains et parallèles à elle-même, et qui la conduisent à une série de changements de systèmes.
      La lutte des classes n’est ni un schéma simplificateur ni un fil conducteur, mais un peu l’expression et l’anatomie interne et motrice de l’histoire (La lutte des classes est aussi la lutte de classes composées d’individus, et non d’entités, ou de "moments", ceci pour rafraichir la mémoire de certains). Les classes n’auraient et réductrice de toute activité humaine.
      L’histoire des rapports de production n’est pas la base de l’histoire humaine, mais son expression "in abstracto".

  • Supposer que l’histoire est le résultat des changements techniques et des bouleversements économiques est une magouille théorique. Car supposer cela équivaut à supposer deux domaines superposés, les infrastructures, vivant de leur propre vie, comme ça, en l’air, et les superstructures, glacées, sans mouvement, le coup du reflet, du "miroir déformant".
    C’est encore la vieillerie théologique et dichotomique qui revient à la charge.
  • Supposer que la lutte des classes est l’expression de l’histoire des rapports de production est une magouille plus que théorique. Car la lutte des classes est aussi 6f surtout réaction contre (ou pour) les rapports de production, défense envers ceux-ci ; et tendance à les refuser, à les transformer. La révolte est déterminée mais anti-déterminations.

    D’autre part, "rapports de production" = conceptualisation au niveau économique de l’état des luttes entre les classes à un certain moment donne*de ces luttes (historiquement). L’économie politique, comme la culture, comme l’art, comme le droit, comme la morale, comme la religion est l’expression de la lutte de classes. Dire que les luttes de classes, sont l’expression de l’histoire des rapports de production, cela revient à déclarer que. les luttes de classes soit l’expression de l’histoire des luttes de classes.
    En portant l’analyse sur un terrain économique, nous faisons simplement usage du matériel conceptuel le plus facilement utilisable et précis. Mais le renversement des propositions nous amène à l’"économisme", c’est-à-dire à la racine de toutes les analyses gauchistes actuelles, léninistes et non-léninistes également. En portant le débat sur le terrain économique comme clef du mystère, nous nous portons sur le terrain d’une spécialité, l’économie politique, c’est-à-dire sur le terrain des spécialistes, c’est-à-dire de la bourgeoisie, MARX disait déjà que ce qui l’intéressait était la compréhension de la lutte et non de la loi. (La Critique de l’Économie Politique !) avant de tomber lui aussi dans le piège [4]. Nous croyons, nous, que l’histoire humaine est le produit de l’activité des hommes historiques, c’est-à-dire des "classes", (là-dessus il y a à préciser, nous y reviendrons).
    L’homme historique secrète son histoire comme il est manipulé par elle, L’homme historique est autant produit de son désir que producteur de ce désir unitaire appelé désir révolutionnaire. Et ce désir est le seul garant de la possibilité d’une Révolution, car c’est par lui, sa conscience et sa cristallisation qu’ont toujours passées les grandes luttes et qu’elles risquent de continuer à passer. Ce n’est pas par l’observation "scientifique” du processus économique et par une stratégie policière de prévisions en découlant, mais par le désir. Car le désir dépasse la fiction et la réalité. Il est le moteur de ce dépassement dialectique du rêve et de la réalité. Ce désir est le point de coagulation des Forces historiques réelles et du passage social. C’est ce qu’il s’agit de démontrer à tous les niveaux, et à tous les instants.
    C’est le désir (désir de "vivre", de "continuité", de "transparence", de "faire tout péter", de "s’approprier la nature", de "liberté d’aimer", etc...) qui pousse les classes sociales à s’affronter. Leur terrain de bataille est certes économiquement structuré, mais autant culturellement structuré ; et les paris risqués. L’état des forces "atmosphériques" ne détermine pas le désir (et la conscience de classe résultant de la rencontre entre le désir et la pratique spontanée des luttes) mais le désir détermine l’état des Forces. Il est évident que la lutte des classes passe par tout un chemin tracé plus ou moins de façon plus ou moins catégorique ; mais le désir démontre, explique, commente, révèle ce chemin et lui donne sa réalité qu’il détermine en l’interprétant.
    Les grands mouvements ou moments révolutionnaires ne sont presque jamais venus dé crises économiques. (Commune, Russie des Soviets, Makhnovitchina , Allemagne de 1921, Espagne de 36, Hongrie 1956, mai 68. Ils sont venus presque toujours, d’une crise politique, d’une inadaptation du système des représentations et institutions politiques et culturelles aux rapporta de production, et d’une inadaptation du système de rapports de production à la machine politique et culturelle, accroissement qualitatif, de la lutte des classes, d’une progression quantitative des luttes des classes ; d’une intensification du désir révolutionnaire, et d’un niveau de développement aigu de la conscience de classes. Le désir nourrit la conscience de ses désirs et de son axe, la conscience de classe fournit au désir de ses médiations techniques et organisationnelles. C’est le règne de la poésie critique en armes. Ceux qui expliquent que mai 68 est issu d’une crise de développement du capitalisme, ou que les grèves sauvages ne sont que le reflet d’un phénomène de croissance du capitalisme, et de passage d’une de ses formes à une autre, ceux-là sont les "justificateurs", les idéologues, de mai 68 ou des grèves sauvages. Ce qui nous intéresse, c’est ce que mai 68 et les grèves sauvages révèlent de nouveau dans les formes de lutte, dans l’organisation des luttes, dans le degré de conscience des luttes, et dans le désir central à ces luttes. C’est le théorie radicale qui prend racine aux racines du mouvement et qui est racine pour la continuation du mouvement par d’autres moments* C’est cela, la théorie radicale en gestation. Pour l’instant, pas grand chose de ce côté-là. On en est encore à se pencher sur les causes de mai 68 et sur la signification dans le système économique des grèves sauvage. Nous nous fichons pas mal de la signification dans le système des moments radicaux, mais au contraire dans la subversion du système. Quant on a dit que tout était récupéré, on a tout dit, et rien dit. La théorie radicale, c’est la poésie critique. "La théorie définirait la quantité radicale d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : elle donnerait plus que la Formule de sa pensée, que l’annotation de sa marche au Progrès. Énormité devenue norme, absorbée par tous, elle serait vraiment une multiplicatrice de Progrès.
    Cet avenir sera matérialiste, voue le voyez - Toujours pleins du Nombre et de l’Harmonie, cette théorie sera faite pour être réalisée.
    La théorie ne rythmera plus l’action, elle sera en avant", (A. Rimbaud, etc...)
    Car elle définirait la quantité radicale, etc..."
    Et nous croyons que cette théorie est amorcée et agit par le désir révolutionnaire, comme moteur réel de la lutte des classes.
    L’histoire na pas un mouvement défini de façon précise par l’histoire. Son mouvement est celui que se donne le désir agissant, réagissant, s’empêtrant, reculant, et agonisant.
    Le sens de l’histoire, en tant qu’objectivité observable scientifique ment est un produit mythologique de la philosophie dialectique, c’est-à-dire de la philosophie tout court. Je peux remarquer au plus qu’il y a un vague, très vague mouvement général vers la création du capitalisme concentré, depuis l’âge du bronze, en Europe. Et à côté, le mode de production asiatique. Et à l’intérieur, des à-côtés, des retours en arrière, des stagnations, des renouveaux et beaucoup de hasards. (Il faudra qu’on en finisse un jour sur le sort jeté de façon con par les révolutionnaires sur cette notion et sur sa réalité). Et surtout une espèce de suite sans liens logiques apparents, en filigrane, une suite de moments hérétiques, (couverts de masques idéologiques empêchant d’en saisir le sens) de moments parallèles, subversifs, (révoltes paysannes au Moyen-Age, Cathares, millénaristes, par ex.), réalisant ou exprimant plus ou moins totalement au niveau théorique et pratique le programme révolutionnaire-unitaire. Car c’est là que se situe le "hic". Pourquoi ces mouvements ont-ils raté ? "Parce que les conditions objectives, etc.. . " Air connu (et juste) .
    Pourquoi actuellement ces moments peuvent-ils s’étendre ? "Parce que les conditions objectives, celles de la survie généralisée, et de l’existence de couches sociales totalement ’désemparées’ et existant en tant que classes de la conscience (le Prolétariat) nient de façon absolue leurs présupposées logiques : le Pouvoir et la Société de classes".
    Il ne nous semble pas évident donc que l’Histoire soit déterminée par un Mouvement de type défini et définitif, par Hegel, Marx, Korsch, Lénine et Debord, mais au contraire qu’elle détermine ce Mouvement. Il y a des moments où l’émeute s’installe au coeur des villes. Et ces moment-là sont à intensifier et à créer autour de nous.
    D’où vient ce Projet Révolutionnaire, ("Homme Total" de Marx, "Harmonie" de Fourier, et "Liberté" des Anarchistes) ? Nous nous enfichons plus ou moins. D’où vient ce Désir ? Idem. (Il est évident qu’il est issu de l’histoire humaine pour son émancipation ; comme il est évident que seules les sociétés industrialisées permettent techniquement, organisationnellement au désir de s’exprimer vraiment et de la façon la plus radicale ; comme il est’ évident que l’être social de l’ouvrier et son désir sont déterminés au départ par le rapport travail salarié - capital ; comme il est évident que... car il est évident que ne revenons pas là-dessus, une bonne fois pour toutes)

  • 1- Les luttes de classes amènent à la parole et à l’acte, le Désir qui transforme l’Histoire en un Mouvement réversible mais qu’il s’agit de rendre irréversible.
  • 2- Le problème est donc bien de lutter, et non de savoir pourquoi lutter (Lutter = lutter comment ? À partir de quoi ?) - Pourquoi lutter au sens de se poser la justification de notre lutte).

    La tactique et la stratégie se fondent d’après le statut momentané des Forces en présence et d’après le projet global préexistant toujours à la "praxis" révolutionnaire. C’est le Problème du Mouvement Révolutionnaire.

    C- LUTTE DES CLASSES ET MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE (Unité et Pouvoir Prolétarien)

  • 1- L’existence d’un projet révolutionnaire totalisant se manifeste à plusieurs niveaux :
    • dans la tête des gens
    • dans les noyaux subversifs que furent les grands mouvements artistiques ou culturels en rupture.
    • dans les tentatives de libération de l’homme qui jalonnent l’histoire.
  • 2- Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de moments subversifs se reliant de façon incohérente ou cohérente selon la représentation vécue.
  • 3- Une accumulation de qualitatif est plus qu’une accumulation, c’est aussi un sens à cette accumulation, et ce sens c’est le sens que confère pratiquement à l’histoire le mouvement révolutionnaire, le mouvement du qualitatif.
  • 4- Le désir révolutionnaire se présente comme un sens à la pratique d’un certain nombre de groupes sociaux historiquement répertoriés. La dialectique entre les groupements ouvriers et la classe ouvrière, entre les groupements non-ouvriers radicaux et les groupements ouvriers radicaux, entre la classe ouvrière et les groupements non-ouvriers radicaux, est à saisir comme le plus grave problème posé à notre niveau actuel.
  • 5- Il semble que la classe ouvrière n’ait pas encore réagi en tant que classe totalisante, et que morcelée, séparée en diverses couches et groupes, elle n’ait agi encore que comme dépossédée de son être. Il est assez clair que ce sont toujours des groupements d’ouvriers plus combatifs ou plus conscients qui aient animé ses luttes les plus violentes. C’est un fait. Il est évident aussi que la classe ouvrière est, à chaque fois, allé un peu plus loin dans le sens de son existence et de sa réalité, dans la définition de son projet, et dans la reconnaissance de son être social et de son désir.
    Mais il est aussi assez net qu’elle n’est pas nécessairement révolutionnaire, mais qu’elle est fasciste, ou réformiste, s’il se peut ; et que la dialectique révolutionnaire ne vient pas de son essence, mais de son activité. Et son activité est, au départ, l’oeuvre de groupes ouvriers "minoritaires" (du XIXe à nos jours). Ce n’est pas la classe ouvrière qui a déterminé son projet, mais c’est son projet qui détermine peu à peu son existence réelle (et non plus seulement conceptuelle et magique) de classes. Évidemment, ce projet n’a pu être d’abord porté par des groupes minoritaires pour ensuite s’étendre que parce que l’accumulation des moyens de production a entraîné la concentration des ateliers, qui a entraîné la solidarité devant les intérêts communs, et aussi parce que ces groupes minoritaires ont accéléré le processus de socialisation des luttes. Ces groupes d’ouvriers n’ont pas reçu la bénédiction du Saint-Esprit révolutionnaire. S’ils se sont reconnus dans certains "prophètes" ou "illuminés", ou "savants", du XIXe siècle (Proudhon, Bakounine, et K. Marx) et surtout tous leurs propagandistes itinérants, c’est que des bases et conditions matérielles permettaient à ces aspirations, à ces désirs, de s’accrocher et ceci n’est pas un hasard. Il est évident aussi qu’ont joué un certain rôle un certain nombre de groupes d’intellectuels déclassés (ou d’étudiants révoltés) héritiers du noyau radical et subversif de la culture et de la philosophie précédentes. Il est évident aussi que le mouvement paysan est une réalité indéniable, et que la classe ouvrière ne peut prendre le mouvement en main seule ou se créerait une nouvelle exploitation sur la paysannerie (la Dictature des Conseils Ouvriers).
  • 6- Le mouvement révolutionnaire existe comme réunion hétérogène ou homogène de ces éléments dans une série de combinaisons tout à la fois simplistes et incompréhensibles. Le mouvement révolutionnaire se crée en luttant contre l’existence de la société de classes, et donc pour la fin de la division de ses membres en plusieurs couches ou classes, Et donc ne peut faire sien un objectif de type Pouvoir Ouvrier. Car le mouvement révolutionnaire a sa dynamique figée par la chute du Pouvoir et des Ouvriers, Le mouvement révolutionnaire passe pas sa théorisation unitaire alors que les luttes sont séparées. C’est le temps du mouvement révolutionnaire hallucinogène. Il faut qu’il devienne érogène.
  • 7- Les problèmes posés ici sont ceux de :
    • 1) l’unité prolétarienne :
      C’est-à-dire : comment les classes disparaissent dans le mouvement révolutionnaire (distinction intellectuel - manuel, par ex.) Comment peut se faire l’unification des luttes ; le rôle respectif initial des étudiants et des ouvriers, sur leurs bases sociales respectives ; leurs rencontres et leurs disparition progressive pour se transformer en éléments non plus ouvriers ni étudiants ; c-à-d. aussi le rôle de la théorie radicale ; la critique de la vie quotidienne et sa transformation sur leurs bases respectives, etc. . .
    • 2) Le Pouvoir prolétarien :
      C*est-à-dire : comment le Prolétariat acquiert son Pouvoir sur ses luttes, sa vie ; comment détruit-il le Pouvoir ; discussion autour des thèmes Pouvoir Ouvrier, Pouvoir des Conseils Ouvriers, comme conceptions aliénées et séparées du socialisme.

      Et c’est seulement l’étude de ces 2 problèmes qui peut donner actuellement une chance de’sortir du bourbier théorico-pratique où nous nous trouvons tous, liée évidemment à la recherche sur le terrain [5]. Car notre "être social” semble pour le moins confus, masqué et brouillé ; et si nous ne voulons pas retomber dans la gadoue militante, il s’agit de s’attaquer à ça. Voici une "tâche objective" pour ceux qui en ont toujours le mot à la bouche. Ceci fera l’objet d’un texte dans le prochain Archinoir, texte qui essaiera d’être le plus précis possible à ce sujet.
      Ce texte n’avait le but que de poser des questions, et de mettre questions le doigt sur des à une recherche dans un, certain sens. Il n’est qu’une introduction provisoire. Il faut le prendre comme tel, évidemment.

Notes :

[1Cela n’étant ni limitatif, ni une critique de ces groupes, cela étant les tendances actuelles du mouvement dont nous faisons partie.

[2"Nous", c’est-à-dire les groupes s’intitulant "radicaux", gauchistes non-léninistes, ou anarchistes ayant dépassé l’anarchisme formel, généralement Faits d’intellectuels (ou de prolos très intellectualisés).

[3On pourrait essayer de préciser cette succession de temps Forts et de temps Faibles, par le schéma suivant : a) le temps faible n’est pas seulement un palier du temps fort ; b) le temps fort n’est pas évidemment latent dans le temps faible ; c) Il y a des reculs du mouvement par rapport au temps forts, et pas seulement une stagnation, même si ces reculs ne vont jamais plus bas que le point de départ précédent (quoiqu’encore cela ne soit pas certain). Évidemment tout ceci est tant soit peu con ei algébrique comme remarque

[4"Toute sa vie, Marx a maintenu le point de vue unitaire de sa théorie, mais l’exposé de sa théorie est resté dur le terrain de la pensée dominante en se précisant sous formes de critiques de disciplines particulières, principalement la critique de la science fondamentale de la société bourgeoise, l’économie politique”, (Guy-Ernest DEBORD, La Société du Spectacle, p. 65).

[5Il est évident que ce n’est pas une "étude", en chambre ou ailleurs qui changera cela. Nous ne voulons surtout pas dire cela.




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