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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La guerre qui vient... Notes pour une analyse du mouvement social
Négation, N°2, Juin 1973, p. 17-20.
Article mis en ligne le 19 novembre 2013
dernière modification le 11 février 2018

par ArchivesAutonomies

A l’origine, ce texte devait comprendre une analyse historique de la ques­tion militaire par rapport à la révolution prolétarienne et à la contre-révolution capitaliste. Cette analyse devait, entre autres choses, cerner de façon critique les positions de Marx et Engels sur cette question au 19e siècle. Cette assimila­tion critique d’une phase passée, et de positions en parties fausses déjà, et tota­lement caduques aujourd’hui, à notre avis, peut seule permettre de comprendre complètement et profondément ce qu’il est de la question militaire pour la révolution et la contre-révolution de nos jours. Ce devait être la seconde partie de ce texte.
Mais très vite, après avoir entamé ce boulot, nous nous sommes aperçus que la question militaire et la question du parti étaient inséparables, tant chez Marx et Engels que dans notre propre analyse critique.
C’était un boulot trop important pour le cadre de ce texte dans cette publication, et pour la relative rapidité avec laquelle, selon nous, il fallait publier un minimum d’analyse du mouvement lycéen-étudiant, et de la question de la guer­re civile. D’autant que le premier texte sur l’École était fait depuis un bout de temps déjà et attendait.
Nous remettons donc cette belle ouvrage à plus tard, le plus tôt possible cependant car les questions du parti et de l’armée sont d’importance, ne serait-ce que pour ne pas tomber dans un "léninisme" ravale à la tape-à-l’oeil !
D’autre part la rapidité même avec laquelle le texte qui suit a été rédigé a a entrainé certaines imprécisions que le mûrissement des idées supprimera ou rec­tifiera, on l’espère, dans le boulot ultérieur.
Enfin cela nous a contraints à adopter la forme "notes", d’où un certain man­que de coordination entre les divers points traités qui peut apparaître à la lecture de l’ensemble du texte.


L’histoire se répète toujours deux fois, a écrit Marx ; la première se joue en tragédie, la seconde en farce. Sous son aspect le plus apparent.

MARS-AVRIL 73 FUT LA FARCE DE MAI 68 !

Sortant de la torpeur d’un demi-siè­cle de contre-révolution capitaliste ininterrompus (et pour la France près d’ un siècle [1]), le prolétariat fut "séduit" par l’aspect démocratique vivant-direct - qui prédomina tant bien que mal en Mai 68. Ce fut le temps des mots de la libération de la parole confis­quée depuis si longtemps par le ron-ron parlementaire. Et à ce niveau, petite bourgeoisie se prolétarisant et bour­geoisie libérale y trouvèrent leur compte et surent - plus ou moins - traduire en théorie ce phénomène !
Bien sûr Mai 68 ce ne fut pas que cela, sinon cette libération elle-même n’ aurait pu avoir lieu ; c’était aussi la lutte de classes violente ; c’était le prolétariat se réveillant ...pour s’arrêter enfin de bosser, souvent sans re­vendication précise, fait qui laissait déjà percer, en négatif, la formidable revendication de la communauté humaine ne pouvant se satisfaire de mieux survivre par plus de sous ou une quelconque autogestion, même généralisée, de l’existant. Mai 68, c’était enfin l’irruption brutale du phénomène de prolétarisation des intellectuels.
Entre Mai 68 et Mars 73, il a coulé de l’eau sous les ponts. Au niveau mon­dial, s’est effectuée la reprise révolutionnaire que la France avait inaugu­rée.
68-69 : grèves ininterrompues en Italie où les syndicats dépassés, jettent du lest en entamant une mutation (cha­peautage de comités de contrôle des ca­dences et de sortes de "conseils d’usi­ne" plus généraux, issus du mouvement, etc.).
69 : en Belgique, les mineurs de Limbourg au cours d’une grève sans précé­dent attaquent violemment les syndicats dont ils saccagent les permanences.
70 : en Pologne, les violentes émeu­tes que l’on sait, au cours desquelles des bureaucrates du parti sont pendus.
71 : à Paris, pillage du quartier latin ; importantes grèves d’O.S. à Renault.
72 : émeutes urbaines à Madagascar ; mutineries dans de nombreuses prisons françaises ; à Paris, importante grève du métro où les syndicats sont dépassés hués par les grévistes ; en Angleterre, grèves des mineurs et des dockers al­lant jusqu’à l’affrontement avec les syndicats.
Et, pendant tout ce temps, d’innom­brables grèves sauvages déferlent sur l’Europe et gagnent d’autres points du globe. L’absentéisme dans les entrepri­ses se développe à allure accélérée, le sabotage du procès de production l’ac­compagne (surtout aux USA et en Italie)
Et tant d’autres manifestations,im­possibles à citer toutes, de la réappa­rition du prolétariat sur la scène de la violence de classe, et qui s’ encom­brent peu de démocratie.
Entre Mai 68 et Mars 73, le Capital montre de plus en plus évidemment qu’il a atteint la fin de sa super-période d’ auto-valorisation entamée après-guerre. Et il commence à se poser ses problèmes de survie ; non seulement comme il a pu se les poser chaque fois qu’il attei­gnait la fin du cycle de prospérité, fin permettant la réapparition révolutionnaire du prolétariat, mais comme les lui pose spécifiquement cette période par­ticulière qui rend la révolution, com­muniste immédiatement possible, et où le sur-développement du Capital rend présente la perspective de la destruc­tion de l’Humanité (théorisée à sa façon par une fraction de la bourgeoi­sie "libérale" : rapport du M.I.T., rap­port Mansholt, écologie, etc.)
Depuis Mai 68, la prolétarisation s’est effectuée visiblement pour certains intellectuels (maitres auxi­liaires, par exemple, que toute la merde journalistique, de "Rouge" à la "Nation" [2], appelle les O.S. de l’enseignement"). Les profs se sentent mal dans leur peau, et les lycéens y sont aussi pour quelque chose. Certains se suicident. D’autres se jettent à corps perdu dans le modernisme pédagogique et/ou politique ("Libération de l’Éco­le" et organisations gauchistes). Quelques uns - bien peu - parlent de la ré alité de leur misère, accèdent à une conscience révolutionnaire globale au niveau de la société. Beaucoup se barrent de l’enseignement, ne pouvant supporter ce boulot et vont vendre leur force de travail ailleurs ; ou abandon­nent en cours des études incertaines, ce qui revient au même un peu plus tôt. En tout cas, la plupart de ceux qui sont nouveaux enseignants ou tentent de l’être ne l’envisagent que parce que c’est un-peu-mieux-payé et avec-un -peu-plus-de-vacances que la majorité des boulots.
Au fur et à masure que le nombre de "ceux-qui-ont-la-chance-de-faire-des-études" augmentent cela du secon­daire au supérieur, le nombre de ceux qui sont certains d’être intégrés au monde du travail, au système donc, diminue, et diminue parallèlement le nom­bre de ceux qui sont preneurs heureux de cette hypothétique intégration future. La masse de ceux-qui-étudient le fait parce que c’est obligatoire jusqu’à un certain âge, et surtout, après et avant cet âge, pour ne pas être en­core vraiment, pleinement dans la "vie qui vient".
L’école est malade, mais cette société est moribonde. Et tout acte de révolte réelle contre l’école est une contestation profonde de cette société.
Dans ce cadre, Avril 73 qui chez les lycéens-étudiants parodie Mai 68, moins les aspects de lutte violente, n’est bien qu’une farce, du point de vue révolutionnaire ! Beaucoup ont ressen­ti ainsi les proclamations démocrati­ques du mouvement ; ses mots qui de ce fait n’étaient pas mots humains, mais mots d’ordre (au sens littéral), slo­gans creux, niaiseries populistes ("Debré salaud le peuple aura ta peau"). La parole est désormais historiqueme’nt "libérée", si elle est ré-enchaînée pério­diquement depuis 68, seul un mouvement agissant violemment contre les rap­port de production et de vie peut la faire ressurgir dans sa réalité subversive.
"Assez d’actes, des mots", disait un slogan de mai 68, car en effet jus­que là les seuls actes dominants é­taient ceux qui faisaient fonctionner la monstrueuse machine du Capital. Au­jourd’hui où le geste critique est quotidien, répandu, les actes et les mots l’action et la pensée sont devenus vi­siblement ce qu’ils étaient essentiel­lement : inséparables ; c’est la praxis révolutionnaire qui vient à l’ordre du jour.
Le retour farcesque de la démocratie a eu ses réalisations risibles dans le mouvement lycéen :

  • ridicule tentative de refaire un espèce de "mouvement du 22 Mars", en instituant une manif ce jour-là. A Pa­ris on y vit d’anciens combattants, comble du ridicule, déployer une banderolle "22 Mars 68 - 22 Mars 73" qui rayait de son trait d’union tout le dévelop­pement historique réel de 5 ans !
  • ridicule journal "L’entonnoir" (!) monté de toutes pièces sous-popu­listes par de vieilles "célébrités anarcho-maoistes", anciens manipulateurs démocratiques de foules qui retrou­vaient là leur rôle banal et quotidien de bureaucrates : la farce c’est aussi la clarté !

    Ce qui était profond dans les mouvements de Mars-Avril 73 (mouvement lycéen-étudiant et grèves d’O.S.) c’est que, contrairement à Mai 68, plusieurs des principales questions de notre époque étaient directement posées,pour le Capital comme pour le mouvement com­muniste :

  • pour le premier, nécessité d’intégration illusoire, par se fétichisme qu’est la politique de nos jours, do jeunes qui traînent leur "adolescen­ce" sociale dans le milieu incertain de l’École et de l’Université. Pour le second, nécessité d’attaque violente du système par ceux-là même qui ne peu­vent, comme nous tous, devenir des hommes qu’au prix de sa destruction !
  • pour le premier, nécessité d’adaptation de l’École et de l’Armée au capitalisme contemporain ; pour le second, nécessité de leur destruction.
  • pour le premier, nécessité de la refonte du procès de travail dans l’entreprise ; pour le second, nécessi­te de la destruction du procès de tra­vail-valorisation et de l’Entreprise.

    On parlera dans un boulot ulté­rieur sur la révolution communiste au niveau de la production, de la réforme du procès de travail et de l’Entreprise. On va voir tout de suite ce qu’il en a été du mouvement lycéen-étudiant et ce qu’on peut déjà dire sur la ré­forme militaire.


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