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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quelques précisions sur le texte qui précède
Négation, n°2, Juin 1973, p. 13-15.
Article mis en ligne le 14 novembre 2013
dernière modification le 11 février 2018

par ArchivesAutonomies

J’ai commencé l’écrire ce texte après m’être rendue une réunion or­ganisée par las tendances EE et RS dans une section tenue par eux, à syn­dicalisation assez faible, ce qui fait que leur réunion de rentrée ne se vou­lait pas exclusivement syndicale, mais ouverte à tous. J’y suis allée dans l’espoir d’y rencontrer d’autres profs que des militants. Effectivement, des gens présents lors de la première réu­nion, la moitié environ, lors d’un tour de table, ont dit ne pas s’intéresser à la cuisine syndicale, mais vouloir parler de leur boulot et analyser leur situation. Je ne suis pas allée à une deuxième réunion. Mais quelques jours après celle-ci, je recevais une invitation à une prochaine séance, proposant d’y parler de l’action syndicale de la section (plus question d’y parler des syndicats), et de "la nature de l’en­seignement" (plus question de parler de notre misère à nous). Alors j’ ai commencé à prendre des notes pour cla­rifier mes idées et pouvoir parler avec les non-syndiqués en faisant une critique précise de ce qui se présentait assez confusément de la part l’EE et RS. Et puis, à cette troisième réunion il n’y avait plus personne, je veux di­re que des militants, élimination rapi­de !
Je n’y suis donc pas retournée, et j’’ai transformé mes notes en un texte plus général, tout en gardant comme point de départ la critique des idées gauchistes sur la question, parce que c’est de toute façon un point essen­tiel.
Ce texte peut donc sembler ambigu.
D’une part il critique les gauchis­tes point par point, d’un point de vue de prof, sur leurs idées sur l’inspec­tion, le rôle des profs par rapport aux élèves, etc..., et peut sembler par là les considérer comme des révo­lutionnaires égarés, avec qui il vau­drait la peine de discuter pour leur faire découvrir leurs erreurs. D’autre part il critique l’École d’un point de vue communiste ; dans cette perspecti­ve, les gauchistes apparaissent comme l’aile gauche du Capital, et il est stupide de leur dire par exemple qu’il ne saurait être révolutionnaire de mo­derniser l’école, puisque les gauchis­tes ne sont pas, fondamentalement, ré­volutionnaires, mais contre-révolutionnaires.
Malgré cette opposition apparente , j’ai voulu montrer que se rejoignent la critique globale, à base théorique de l’École et du gauchisme, (qu’il au­rait mieux valu faire à partir d’une caractérisation du capitalisme actuel et du communisme, si c’avait été là mon but), et la critique de l’École et des idées gauchistes sur l’École qu’on peut faire immédiatement à partir de la critique de son propre boulot de prof, à condition toutefois de ne pas se laisser abuser par les idéologies diverses qui masquent la réalité de ce boulot. C’est cela qui me parait le plus important : que ça se rejoigne.
D’où ces critiques partielles des gauchistes, elles seraient fausses si elles étaient isolées. Je les maintiens cependant, en particulier parce que ce texte pourra peut-être intéresser, non certes des militants gauchistes, mais des profs un peu paumés qui sans être gauchistes ne parviennent pas à faire une critique du gauchisme, et surtout se laissent avoir par l’argument bien connu : "Mais enfin ce sont des person­nes que tu as devant toi, pas des ma­chines !".
C’est tellement vrai que j’ai eu moi aussi (bien qu’ayant fait aupara­vant une critique globale du gauchis­me) besoin d’écrire ce texte pour être sûre de la clarté de mes idées, pour être sûre de pouvoir expliquer et maintenir mon refus immédiat de l’attitude gau­chiste en tant que prof. Il ne s’ agit donc pas de pédagogie appliquée aux autres profs ! Il y a une telle infla­tion de littérature gauchiste sur cette question, et cela correspond telle­ment à la possibilité réelle et tou­jours présente de se laisser avoir par l’espoir de "rapports humains" en classe, qu’on ne saurait trop essayer de clarifier les réponses, y compris point par point. (Mais il est tout aussi im­portant de parvenir à relier ces argu­ments à une compréhension globale de la société. Sinon les réactions immé­diates, même clarifiées, de critique de son propre boulot, ne mènent pas a grand- chose.).
Un autre point à préciser est que la fin du texte (analyse des formes d’action existant chez les profs) j’ai voulu analyser ces actions en tant que signes, ou non, d’une évolution chez les profs, et non chercher "que faire". Il est évident qu’il "faut" faire dans chaque lutte où on peut se trouver ce qu’on a envie (et ce qu’on peut) faire à chaque instant, ni plus ni moins. Il n’y a pas à craindre le réformisme si on lutte sur un point partiel, pas plus qu’il n’y a à craindre de "ne pas se faire comprendre" en allant trop loin. Il n’y a pas à chercher une tactique.
De toute façon, si une forme d’ac­tion est totalement contre-révolution­naire (ex : les syndicats), je n’aurai jamais envi d’y être, mais si elle est ambiguë, j’aurai envie d’y être dans la mesure où je pourrai, soit y affir­mer mon point de vue, soit agir en se sens. Par ailleurs et en dehors des situations de lutte qu’on ne décide guère individuellement, j’ai envie de dire ce que j’ai dit ici.
Je n’ai donc rien de bien palpitant à "proposer" : critiquer les idéologies des enseignants, n’est-ce pas se cal­feutrer dans la théorie ? Et pour la pratique, s’il faut attendre des luttes de profs où l’on ait envie de fai­re et où l’on puisse faire quelque chose : comme c’est rare ! Entre-temps, n’ y aurait-il pas moyen de faire un pe­tit quelque chose... dans sa classe, par exemple ?... Et c’est ainsi que l’impa­tience d’agir à tout prix mène tout droit à la contre-révolution. Le : "mais il faut bien faire quelque chose" est l’autre argument bien connu dont il urge de se débarrasser !

Paris, Avril 1973


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