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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Essai d’appréciation des relations de cohérence et de transparence et de leurs rapports au sein d’une minorité révolutionnaire
Archinoir, n°1, Février-Mars 1969, p. 6-8.
Article mis en ligne le 1er mai 2013
dernière modification le 6 novembre 2017

par ArchivesAutonomies
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La réalisation de ce bulletin (qui est une de nos diverses activités) qui sert à cristalliser ce qui nous semble intéressant parmi ce que nous avons fait ou dit et à le livrer à la discussion, nous permet en outre de nous définir par rapport au mouvement révolutionnaire puisqu’à l’expression "minorité révolutionnaire" correspond la réalité de deux exigences :

  • celle du groupe, si le groupe est en mesure compte d’une certaine expérience de la pratique et d’une certaine theorisation.
  • celle du mouvement révolutionnaire que le groupe ne pourrait prétendre assimiler sans cette théo­rie de la pratique.

Mon objet dans ce bulletin est de faire la théorie de la pratique du bulletin, en ce sens que je le considère comme une des manifestations de notre cohérence et de notre incohérence. Je ne fais que tirer les conclusions du débat qui s’était déjà imposé au niveau de l’ex-G.R.A.A.A.B. (à la suite du Congrès de Dargoire — cf. "Hydre de Lerne" n°6), débat sur la cohérence et la transparence. Nous savons que ce débat avait été ouvert et fermé de façon formelle par les Situationnistes dans le n°11 de leur revue. Leur Concept de Cohérence s’appliquant parfaitement à Leur Réalité ; comme une compensation théologique exprimant le contraire de leur réalité et de la réalité de tout groupe dans le monde de la séparation et de la marchandise ; Ces gens-là cé­lèbrent ainsi leur mensonge d’une vie totale immédiate.
Mon propos n’est ni de faire du roman historique de groupe, ni de faire un exposé philosophique, ce qui serait la négation de la raison d’être de cet article dans ce bulletin collectif. Cette transparence historique que réclament les Situationnistes est une illusion ; nous la bannissons. Reprendre l’histoire de chacun, au moins passagèrement, un "cas" ce qui n’est que la solution séparée de rassembler des individus séparés dans une minorité qui n’a pour toute cohérence que la publication théorique sur papier brillant.
Une transparence est nécessaire cependant : celle de la créa­tivité de chaque individu qui transparaît dans le groupe, à travers et en même temps contre la séparation par la participation à l’action radicale.
Il ne s’agit pas de réunir des individus-à-histoire, mais de se servir de l’histoire des individus pour constituer un groupe, dès l’instant où leur révolte se concrétise à travers leurs capacités. Le groupe donne un aperçu relatif de ce que pourraient être les relations dans une société libre. Il est évident que le groupe ne peut se garder totalement de reproduire à petite échelle la société existante.
Mais qu’une mise au clair s’impose à chaque rencontre ou réunion, cela est faux ; car la vie du groupe est aussi celle des individus entre les moments de rencontre ou de réunion et l’on voit mal comment, en dehors de manger, dormir, boire, baiser, aimer, agir, etc, il resterait dans la vie quotidienne et sa critique, du temps "séparé" pour mener une vie "séparée", qui nierait la vie du groupe, et qui nécessiterait cette remise au clair.
L’individu, heure par heure, ne situe pas la ré volution ; il s’y situe ou il est situé par elle.
Et dans la minorité agissante, la continuité est le fond de ce qui peut devenir la transparence, parce que le mode de vie de chacun est profondément lié à l’action et à la vie collectives du groupe.
Il se produit alors un mouvement dialectique de vie collective et de vie individuelle, mais qui peut se rompre (car le monde de l’aliénation nous guette à chaque instant) bien qu’il soit un seul mouvement en vue de l’action qui, si la vie est changeante, si l’on a des problèmes matériels ou non, reste la même, à savoir l’action révolutionnaire qui s‘accomplit ou ne s’accomplit pas, au quel cas le mouvement se rompt.
La cohérence relative nait de la constatation du relatif de la transparence des rapports et du dépasse­ment de la transparence uniquement subjective, séparée et d’un fonctionnement douteux. .
La seule transparence possible est la créativité de l’indi­vidu se libérant des structures anti-communicatives et répressives de la société de classes au contact de créativités autres, libérées par la collectivité libre qui se réalise partiellement dans la minorité révolu­tionnaire anti-autoritaire.
Il n’est pas possible de reprendre dans le détail la vie de chacun et de l’expliquer pour tirer tout au clair. Nous ne sommes pas des sectes mystiques.
En revanche, de cette manière, il est possible pour l’individu d’aller plus loin dans la résolution de ses contradictions et de passer plus ou moins de la transparence "subjective-séparée" et souvent illusoire, à une situation de transparence relative qui se confond avec le degré de cohérence du groupement.
La transparence absolue ne serait possible que dans "une société libre".

NB : Notons que la médiation entre la transparence et la. cohérence du groupe est véhiculée par le langage qui nie ainsi ses propres spécialisations et ses propres séparations.




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