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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Un appel en faveur du socialisme - Point 2 - Gustave Landauer
Article mis en ligne le 10 juillet 2018

par ArchivesAutonomies
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2.

Le socialisme est la tendance volontaire, d’hommes qui sont d’accord entre eux, à créer quelque chose de nouveau sur la base d’un idéal.

Regardons donc ce qu’est l’ancien, à quoi ressemble ce qui existait jusqu’à présent, c’est-à-dire notre époque. Non pas seulement notre époque au sens de maintenant, de quelques années ou décennies ; mais notre époque d’au moins quatre cent ans.

En effet, il faut graver cela en nous, et il faut le dire tout de suite, dès le début : le socialisme est une grande cause qui aura des conséquences considérables ; il veut aider à ramener les générations humaines déclinantes vers le sommet, vers la prospérité, vers la culture, vers l’esprit, et ainsi vers l’union et vers la liberté.

De telles paroles sonnent mal aux oreilles des professeurs et des auteurs d’opuscules pieux, et elles déplaisent également à ceux dont la pensée est imprégnée par ces corrupteurs qui propagent la doctrine suivante : les hommes, et aussi bien sûr les animaux, les plantes, le monde entier, seraient soumis à un progrès constant, à un mouvement ascendant depuis le niveau le plus bas jusqu’au niveau le plus haut ; et ainsi de suite sans arrêt depuis la fange des enfers jusqu’au plus haut des cieux. Et c’est ainsi donc que l’absolutisme, le servage, le mercenariat, le capitalisme, la misère et la déchéance, toutes ces choses sont supposées être des étapes, des stades du progrès, sur le chemin du socialisme. Nous ne sommes en aucune sorte partisans de ces illusions prétendument scientifiques ; nous voyons le monde et l’histoire humaine différemment ; nous disons les choses autrement.

Nous disons que les peuples ont leur âge d’or et l’apogée de leur culture, et qu’ils redescendent de ces sommets. Nous disons que nos peuples d’Europe et d’Amérique sont des peuples qui sont en déclin depuis longtemps — depuis environ la découverte de l’Amérique.

Les peuples ont donc atteint leur âge d’or et s’y maintiennent quand ils sont subjugués par un esprit. Ceci sonne également mal aux oreilles de ceux qui, à l’heure actuelle, s’appellent socialistes et qui ne le sont pas, que nous avons aperçu fugitivement dans leur costume darwiniste et que nous pourrions considérer maintenant comme des partisans de la conception prétendument matérialiste de l’histoire. Mais nous parlerons de cela plus tard ; nous devons maintenant avancer, et nous trouverons encore le marxisme sur notre chemin, nous l’appréhenderons et nous lui dirons en face ce qu’il est : la peste de notre époque et la malédiction du mouvement socialiste !

C’est l’esprit, l’esprit des penseurs, l’esprit de ceux qui sont subjugués par le sentiment, l’esprit des grands amants, l’esprit de ceux pour qui l’amour-propre et l’amour se fondent en une grande connaissance du monde, c’est donc l’esprit qui a conduit les peuples à la grandeur, à l’union, à la liberté. Les individus ont ressenti comme une évidence la forte nécessité de s’unir avec leurs frères humains dans quelque chose de collectif. Ce fut ensuite la société issue des sociétés, et la communauté sur la base du bon vouloir.

On pourrait poser la question de savoir comment l’homme est parvenu à la sagesse, au discernement, consistant à sortir de son isolement pour se réunir avec des compatriotes en groupements, d’abord petits, puis plus grands ?

Cette question est idiote et elle ne peut être posée que par des professeurs des époques de déclin. Car la société est aussi ancienne que l’homme ; elle est ce qui est premier, ce qui est donné. Là où il y a eu des hommes, qu’ils aient été réunis en hordes, en clans, en tribus, en corporations, ils ont migré collectivement, ils ont habité ensemble et travaillé ensemble. Il y avait des hommes isolés, des individus, qui étaient unis par un esprit commun (ce que l’on appelle instinct chez les animaux est également un esprit commun), lequel est une compulsion naturelle et non imposée.

Mais cette compulsion naturelle à la caractéristique unifiante, à l’esprit commun, a toujours utilisé jusqu’à présent, dans l’histoire humaine qui nous est connue, des formes extérieures : les symboles et les cultes religieux, les conceptions de croyance et les rituels de prière, ou des choses de la sorte.

Par conséquent, l’esprit est toujours chez les peuples en relation avec l’esprit malfaisant, la profonde pensée symbolique est toujours accompagnée par la pensée superstitieuse ; la chaleur et l’amour de l’esprit unifiant sont assombris par la rigidité et la froideur du dogme ; la vérité de ce qui exhumé de telles profondeurs qu’il ne peut être exprimé que par une image, est remplacée par les extravagances de la littéralité.

Et à cela s’ajoute ensuite l’organisation extérieure ; l’Église et les organisations de coercition externe du type séculier se fortifient et se développent vers le pire : le servage, le féodalisme, les différentes sortes d’autorités et de pouvoirs, l’État.

On assiste ensuite au déclin, lent ou rapide, de l’esprit chez les peuples, au-dessus des peuples, ainsi que de l’évidence qui émane des individus et les conduit à l’union. L’esprit se retire chez les individus. Ce sont des individus intérieurement forts, des représentants du peuple, qui l’avaient fait naître dans le peuple ; il vit maintenant chez des individus géniaux qui se consument dans toute leur puissance, car ils sont sans peuple : des penseurs, des poètes et des artistes isolés qui, privés de fondement, comme déracinés, semblent presque flotter en l’air. Parfois, quelque chose qui provient d’un rêve des temps très reculés les saisit : et alors, avec le geste royal du dépit, ils rejettent la lyre et prennent le trombone, et ils parlent, comme inspirés par l’esprit, au peuple du peuple futur. Toute leur concentration, toutes les formes qui sont vivantes en eux avec un caractère violemment douloureux et qui sont souvent beaucoup plus fortes et plus volumineuses que ce que leur corps et leur âme peuvent supporter, les innombrables figures et couleurs, le fourmillement et la cohue du rythme et de l’harmonie : tout cela — entendez-vous, vous les artistes ? — c’est du peuple étouffé, c’est du peuple vivant qui s’est rassemblé en eux, qui est enterré en eux et qui ressuscitera d’eux.

Et à côté d’eux, surgissent d’autres individus qu’un mélange d’esprit et d’absence d’esprit a isolés : despotes, accapareurs de richesses, loueurs d’hommes, voleurs de terre. Dans ces débuts d’époque de déclin et de transition, telle qu’elle est représentée de la manière la plus tape-à-l’œil et la plus somptueuse par la Renaissance — le baroque naissant — ces gaillards ont encore de nombreux traits de l’esprit qui a été dispersé, mais qui est aussi concentré à nouveau partiellement en eux ; et dans toute leur importance et leur puissance, ils ont encore une trace de mélancolie et de rigidité, quelque chose d’étrange, de surnaturel, de visionnaire, et, dans plusieurs de ces phénomènes, l’on pourrait presque dire que tout cela rapporte que quelque chose de spectral vit en eux également et que ce quelque chose est plus puissant qu’eux, un contenu pour lequel le récipient de la personnalité isolée est trop étroit. Et très, très rarement, l’un d’entre eux s’éveille comme d’un rêve confus, il jette sa couronne et il gravit le mont Horeb, pour scruter l’horizon pour de son peuple.

Et parfois, surviennent des natures mélangées sur le berceau desquelles la fée a longtemps hésité : doit-elle en faire un grand conquérant, un grand héros de la liberté, un génie de la pensée et de l’imagination vagabonde ou un grand négociant : des hommes comme Napoléon et Ferdinand Lassalle.

Et à ces rares êtres isolés, chez lesquels l’esprit s’est réfugié, avec la puissance et la richesse, correspond le plus grand nombre, atomisé, formé d’unités séparées, auquel n’est restée que l’absence d’esprit, ainsi que la solitude et la misère : les masses, qui sont appelées le peuple, mais qui ne sont qu’un tas de déracinés, d’abandonnés. Déracinés, dans une étrangeté mélancolique, sont les individus peu nombreux dans lesquels l’esprit du peuple est inhumé, même s’ils ne savent rien de lui. Déracinées, divisées dans la misère et la pauvreté, sont les masses, chez lesquelles l’esprit doit affluer à nouveau, quand celui-ci et le peuple seront unifiés à nouveau, deviendront vivants à nouveau.

La mort est l’atmosphère qui règne parmi nous ; car là où il n’y a pas d’esprit, il y a la mort ; la mort a rampé sur notre peau et elle nous a pénétré jusqu’à la chair ; mais en nous, dans ce qui est caché en nous, dans ce qui est le plus secret et le plus profond en nous, dans nos rêves, dans nos désirs, dans les formes de l’art, dans la volonté de ceux qui veulent, dans le regard profond de ceux qui regardent, dans les actes de ceux qui agissent, dans l’amour de ceux qui aiment, dans le désespoir et le courage, dans la détresse spirituelle et la joie, dans la révolution et dans l’union : c’est là que se trouvent la vie, la force et la splendeur ; c’est là que l’esprit est caché, que l’esprit est produit, et il s’en échappera avec violence et créera le peuple, la beauté et la communauté.

Les époques de la race humaine qui brillent le plus fort pour la postérité sont celles où cette tendance de l’esprit à suinter du peuple pour s’écouler dans les crevasses et les cavités des personnes qui restent isolées vient juste de débuter, mais ne s’est pas développée très loin : là où l’esprit commun, la société des sociétés, la stratification confuse des nombreuses associations résultant de l’esprit, sont en pleine force, mais là où les personnalités géniales ont en plus déjà surgi, bien qu’elles soient naturellement maîtrisées par le grand esprit du peuple, qui n’est donc pas impressionné banalement par leurs grandes œuvres mais qui les accepte plutôt comme le résultat naturel de la vie en commun et qui se réjouit d’elles avec des sentiments sacrés ; c’est pourquoi les noms des auteurs de ces œuvres ne sont souvent presque pas livrés à la postérité.

L’Âge d’or de la vie du peuple grec fut une telle époque, le Moyen Âge chrétien fut une telle époque.

Ce n’était en aucune sorte un idéal ; c’était la réalité. Et c’est ainsi que nous voyons encore, à côté de tout ce qui est élevé, volontaire, spirituel, les restes de la violence passée, et déjà les débuts de la violence future, de ce qui est extérieur, de la brutalité, de la force imposée, de l’État. Mais l’esprit était plus fort ; et souvent, en effet, il pénétrait et embellissait même les institutions du pouvoir et de la dépendance qui, aux époques de déchéance, deviennent horreur et abomination. Ce que les bons historiens appellent esclavage n’était pas toujours et totalement de l’"esclavage".

Ce n’était pas un idéal parce que l’esprit était présent. L’esprit donnait un sens, une bénédiction et une consécration, à la vie ; l’esprit crée, produit et pénètre le présent avec joie, force et béatitude ; l’idéal se détourne de ce qui actuel pour s’orienter vers ce qui est nouveau ; il est une aspiration au futur, à ce qui est mieux, à ce qui est inconnu. Il est la voie qui permet de sortir des époques de déclin pour aller vers une nouvelle culture.

Mais ici, il y a encore une chose à dire. Ces époques d’apogée brillant, qui ont déjà atteint leur tournant, ont été précédées par d’autres périodes, non pas une fois unique dans la soi-disant évolution, mais sans cesse dans les hauts et les bas des peuples se succédant et se mélangeant. Il y avait là aussi l’esprit unifiant, il y avait là aussi la vie collective sur une base volontaire, par la force naturelle de l’appartenance mutuelle. Mais il n’y avait pas de flèches de cathédrale, scintillant de beauté dans tous leurs détails, se rejoignant dans une harmonie particulière, qui se dressaient vers le ciel, et il n’y avait pas de salles à colonnes qui proposaient leur calme assurance contre le bleu transparent du ciel. Il y avait des groupements plus simples ; il n’y avait pas encore des personnalités à l’individualité et à la subjectivité géniales qui soient les représentants de la nation ; c’était une vie primitive, communiste. Il y a eu — et il y a — de longs siècles et souvent des millénaires de stagnation plus ou moins importante — la stagnation, écoutez bien, contemporains instruits et libéraux, est, pour ces époques-là, pour ces peuples qui vivent presque encore à côté de nous, un signe de leur culture ; le progrès, ce que vous appelez le progrès, cette effervescence incessante, cette recherche rapidement fatigante du changement et cette course neurasthénique et asthmatique à ce qui est nouveau, pourvu que ce soit nouveau, le progrès donc et les folles idées des praticiens du développement qui sont en rapport avec lui, l’habitude démente de dire adieu à une chose dès qu’elle s’est produite, ce progrès, à savoir cette agitation continuelle et cette bousculade vers le changement, cette inaptitude à rester calme et ce désir fiévreux de voyager, ce soi-disant progrès est un symptôme de nos conditions anormales, de notre manque de civilisation ; et nous avons besoin de quelque chose de tout à fait différent de ces symptômes de notre dépravation, afin d’échapper à cette dépravation — c’étaient et ce sont, dis-je, les époques et les peuples de la vie prospère, les temps de la tradition, de l’épopée, de l’agriculture et de l’artisanat rural, sans qu’il y ait un art très remarquable, une science très écrite. Des époques qui sont moins splendides, qui ont dressé pour elles moins de monuments et de stèles mortuaires, que ces grandes époques qui sont si magnifiques parce que leurs héritiers sont encore auprès d’elles et passent leur jeunesse encore merveilleuse avec elles : une époque où la vie est plutôt longue et vaste, et on pourrait presque la qualifier d’agréable. Il n’existait pas encore l’esprit ayant conscience de soi, avec sa puissance magique de triomphateur, qui est sur le point de se séparer, de se répandre par le pays comme un message important et de contraindre les âmes à suivre sa voie. Il y a eu de telles époques ; et aussi de tels peuples ; et de telles époques vont revenir.

Dans de telles époques, l’esprit semble caché ; on le reconnaît, si l’on jette un regard scrutateur, presque seulement à ses manifestations : aux formes de la vie en société, aux institutions économiques de la communauté.

Les hommes sont toujours retournés aux tout premiers débuts, aux débuts primitifs, aux premiers stades de ces époques, lorsqu’ils se sont délivrés des époques encore plus antérieures du déclin, de l’absence d’esprit, de la tyrannie, de l’exploitation et du pouvoir d’État, souvent avec l’aide de peuplades qui se déplaçaient lentement sur la terre, dans cet état de silence fécond, vers de nouveaux endroits, et pénétraient en eux en sortant de l’obscurité de l’inconnu, du lointain, en apportant la nouveauté et la santé. C’est ainsi que les Romains et les Grecs de la période impériale tardive ont été plongés dans ce bain de jouvence et qu’ils sont redevenus des enfants, qu’ils sont redevenus primitifs, mûrs pour l’esprit nouveau qui soufflait en même temps de l’est sur leur vie. Il y a pour celui qui a de l’empathie pour l’humanité, pour son éternel passage et son éternel retour, quelque chose de presque touchant, et en même temps quelque chose qui torture l’âme et qui instaure une confiance presque naïvement pieuse, dans les œuvres de l’art byzantin primitif, que l’on pourrait aussi bien nommer grec tardif. À travers quelle perversion et à travers quelle monstrueuse reconstruction, à travers quelle horreur et quelle détresse psychique, les générations sont-elles passées pour que, du formalisme élégant à la mode et de la froideur funèbre de la virtuosité, elles en soient arrivées à cette sensibilité de cœur presque horrible, à cette simplicité enfantine, à cette incapacité à voir correctement tout ce qui est corporel ! La virtuosité de l’œil et de la main aurait continué à être transmise de génération en génération dans l’art et l’artisanat si l’âme ne l’avait pas vomie comme une ordure et comme de la bile amère. Quelles espérances, quelles consolations profondes, reposent dans cette vue douloureuse mais rafraîchissante pour nous, pour tous ceux qui peuvent apprendre de cela parce qu’ils savent : aucune sorte de progrès, aucune sorte de technique, aucune sorte de virtuosité, ne nous apportera salut et bénédiction ; ce n’est qu’avec l’esprit, qu’avec la profondeur de notre détresse intime et de notre richesse intérieure que le grand changement que nous appelons aujourd’hui socialisme se produira.

Mais pour nous, il n’y a plus rien de si lointain, de si inconnu, ni soudaineté ni surprise, en provenance de l’obscurité qui règnerait partout dans le monde. Aucune sorte d’analogie du passé ne peut plus s’appliquer tout à fait à nous : la surface de la terre nous est connue, nous avons la main sur elle et notre regard erre autour d’elle. Des peuples — les Japonais, les Chinois —, qui étaient séparés de nous il y a encore des décennies, et ce durant des millénaires, sont désireux d’échanger leur stagnation avec notre progrès, leur culture avec notre civilisation. Nous avons exterminé d’autres peuples de ce stade, plus petits, ou bien nous les avons dépravés avec le christianisme et l’alcool. C’est de nous-mêmes que doit venir cette fois-ci la rénovation, même s’il est possible de croire que des peuples formés d’un nouveau mélange, comme les Américains, des peuples de la phase plus ancienne, comme les Russes, les Indiens, et peut-être aussi les Chinois, nous aideront dans cette tâche de la manière la plus fructueuse.

Aucun nouvel esprit, sous une forme visible, saisissable, prononçable, n’a peut-être fait souvent signe, pendant encore longtemps, aux hommes qui se sont tout d’abord relevés de l’état d’une quelconque dépravation et se sont sauvés en revenant aux époques fabuleuses et épiques de la culture encore une fois primitive, celle du communisme. Ils n’ont pas eu la splendeur d’une illusion grandiose qui les a tenus sous son charme. Mais ils ont laissé derrière eux la superstition, les restes misérables, qu’il n’est pas nécessaire de connaître à nouveau, des apogées précédents ; ils ne désiraient que des choses terrestres ; et c’est ainsi que leur vie recommença avec l’esprit de justice qui imprégnait leurs institutions, leur vie en commun, leurs travaux et le partage des biens. L’esprit de justice en tant qu’activité terrestre et que création d’associations volontaires, bien avant l’illusion céleste qui plus tard glorifiera l’activité terrestre en communauté et l’obtiendra évidemment — raison de plus — par la contrainte.

Est-ce que je parle, avec ces mots, des barbares des lointains millénaires passés ? Est-ce que je parle des ancêtres des Arabes, des Iroquois, des Groenlandais ?

Je ne le sais pas. Nous ne savons rien du tout des changements et des origines de ces peuples prétendument barbares des temps anciens ou de notre époque. Nous avons là à peine quelques traditions et pas de vrais points de repère. Nous savons seulement que les états soi-disant primitifs des prétendus barbares ou sauvages ne sont pas des conditions initiales, dans ce sens où l’humanité aurait débuté dans ces conditions ainsi que le croient beaucoup de spécialistes qui sont instruits au-delà de leur capacité de réflexion. Nous ne savons rien d’un tel début ; même les cultures des "barbares" proviennent de quelque part, ont de profondes racines dans l’humanité ; peut-être proviennent-elles d’une véritable barbarie semblable à celle à laquelle nous voulons échapper.

Car je parle de nos propres peuples ; je parle de nous-mêmes.

Nous sommes le peuple du déclin, dont les pionniers et les devanciers en ont par-dessus la tête de la force stupide, de l’isolement et de l’abandon honteux de l’individu humain. Nous sommes le peuple de la glissade vers le bas, dans lequel il n’y a plus d’esprit unifiant mais uniquement encore ses restes défigurés, la déraison de la superstition, et son succédané habituel, la coercition du pouvoir extérieur, de l’État. Nous sommes le peuple de la décadence et donc de la transition, dont les pionniers n’aperçoivent en aucune façon de sens indicatif hors de la vie terrestre, qui ne voient devant eux aucune illusion céleste à laquelle ils pourraient croire et qu’ils pourraient proclamer sacrée. Nous sommes le peuple qui peut remonter, mais uniquement grâce à un seul esprit : l’esprit de justice dans les choses terrestres de la vie communautaire. Nous sommes le peuple qui ne peut être sauvé et amené à la culture que par le socialisme.

(Suite du texte)




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