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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Déclaration du Bureau International des fractions de la gauche communiste
Octobre N°5 - Août 1939
Article mis en ligne le 12 juin 2018
dernière modification le 10 juin 2018

par ArchivesAutonomies
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Dans notre résolution constitutive (Octobre N°1), nous affirmions : "Dans la phase actuelle, la pluralité des centres névralgiques de la lutte mondiale des classes fait de la liaison internationale des fractions de gauche une condition vitale de leur existence et de leur développement en parti." En outre, le Bureau devait représenter l’instrument de liaison internationale en rapport avec l’évolution des fractions belge et italienne, en même temps qu’une des conditions indispensables "pour permettre à la tendance de classe existant dans chaque pays de se révéler par la création d’une fraction de gauche."

De quelle situation nous sommes-nous inspirés pour jeter les premiers fondements d’une organisation internationale ? Quels furent les éléments qui provoquèrent l’arrêt de tout travail et une "crise" politique nécessitant certaines modifications dans le fonctionnement du bureau ? Quelle est cette situation qui nous fait estimer de pouvoir surmonter des difficultés anciennes et de reprendre notre marche de l’avant ? Les prolétaires, dont nous nous revendiquons d’être les représentants, ont pour devoir d’exiger des explications et nous sommes tenus de prouver que, réellement, nous avons réalisé les causes politiques de notre léthargie antérieure. C’est un minimum de garantie que nous devons pouvoir donner en reprenant la parution d’Octobre.

Mais pour cela il faudra nous permettre de revenir sur quelques notions théoriques qui sont indispensables à la compréhension des problèmes posés.

La pluralité des centres névralgiques de la lutte des classes, la liaison internationale des fractions comme base vitale de leur existence présente et ultérieure, la lutte pour l’apparition de fractions de gauche dans tous les pays, représentaient — et continuent à représenter — des résultats d’analyses portant sur l’évolution mondiale du capitalisme, le cours des luttes de classes, l’élimination progressive de toutes les forces agissant au sein du prolétariat, à l’exclusion de celles agissant avec le bagage idéologique forgé par les fractions de gauche. Les trois conceptions découlent donc d’un bilan établi pour une période décisive qui a vu trois guerres "localisées" et des transformations économiques et sociales dans plusieurs pays (expérience du front populaire, grève générale en France, en Belgique, économie de guerre s’implantant dans tous les pays indistinctement).

La pluralité des centres névralgiques de la lutte des classes montrant que le capitalisme, en évitant la guerre mondiale en Abyssinie, en Espagne, en Chine, se précipitait vers une généralisation de la tension sociale où ses forces de gauche et d’extrême gauche allaient s’épuiser. Mais la solution capitaliste prévalait dans le cours des situations et rendait impossible la poursuite d’un effort idéologique du prolétariat en dehors de la conjonction de toutes les émanations de classes provenant de tous les secteurs capitalistes touchés par la nouvelle orientation. Cette conjonction ne pouvait se réaliser que dans la mesure où les fractions existantes se plaçaient sur un terrain international où les problèmes vitaux de leur transformation en partis s’ébauchaient et se consolidaient.

La liaison des fractions qui donna naissance au Bureau était leur premier effort organique pour atteindre une perception idéologique internationale devant permettre leur transformation en partis. Cette liaison devenait "vitale" parce que le cours des luttes de classe ne semblait pas conduire à une extrême polarisation des contrastes sociaux en un secteur, s’exprimant par l’apparition d’un seul organisme de classe (schéma russe, par exemple) voyait le capitalisme s’engager dans des situations où la condition des victoires prolétariennes était la généralisation des tensions sociales à tous les pays. Mais cette "liaison vitale" effectuée par les fractions belge et italienne ne pouvait être réalisée sur un autre terrain que celui qu’indiquaient les événements : œuvrer avec un matériel politique international qui, parce qu’il ne contredisait en rien notre formulation : "Pour fonder le parti, il faut la lutte des classes".

L’objectif central que nous nous étions posé : retirer de l’évolution des fractions belge et italienne et du stade d’épanouissement des événements l’instrument indispensable pour permettre à la tendance de classe de se révéler, dans chaque pays, par la création d’une fraction, n’était que l’aspect extérieur réalisé dans le Bureau pour mettre sur pied le bagage international que les ouvriers de tous les pays devront assimiler en vue de réaliser la révolution prolétarienne mondiale.

Les positions politiques élaborées jusque là étaient, nous le rappelons, le résultat d’un bilan réalisé par les fractions existantes au cours de ces dernières années et elles suffisaient comme point de départ.

Tout était-il clarifié au moment de la fondation du Bureau ? Evidemment non ! Deux points importants restaient à l’état de discussion.

L’évolution de la situation en cours (point V de notre résolution) contenait les principaux facteurs qui allaient propulser les accords de Munich, mais ces facteurs pouvaient donner lieu à des interprétations différentes. Le bureau pouvait, unanimement, mettre en garde les prolétaires contre la tendance à atténuer la gravité des événements de guerre qu’ils vivaient "en postulant l’inévitabilité d’un conflit mondial du type de celui de 1914". Il lui (le Bureau) suffisait aussi, unanimement, de déclarer son refus de participer à toute action commune "pour n’importe quel objectif avec les groupes intégrés directement ou indirectement à l’appareil de la guerre impérialiste" sans considération pour les transformations que les situations feraient subir éventuellement aux positions de l’un ou ce l’autre de ces groupes. La discussion internationale, sur l’analyse des événements, devait permettre de préciser, de rectifier ou de maintenir des appréciations concernant le cours des situations. Le Bureau prenait position envers les problèmes qui agitaient les prolétaires en recherchant le fil conducteur des intérêts de classe.

Un deuxième point restait en suspens. Comment aborder la nouvelle phase de vie des fractions qui, avec le Bureau, ressentaient la nécessité d’aboutir à une vision supérieure de leurs tâches ; en somme à ce que certains n’entre nous ont appelé leur ‘translation structurelle’ ? Certes, au point de vue historique, les fractions de gauche ont à aborder les problèmes de "la Révolution et de l’Etat" et à continuer ainsi "l’Etat et la Révolution" des bolcheviks. C’est là un processus parallèle et simultané.

C’est ici que débute véritablement notre ‘crise’. Les événements ne contenaient que des indications et non encore une réponse. Voyons la chose plus concrètement. Qu’elle est la cause de la léthargie dans laquelle tombe le bureau six mois après sa constitution ?

Il y a d’abord la situation internationale où le Bureau cherche vainement un champ d’activité. Si les expériences sociales réalisées par le Prolétariat ont fécondé nos conceptions programmatiques, les obstacles des forces capitalistes empêchent encore leur germination dans tous les pays. L’optimisme qui anime le Bureau est légitime et a toujours accompagné les réalisations révolutionnaires. Son contraste avec les faits n’implique nullement une constitution prématurée du Bureau. Le chemin qui se présente devant lui est ardu, plus aride et les forces conjuguées des deux fractions essayeront de porter le fardeau qui dépasse, de loin, leurs modestes capacités.

Ni au sein du Bureau, ni au sein des deux fractions, nous ne parvenons à réaliser, à l’époque, intégralement, le cours d’événements qui vont se jeter dans Munich. Nous gardons les yeux fixés sur les rares symptômes de vie internationale qui s’étiolent rapidement alors que c’est d’eux pourtant que nous attendons un stimulant. Le seul moyen pour le Bureau d’éviter la "syncope" politique eut été la possibilité de traduire politiquement, par l’analyse — même apparemment abstraite — de l’évolution des événements, les tendances qui s’affirmaient dans tous les pays et qui refluaient vers un Munich. Nous avions espéré que la période de guerre espagnole, l’expérience du Front Populaire, détermineraient simultanément une évolution poussée des contrastes sociaux s’orientant vers une nouvelle configuration des rapports de classe, en même temps que des phénomènes sociaux permettant au prolétariat de se libérer des forces ennemies.

Le Bureau aurait dû rechercher, dans l’analyse des situations, la confirmation de son activité, particulièrement lorsque ses espoirs sur la constitution de fractions s’avérèrent irréalisables. Mais cela était-il possible ? L’état des deux fractions contient la réponse à cette interrogation. Quel qu’il en soit de cette conclusion théorique qui aurait découlé d’une analyse précise du processus social si nous avions eu la capacité, il reste que l’Histoire nous mettait devant le fait de devoir penser avec un matériel politique de parti alors que seule l’explosion des luttes de classes permet la fondation de ce parti. Les deux fractions ont tenté, jusqu’à Munich, d’affronter en leur sein ces problèmes sans arriver à des résultats pouvant vivifier l’activité du Bureau international.

Les événements de Munich ont fortement secoué les deux fractions. Des divergences ont surgi dans les deux organisations, elles reflètent jusqu’à aujourd’hui la complexité des problèmes que les fractions et leur expression internationale — le Bureau — doivent affronter pour répondre aux exigences de la lutte des classes.

Au sein de la fraction belge, deux courants ont tenté de se délimiter ; dans la fraction italienne la délimitation est moins nette. Jusqu’ici, la divergence centrale a porté sur ce problème quelle est la nature du développement capitaliste après Munich et quelle sont les positions que les fractions doivent revendiquer pour rester reliées aux luttes sociales ? Il n’a pas encore été possible de déceler la nature des divergences et de déterminer leur portée sur le développement des deux fractions. Le "pas en avant", c’est la conscience que celles-ci réalisent des difficultés politiques et la possibilité pour le Bureau d’exprimer cette situation.

Ce sera donc surtout un travail d’éclaircissement international que le Bureau tentera. En facilitant la clarification des idées qui s’affrontent dans les fractions, il clarifiera ses propres idées et contribuera à faciliter l’effort des militants qui dans tous les pays, cherchent des jalons pour œuvrer à la constitution d’une organisation marxiste.

Le Bureau continue à agir sur la base de sa résolution constitutive, mais il n’exclue aucune discussion ayant pour objet de compléter ou de revoir certains points de cette résolution. Pour autant que l’état des divergences le permette, il publiera des résolutions communes. Les articles signés seront ceux soumis à la discussion qui doit permettre d’adapter la vie de l’organisme international à la situation idéologique des fractions. Par conséquent, seules les études ou résolutions non signées engageront l’ensemble du Bureau.

Les deux courants qui s’affrontent au sein de la fraction belge sont représentés au Bureau et les divergences qui existent au sein de la fraction italienne s’y expriment également.

Notre nouvel effort s’effectue dans une situation terrible. Mais sa nécessité ne fait aucun doute. Fidèles à nos tâches initiales, nous persévérons sur la voie que nous avons choisie et qui nous mènera, nous en avons la conviction, à la victoire !

Le Bureau International des Fractions de la Gauche Communiste.

* * *

Nous croyons bon de publier deux des lettres échangées entre les fraction constitutives du Bureau et qui furent à la base de la reprise de son activité.

Le 31 mai 1939

A La Fraction Italienne de la Gauche Communiste Internationale

Chers camarades,

Suite aux discussions que notre fraction a faites sur la question du Bureau International, nous pouvons enfin répondre aux propositions inclues dans votre lettre du 10 janvier 1939 [1] et cela dans un sens favorable à ces dernières.

Pour éviter tout malentendu quant à leur interprétation, nous allons brièvement formuler l’accord intervenu au sein de notre fraction ;

1°) Les divergences politiques existant au sein des deux fractions auront nécessairement leurs répercussions dans l’organe du Bureau. Cependant, en dépit de ces divergences, la résolution constitutive du bureau reste valable dans son ensemble, c’est-à-dire que le bureau en tant qu’élément exécutif continuera à s’inspirer de cette résolution pour intervenir au cours des événements surgissent dans la situation présente. Les articles seront donc signés pour autant qu’ils traduiront les divergences actuelles. Mais le Bureau agira, comme par le passé, sur la base des principes conditionnant son activité au sein du mouvement ouvrier international.

2°) Dans le prochain numéro d’Octobre (ronéotypé) le Comité de Rédaction publiera, au non du bureau, une déclaration résumant la situation actuelle des fractions, les tendances qui s’y manifestent, les points de vue qui s’y opposent ainsi que les raisons expliquant le silence du Bureau depuis mai 1938.

3°) Tout en offrant un maximum de possibilités à l’expression des tendances au sein des fractions, l’activité propre du Bureau ne pourra désormais être suspendue aussi longtemps qu’elle s’inspirera de la résolution constitutive.

La Fraction Belge de la GCI.

* * *

7 juin 1939

A la Fraction belge de la GCI

Chers camarades,

En réponse à votre lettre du 31 mai, l’accord établi, quant à la Revue, permettra donc la reprise de la publication de l’organe du Bureau.

Quant aux divergences existant au sein des deux fractions été entre ces dernières, le rapport que vous établissez entre elles et la résolution constitutive du Bureau peut ne pas correspondre aux situations ultérieures.

La syncope du Bureau n’est évidemment pas imputable, directement, à la résolution constitutive car, dans ce cas, les discussions auraient permis de déterminer les erreurs et les lacunes. Cette syncope peut toutefois indiquer que els situations mûrissent des solutions qui ne furent pas consignées dans la résolution.

Dans ces conditions, nous pensons que notre effort doit tendre à mettre en rapport les discussions qui trouveront place dans Octobre avec un ajustement correspondant de la résolution constitutive.

Nous marquons toutefois notre accord avec vous pour considérer que tant que els possibilités de ces modifications et leur enregistrement pas les instances régulières des fractions et du Bureau n’auront pas lieu, c’est la résolution constitutive qui sera à la base de l’activité du Bureau.

La Fraction Italienne de la GCI

Notes :

[1La lettre du 10 janvier 1939 de la fraction italienne proposait d’adapter la vie du Bureau à l’état des divergences qui s’étaient manifestées au sein des deux fractions.




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