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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les gardiens vigilants de la "pure" doctrine
Carole Reynaud-Paligot - Editions Acratie - Pages 59 à 88
Article mis en ligne le 16 septembre 2018

par ArchivesAutonomies
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ANARCHISME ET SYNDICALISME : LE DILEMME

Ni élitisme, ni ouvriérisme

Comment l’équipe des Temps Nouveaux a-t-elle fait face à ce débat qui n’a cessé de secouer le monde ouvrier de la Belle Époque ? Dans un premier temps, il convient de situer le journal vis-à-vis de la classe ouvrière. La vision, selon laquelle les anarchistes auraient toujours méprisé le peuple, ignorant et incapable de s’affranchir de la tutelle bourgeoise, est erronée. Ils ont constamment attribué au monde ouvrier un rôle moteur dans la révolution sociale et dans la société future. Encore convient-il de définir ce rôle. Certes une action déterminante est réservée à la minorité agissante : c’est elle qui ayant compris l’idéal anarchiste, impulsera par son exemple la masse moutonnière [1]. L’anarchiste est alors un pionnier qui fraye la voie car n’importe quelle vérité, si lumineuse elle nous paraisse aujourd’hui, ne fut d’abord comprise que par une minorité qui dut lutter et souffrir pour l’imposer à la compréhension de tous [2]. Cependant, le rôle de cette avant-garde éclairée n’implique aucun sentiment de supériorité, aucun mépris face à la classe ouvrière. La révolution ne se réalisera pleinement que si le peuple a su comprendre la nécessité de son émancipation, et s’il est décidé à jouer un rôle actif dans la société future. Ceci apparaît dès lors comme le pendant naturel des conceptions anti-autoritaires. Réfuter la nécessité des chefs ou de meneurs implique que le peuple soit à même de prendre en main son destin et d’organiser lui-même une société où chacun construira, décidera et participera à son fonctionnement. Le peuple est considéré comme une entité capable de se débarrasser de ses préjugés autoritaires, capable d’organiser une société dans laquelle chacun aura sa part de responsabilité. Si la classe ouvrière possède cette capacité de comprendre la nécessité de son auto-émancipation et de la réaliser, tout n’est plus qu’une question de volonté. Tout au plus doit-elle être aidée par la minorité agissante, catalyseur en quelque sorte du phénomène. Si cette conception est partagée par l’équipe du journal, elle ne fait pas l’unanimité au sein du mouvement anarchiste, comme le souligne J. Grave :

Un autre préjugé qui a grande créance parmi les anarchistes, c’est de considérer les masses comme une pâte malléable que l’on peut faire marcher comme on veut et dont on n’a pas à se préoccuper. Ce préjugé vient de ce qu’ayant fait un pas de plus que les autres, on se croit une sorte de prophète et bien plus intelligent que le commun des mortels... C’est une façon d’envisager la masse que nous tenons de notre passé autoritaire. [3]

La polémique s’engage entre d’une part Kropotkine et J. Grave, et d’autre part, Charles Malato. Celui-ci leur reproche leur croyance en la supériorité intellectuelle des masses :

Et comme par amour (très noble mais aveugle) des déshérités, Kropotkine, vous-même, avez été portés à grandir le rôle des masses au détriment de celui des élites révolutionnaire [4] écrit Ch. Malato à J. Grave. Comme vous je veux faire pénétrer dans l’esprit de la masse tout ce qu’elle est capable de comprendre mais différemment de vous et de Kropotkine, je crois qu’abandonner à cette masse l’orientation, c’est folie et vouloir aller à la catastrophe [5] Nous sommes d’idées diamétralement opposées sur les masses et les individus. Vous attendez tout des premières qui selon moi, sont le lamentable troupeau restant passif tant que les minorités énergiques - groupes ou individus ne viennent pas comme un levain faire fermenter cette pâte molle (...). Les Blanqui, les Mazzini, les Bakounine aussi étaient très supérieurs comme trempe morale et élévation d’idées à cette foule routinière et médiocre dont vous attendez toute initiative. [6]

La critique de Ch. Malato semble cependant abusive : si la confiance envers la spontanéité des masses, envers leur capacité à s’auto-émanciper et s’auto-organiser selon des principes libertaires est indéniable, elle ne fut jamais ni mystique, ni aveugle. J. Grave a conscience des faiblesses de la classe ouvrière, à qui il reproche souvent sa passivité :

Non l’ouvrier ne sait pas ce qu’il veut. Non l’ouvrier ne sait pas où il va. Sans cela il ne se laisserait pas exploiter, voler, pressurer, mener et opprimer comme il le supporte. Ce n’est que grâce à sa passivité à accepter les maux qui en découlent, et à l’aide qu’il fournit pour défendre les privilèges de ses maîtres que se tient debout l’état social actuel (...). Mais que l’on ne me fasse pas dire ce que je ne veux pas dire. De ce que les travailleurs en sont à chercher ce qu’ils doivent faire, je n’en infère pas qu’ils n’en seront jamais capables, et doivent accepter les yeux fermés, les remèdes qu’on leur propose ? [7]

Tout au contraire, c’est à un monde ouvrier capable de discerner le vrai du faux, le bien du mal que s’adresse J. Grave :

Voilà ce que nous pensons. Voilà ce qui nous semble vrai ; Voilà ce qui nous semble faux. A toi de te faire ta propre opinion. Réfléchis, examine, critique, essaie et va ton chemin en modifiant selon ce que t’enseignera l’expérience. Et méfie-toi de ceux qui te louangent ! [8]

Charles Albert s’indigne à son tour devant une idéalisation abusive du monde ouvrier, dont font preuve certains syndicalistes et souligne qu’en marge de la classe ouvrière, les intellectuels, les théoriciens ont leur place :

Pour rien au monde, je ne voudrais qu’on se méprit ici sur mes intentions. Ce que je critique ce n’est pas le fait de mettre l’anarchie au service du mouvement ouvrier. Je pense au contraire que tel est le devoir de tout anarchiste (...). Non c’est le fait de venir à ce mouvement avec une conception de ce mouvement en partie fausse, en partie dangereuse. Cette conception consiste à attribuer à tout mouvement ouvrier quel qu’il soit une sorte de pouvoir miraculeux (...). On nous parle du mouvement ouvrier, de la vie ouvrière, de la pensée ouvrière, des sentiments ouvriers avec une confiance et un sentimentalisme vraiment excessifs (...). Les trésors de courage, de solidarité, de bon sens et de perspicacité (...) ne viennent pas tout entier du bénéfice de la vie ouvrière mais pour une bonne part des sentiments révolutionnaires professés dans ses milieux et propagés par des éléments en partie en dehors d’eux sous l’influence d’idées, de conceptions morales qui dépassent le milieu ouvrier (...). Les hommes de vaste savoir et de haute culture ont joué un rôle dans la Fédération Jurassienne, les Bakounine, les Jean Grave, les Kropotkine, les Reclus, ont tous déclaré qu’ils devaient intellectuellement et moralement au rude bon sens, à la simplicité, à la perspicacité, à la droiture des ouvriers jurassiens. En revanche, ils apportèrent à ces travailleurs (...) la certitude (...) de marcher dans le sens véritable du progrès humain, la conscience de ne pas lutter seulement pour quelques avantages immédiats. [9]

L’entrée des anarchistes dans les syndicats

Le prolétariat a toujours été au centre de la doctrine anarchiste ; dans la décennie 1890, les militants libertaires manifestent le désir de se rapprocher du monde ouvrier qui était resté réticent devant la propagande par le fait. Dès lors, le syndicat ne cessera d’être reconnu comme le meilleur moyen de lutte de la classe ouvrière. Les réfugiés de Londres (Malato, Malatesta, Louise Michel) se prononcent en faveur d’une étroite collaboration entre anarchistes et syndicalistes. Parallèlement, Kropotkine ne cesse d’en déclarer l’urgence dans les colonnes de La Révolte : le syndicat apparaît comme le point de contact, de rencontre avec le monde ouvrier, comme un foyer de libre discussion et d’éducation. Certes J. Grave et Kropotkine ont longtemps été adversaires d’une action syndicale traditionnelle, à savoir la lutte pour l’obtention de réformes, dont ils s’employaient à démontrer qu’elles ne changeraient rien à l’ordre social et se retourneraient toujours contre l’ouvrier. Cependant, au tournant du siècle, ils révisent leur jugement : toute réforme n’est pas foncièrement négative, certaines d’entre elles peuvent contribuer à adoucir le triste sort du monde ouvrier ; de plus elles constituent, pour reprendre l’expression de Pouget, une véritable gymnastique révolutionnaire. Il faut souligner qu’une même évolution a lieu au sein de la CGT. Griffuelhes affirme ainsi que l’action revendicative, loin de détourner des perspectives révolutionnaires, constitue une propédeutique nécessaire [10]. En 1895, Paul Delesalle et sa rubrique du "Mouvement ouvrier" donnent pour la première fois une véritable assise prolétarienne au journal. Outre ses comptes-rendus réguliers des luttes ouvrières, il ne cesse de prôner l’entrée des anarchistes dans les syndicats. Il avance deux raisons pour inciter ses compagnons à prendre part au mouvement syndical : en y adhérant, les anarchistes aideront à transformer les syndicats réformistes en de véritables syndicats révolutionnaires ; de plus, le syndicat apparaît comme un formidable outil qui permettra de mettre en pratique l’idéologie anarchiste. En se tenant en dehors de ce mouvement, ils risquaient de se condamner "à une inertie inconcevable" : "Trop longtemps nous avons perdu notre temps et nos forces, il faut savoir si oui ou non, nous voulons devenir pratiques !" [11]. Quelques années plus tard, P. Delesalle dresse un bilan positif de cette tactique dont il s’est fait l’apôtre :

Très sincèrement et très loyalement un grand nombre d’anarchistes, qui s’en étaient pendant un certain temps tenus à l’écart, se sont ralliés à l’action purement économique des syndicats ouvriers. Petit à petit, leur tempérament actif leur a fait acquérir une certaine prépondérance et la propagande à laquelle ils se sont livrés à influencé favorablement le nouveau milieu de propagande vers lequel ils ont porté leurs efforts (...). Les syndicats ouvriers comprennent de plus en plus qu’ils n’ont rien à attendre de l’action réformiste des Parlements, que c’est vers l’action révolutionnaire qu’ils doivent porter leurs efforts (...). Le temps des syndicats ouvriers de conciliation et d’arbitrage est passé, les résultats ont montré ce qu’on pouvait attendre de cette décevante tactique. Ils sont devenus en même temps d’excellentes écoles de solidarité, de solides groupes d’attaque contre l’avidité capitaliste chaque jour grandissante. [12]

Ce qui séduit surtout les rédacteurs de Temps Nouveaux, c’est la tactique de l’action directe dont ils se font, très vite, les ardents défenseurs. Dès 1887, La Révolte emploie ce terme à propos des grèves des mineurs belges. Elle préconise le même moyen en 1889 et 1890 à propos de la journée des huit heures. P. Delesalle, Ch. Albert, A. Girard, M. Pierrot et J. Grave engagent d’énergiques plaidoyers en faveur de l’action directe, "école d’énergie, d’initiative, de solidarité". [13] L’action directe, c’est la volonté des ouvriers qui, par leur énergie et leur volonté, obtiennent gain de cause, sans aucun intermédiaire parlementaire, en dehors de toutes combinaisons et arbitrages officiels. Elle apparaît comme "la meilleure école d’éducation révolutionnaire en dégageant les individus de l’esprit de résignation et en excitant l’initiative de chaque individualité. Elle habitue les prolétaires à ne compter que sur eux-mêmes." [14]. P. Delesalle s’évertue à démontrer le succès des dockers marseillais qui ont obtenu la réduction de leur temps de travail en refusant de travailler au-delà des neuf heures désirés. L’équipe du journal a donc réservé un accueil favorable au syndicalisme, certes à des degrés divers : J. Grave, en en admettant la nécessité et en laissant P. Delesalle s’exprimer, s’est néanmoins tenu à l’écart, considérant que son rôle de théoricien était tout aussi indispensable.

Divergences avec les syndicalistes révolutionnaires.

Cependant dès 1902, si les écrits publiques de J. Grave se prononcent toujours en faveur de l’action syndicale, sa correspondance privée nous permet de déceler qu’il manifestait déjà certaines réserves. Une lettre de Kropotkine en témoigne :

Ta lettre me préoccupe beaucoup. Nettlau s’était déjà plaint du mal que l’intérêt aux syndicats avait fait à la propagande anarchiste. A cette diversion dans les syndicats, il attribuait le ralentissement du mouvement pendant ces dernières années (...). Maintenant toi aussi tu reproches au syndicalisme d’enrayer le mouvement anarchiste et cela me fait réfléchir. Certainement si notre parti — le seul resté révolutionnaire se voue entièrement à un mouvement pacifique syndical, il perd sa raison d’être. Seulement ce que je croyais quand je favorisais l’action dans les syndicats et que j’en démontrais la nécessité, c’est que je croyais à l’existence d’un noyau révolutionnaire qui verrait dans les syndicats un auxiliaire et non pas l’objectif principal. L’auxiliaire est-il pris maintenant pour le seul et principal but de la propagande, alors évidemment cela va mal. [15]

Ce n’est que quatre ans plus tard, en 1906, que les divergences éclatent au grand jour dans le journal. Du point de vue doctrinal, Les Temps Nouveaux adressent deux grands reproches aux syndicalistes révolutionnaires. Tout d’abord, selon les anarchistes, le syndicalisme ne peut "se suffire à lui-même". Certes, il a un rôle des plus importants dans la lutte qu’il mène contre l’exploitation patronale, il doit grouper des salariés unis par des intérêts, des souffrances communes. Néanmoins, il ne peut se suffire à lui-même car "la lutte au jour le jour, l’appât de l’amélioration immédiate, ou de ce qui semble tel, l’emportera toujours sur la lutte à buts plus incertains, plus éloignés, moins définis" [16]. Les syndicalistes, même en conservant comme objectif la suppression du salariat et la révolution, sont amenés de manière quasi automatique à reléguer cet objectif au second plan pour se consacrer à l’obtention de réformes immédiates. Le danger est alors grand de glisser vers une action purement réformiste et de voir peu à peu disparaître l’objectif révolutionnaire. L’histoire du trade-unionisme anglais et américain illustre ce risque de s’enliser dans un corporatisme économique. D’où la nécessité de maintenir à côté des syndicats, des groupes de réflexion théorique chargés de communiquer l’idéal révolutionnaire au monde ouvrier, tâche que s’assigne le journal. Toute l’équipe des Temps Nouveaux se prononce en faveur de cette action parallèle.

Charles Benoît, tout en déclarant être un syndicaliste sincère, appelle ses compagnons à "être autre chose que des militants syndicalistes" : "Faisons une action pratique dans le syndicat mais en même temps gardons-nous de négliger l’œuvre de propagande théorique qui consiste à détacher de la société actuelle le plus de conscience." [17]. Deuxième reproche adressé aux syndicalistes révolutionnaires : le syndicat ne doit pas être considéré comme une institution embryonnaire de la société de demain. Selon Jean Grave :

Le syndicat, groupement de lutte et d’éducation pour la lutte, doit disparaître pour faire place à des groupements plus complexes, moins étroits, rassemblant des aptitudes plus variées, n’ayant plus à combattre, mais à remplir leur fonction dans l’harmonie sociale. [18]

La production ne sera pas un but en soi mais visera uniquement la satisfaction des besoins. Faire du système productif la base de l’organisation sociale reviendrait donc à prendre le problème à l’envers : le moteur de l’organisation sociale doit s’opérer non en vue de la production mais des besoins. De plus, selon le docteur Pierrot, les syndicats en monopolisant la production risqueraient d’instaurer la suprématie d’un quatrième Etat avec toutes les conséquences désastreuses qui en résulteraient pour les libertés individuelles. Le danger est également présent dans la société actuelle :

On pourrait assister au développement d’un quatrième Etat, composé des corporations privilégiées au point de vue économique (...) assurant à leurs membres des avantages de mutualité et de prévoyance, ayant obtenu certains privilèges de la part des pouvoirs publics et laissant en dehors d’elles les sans travail et les ouvriers qualifiés. [19].

Les divergences s’accentuent après 1909, lorsque Niel puis Jouhaux prennent la tête de la CGT, qui s’oriente de plus en plus vers une action réformiste et de moins en moins vers une perspective révolutionnaire. En juillet 1914, J. Grave lance un appel éloquent : "Sauvons ce qu’il reste de révolutionnaire à la CGT", il reproche à la Confédération générale du travail de s’enliser dans un corporatisme étroit et d’avoir perdu toute sa "fougue révolutionnaire" [20]. Le débat s’engage également sur la centralisation qui s’instaure, d’après Les Temps nouveaux, au sein du syndicat. Le docteur Pierrot constate que certains militants font preuve de tendances fortement centralisatrices, que la direction unique devient autoritaire, et il "refuse de s’agenouiller devant l’Organisation syndicale elle-même, comme devant une divinité" [21]. De même l’anti-intellectualisme dont font preuve certains dirigeants de la CGT heurte toute l’équipe du journal qui se refuse à dissocier et à opposer travailleurs manuels et intellectuels. Selon Kropotkine, l’homme, pour atteindre sa plénitude, doit pouvoir allier les deux aptitudes (il était lui-même très fier de consacrer une partie de son temps à des activités manuelles). En 1912, A. Mignon proteste contre cette ségrégation entre intellectuels et manuels que visent à introduire certains militants syndicaux :

A l’aube de la révolution sociale, il y a place pour les manuels et les intellectuels. Et les meneurs de foules et les remueurs d’idées doivent aller main dans la main. "Chacun chez soi" dit Yvetot. Non, comment voudriez-vous collaborer ? Mais chacun à sa place. Apprenez-nous ce que vous savez, nous vous apprendrons ce que nous savons. Tous y gagnerons (...) en nous découvrant les uns aux autres, en nous améliorant par une estime et une confiance respective. [22]

En 1907, une vive polémique s’installe entre l’équipe des Temps Nouveaux et les théoriciens du syndicalisme révolutionnaire Sorel, Lagardelle, Berth [23]. Lagardelle s’emploie dans différents articles du Mouvement socialiste à différencier le syndicalisme des théories anarchistes. Il affirme notamment que le syndicalisme des années 1900 s’est éloigné du "pré-syndicalisme de 1894" qui restait imprégné d’anarchisme et d’allemanisme. Le docteur Pierrot réfute cette notion de pré-syndicalisme ; selon lui l’esprit syndicaliste existait d’une façon manifeste et consciente avant 1900. Il s’emploie également à démontrer l’influence, niées par Lagardelle, des idées anarchistes sur le mouvement syndical. Selon Lagardelle, les anarchistes refusent d’accepter le fait que le syndicalisme se détache de leur idéologie et "jettent des cris de paon en voyant leur échapper la direction d’un mouvement où ils croyaient avoir assurer leur prépondérance" [24]. Certes l’équipe du journal a effectivement refusé d’accepter le passage de l’anarcho-syndicalisme au syndicalisme d’action directe, préférant s’en tenir à leur optique révolutionnaire [25]. Cependant on ne peut nier les nombreuses similitudes entre anarchisme et syndicalisme : antiparlementarisme, anti-patriotisme, action directe, volonté de réaliser une révolution anti-autoritaire, sans direction centrale, sans délégation de pouvoir. En marge des polémiques, les divergences fondamentales ont été soulignées : le refus d’affirmer que le syndicalisme se suffit à lui-même et de voir le syndicat constituer l’unique forme d’organisation de la société future. Selon Marc Pierrot, la principale opposition réside dans une vision marxiste du monde ouvrier qui s’oppose à la conception libertaire :

Il faut être marxiste pour attribuer une valeur abstraite à la Classe ouvrière organisée en parti : le syndicalisme, ainsi compris, aboutirait par une sorte d’évolution fatale à l’affranchissement du prolétariat (...). Or l’organisation syndicale n’est pas douée par elle-même d’une vertu miraculeuse ; le syndicat a simplement l’avantage de faciliter l’action des individus en les groupant en face du patronat dans un antagonisme d’intérêts (...). Le fatalisme pseudo scientifique des marxistes prend la Classe ouvrière organisée comme une abstraction et la CGT comme une entité. La Classe ouvrière aurait "un rôle historique" à accomplir ; une fois organisée, elle ne saurait manquer à accomplir sa fonction, sa mission pourrait-on dire. Et la force même de ses intérêts économiques la conduirait d’une façon sûre à accepter dans leur intégralité les théories du syndicalisme révolutionnaire et à les faire triompher. Le "vrai syndicalisme" se confondrait peu à peu avec la Classe ouvrière tout entière qui prendrait ainsi conscience d’elle-même (...) (mais) on ne tient pas assez compte du facteur humain, je veux dire des individus et de leur éducation morale ; on néglige trop l’influence des idées et leur réaction sur le déterminisme économique. [26]

En refusant d’accepter l’évolution vers un syndicalisme d’action directe, en conservant la ligne de conduite qu’il s’était fixé vingt ans auparavant, le journal peut être perçu comme le gardien vigilant de la pure doctrine. On constate une réaction similaire face à la dispersion des tendances que connaît le mouvement à la même époque.

LES TEMPS NOUVEAUX FACE A LA DISPERSION DES TENDANCES

Le néo-malthusianisme.

Les vingt années qui précédèrent la guerre donnèrent lieu à toute une série d’activités dont les protagonistes se recrutèrent, pour une large part, dans les milieux anarchistes : néo-malthusianisme, coopérativisme, colonies libertaires, anti-militarisme... Selon Max Nettlau, cette dispersion fit grand tort au mouvement libertaire : beaucoup de militants s’y consacrèrent entièrement, à un moment où le mouvement avait besoin de toutes ses forces.

Paul Robin (1837-1912) entraîna de nombreux anarchistes vers la propagande néo-malthusienne [27]. Reprenant les thèses de Malthus exposées en 1798 dans son Essais sur le principe de population, selon lesquelles la population croîtrait en progression géométrique tandis que les subsistances n’augmenteraient qu’en progression arithmétique, P. Robin entama une propagande active pour le contrôle des naissances. Une procréation maîtrisée entraînerait, assurait-il, une amélioration du sort des familles populaires, et, tout naturellement, se réaliserait cette harmonie sociale tant recherchée. L’équipe des Temps Nouveaux accueillit d’abord favorablement cette "intervention de la volonté individuelle dans la procréation, qui selon Charles Albert, fait préférer la qualité à la quantité d’enfants" [28]. Cependant, la maîtrise de la procréation demeure une question d’ordre purement individuel et ne peut en aucun cas être la solution du problème social, comme l’affirme P. Robin. J. Grave et P. Delesalle s’emploient à démontrer que le néo-malthusianisme de Robin est réactionnaire qui affirme que ce sont les moyens de subsistance insuffisant par rapport à la population, et non la mauvaise organisation sociale, qui sont la cause des déséquilibres. Réactionnaire encore, car il conseille aux travailleurs, en ayant moins d’enfants, de s’adapter aux volontés du système capitaliste et non de le transformer [29].

Le coopérativisme et l’antimilitarisme

Les critiques concernant le coopérativisme sont similaires. Si l’idée peut paraître séduisante, l’expérience montre que les coopératives reflètent, le plus souvent, les vices des exploitations capitalistes, les coopérateurs se groupant non pas pour établir un embryon de société future mais pour la réalisation d’un bénéfice pécuniaire plus élevé.

En restant fidèles aux principes libertaires, les coopératives ou colonies communistes reçoivent un accueil plus favorable. Cependant, là encore, les rédacteurs du journal demeurent réticents : d’une part, dans un environnement capitaliste, la colonie communiste a peu de chance de succès ; d’autre part, s’isoler du. monde, c’est se priver de solides compagnons dont la propagande a besoin. Ainsi pour E. Reclus : "Il ne faut s’enfermer à aucun prix, il faut rester dans le vaste monde pour en recevoir toutes les impulsions, pour prendre part à toutes les vicissitudes et en recevoir tous les enseignements." [30]

Quant à l’antimilitarisme, il a toujours constitué une partie intégrante de la propagande du journal, au moins jusqu’en 1914. Cependant, l’idée de fonder une Internationale antimilitariste, décidée en 1904 au congrès antimilitariste d’Amsterdam, ne soulève pas l’enthousiasme des Temps Nouveaux : selon eux, un tel mouvement trop spécifique risque d’amener un morcellement des forces révolutionnaires. De plus cela entraînerait une alliance avec des individualistes ou des pacifistes "bourgeois", aux idées trop éloignées de la lutte sociale poursuivie.

Individualistes et illégalistes.

L’opposition des Temps Nouveaux aux individualistes fut sans aucun doute la plus nette et la plus intransigeante. Selon J. Grave, l’individualisme

est une théorie anti-sociale, anti-humaine et anti-individualiste car l’individu qui voudrait se poser en ennemi des autres individus vivrait une vie bien malheureuse et précaire (...). Nous, anarchistes nous croyons que les vrais intérêts de l’individu sont l’entente harmonique et non la lutte des appétits. [31]

Rien de commun, donc, entre la vision altruiste des anarchistes communistes et celle des anarchistes individualistes ; les querelles sont violentes entre les deux courants, les premiers traitant les seconds d’anarchistes "à âme de bourgeois" [32]. Face à l’illégalisme, les positions de l’équipe du journal sont plus modérées. Certes, il réprouve l’emploi de moyens immoraux et discutables (violence, vol, sabotage...) pour lutter contre la société bourgeoise et sont intransigeants face à ceux pour qui l’anarchisme n’est qu’un masque superficiel servant à justifier les actes réprouvables. Néanmoins, certains actes terroristes font l’objet d’indulgence. Les attentats aveugles, tels celui du Licéo en 1893 ou celui de Madrid en 1906, sont réprouvés en raison des victimes innocentes et de leur inefficacité. "La satisfaction passagère de voir un de ses maîtres par terre, écrit Jean Grave, (...) n’empêche pas les puissants qui restent, de continuer à perpétuer l’injustice." [33] L’attentat apparaît ainsi comme un acte immoral et inefficace. Cependant les rédacteurs se refusent à jeter la pierre à ceux qui commettent de tels actes, dont la souffrance et le désespoir sont à l’origine. La bombe lancée lancée à Madrid n’a rien d’étonnant dans un pays qui depuis vingt ans emprisonne, torture, réprime toute opposition à la royauté. Les actes de révolte, de violence sont souvent provoqués par l’injustice, l’arbitraire des autorités publiques et sont avivés par les persécutions.

Devant la dispersion des tendances et les risques de déviance du mouvement, Les Temps Nouveaux ont conservé jusqu’au bout une attitude ferme, soit par réprobation doctrinale, soit par crainte d’un émiettement des forces révolutionnaires.

LA PHILOSOPHIE LIBERTAIRE

L’orientation idéologique

Les luttes d’avant-garde : anti-colonialisme et féminisme

L’orientation idéologique de l’équipe du journal, comme nous l’avons vu précédemment, se conçoit comme le maintien et l’affirmation du communisme anarchiste. Si ces positions se veulent vigilantes face aux déviances, entraînant un certain dogmatisme et par là-même un décalage avec les aspirations du monde ouvrier de l’époque, elles comportent néanmoins des positions d’avant-garde, qui annoncent des luttes "modernes", notamment dans les domaines de l’anti-colonialisme et du féminisme.

Le colonialisme bien-pensant de la IIIème République heurte violemment les conceptions libertaires, car il prive les colonisés du droit de s’administrer eux-mêmes et les soumet à l’autorité du colonisateur. La tâche que les colonisateurs croient devoir effectuer dans les pays "non civilisés" n’est, aux yeux des anarchistes, que l’hypocrite justification d’une "œuvre de brigandage" [34]. Sous le couvert d’une entreprise faussement humaniste se cachent des intérêts mercantiles : des débouchés nouveaux, des peuples nouveaux à exploiter...

Parce qu’un degré de civilisation plus avancé nous a donné quelques avantages sur certains peuples, écrit J. Grave, nous nous érigeons leurs maîtres, nous envahissons leurs territoires, nous leur imposons nos coutumes, nous prélevons la dîme sur leurs produits, les dépouillons de leurs meilleures terres et, lorsqu’ils se révoltent, nous les décimons. [35]

Cette critique du colonialisme attaque violemment le très large consensus de l’époque. Les fondements même du colonialisme du XIX° siècle sont niés.

Nous devons nous demander, déclare J. Grave, si la civilisation des Iroquois par exemple, était bien inférieure à la nôtre. Avons-nous bien raison de nous proclamer supérieurs aux Incas ? (...) Rien ne justifie la théorie des "races inférieures", elle ne sert qu’à justifier les crimes des races dites supérieures. [36]

Prônant à la fois le respect des croyances et des cultures ainsi que le métissage des différentes civilisations, source d’enrichissement culturel, ils nous donnent une formidable leçon de tolérance et de respect envers autrui, chose rarissime à l’époque.

Les positions anarchistes face au féminisme ont rarement fait l’objet d’analyse. La position des Temps Nouveaux possède pourtant une originalité qui l’oppose aussi bien aux conceptions traditionalistes de bon nombre de courants socialistes, qu’à l’attitude misogyne de Proudhon ou encore à la liberté sexuelle sans frein prônée par les anarchistes individualistes. Certes, ils rejoignent ces derniers dans leur refus du mariage et leur désir d’union-libre, cependant leur idéal demeure la monogamie. Ils s’opposent au mariage "bourgeois" dans la mesure où celui-ci n’aboutit le plus souvent qu’à une union malheureuse ou à une hypocrisie. La condition indispensable à toute union est la liberté, liberté de se choisir, de s’aimer ou de ne plus s’aimer, en dehors de toute loi et convenance. Cette liberté est le seul garant d’une union honnête et sincère. Ainsi dans cette union-libre "celui qui aimera, voudra s’assurer de la durée de la possession de l’être aimé, il comprendra qu’il doit continuer envers lui tous les soins, les prévenances, qu’il doit continuer à l’emporter sur ses rivaux, s’il veut toujours être aimé lui-même. Au plus aimant de savoir prolonger l’amour qu’il a su inspirer." [37]

Cependant le féminisme des Temps Nouveaux se fond, comme chez d’autres courants socialistes, dans un féminisme prolétarien qui tend à s’effacer devant les revendications ouvrières générales. L’émancipation de la femme ne sera véritablement acquise que par une émancipation de tous les êtres humains, sans distinction de sexe ni de race. La révolution sociale apparaît dès lors comme la condition indispensable, car si le féminisme de l’époque leur semble légitime en réclamant pour les femmes les mêmes droits d’agir et de se développer dans toute leur intégralité, il n’aboutira qu’à l’émancipation de la femme bourgeoise, et donc d’une élite très restreinte. Penser qu’une lutte féministe à l’intérieur du système capitaliste aboutira à l’émancipation de la femme prolétaire n’est qu’une illusion.

J. Grave et ses amis s’insurgent fréquemment dans les colonnes du journal contre les conceptions misogynes qui prévalent dans le monde ouvrier. Ainsi P. Delesalle rendant compte d’un congrès ouvrier en 1898 constate que

le prolétariat ne s’est pas encore affranchi de la vieille rengaine réactionnaire de la femme ménagère : "Dans tous les milieux nous devons nous efforcer de propager cette idée que l’homme doit nourrir la femme". Le congrès n’a pas vu qu’approuver de telles résolutions était décréter l’esclavage de la femme et la subordonner au bon vouloir de son mari. La femme cependant a droit à la liberté autant que l’homme et elle ne sera réellement libre, croyons-nous, que le jour où elle aura conquis la liberté économique et qu’elle ne dépendra en aucune façon du compagnon qu’elle aura choisi. La femme ménagère, la femme au foyer, c’est la vieille doctrine réactionnaire, c’est la femme sous la dépendance du mari, comme celui-ci l’est du capitalisme. [38]

Leurs positions sont claires : en récusant toute "infériorité naturelle" de la femme, ils affirment son droit comme tout être humain à un développement intégral de ses capacités, et revendiquent le droit à toute femme d’avoir "un autre idéal que d’être toujours enceinte et nourrice" [39].

Cependant, cette égalité prônée s’apparente plus à une thématique de la différence reposant sur la croyance en une "nature féminine". Selon Grave, chaque sexe possède des aptitudes particulières qui, si elles sont équivalentes et nécessaires, différencient l’homme et la femme. Il s’oppose ainsi à certaines féministes qui font l’objet selon lui, d’une

fausse compréhension de l’égalité qui veut que chaque individu ne soit qu’un duplicata de l’autre et que les individus ne soient égaux que lorsqu’ils accompliront les mêmes actes, rempliront les mêmes fonctions. Une société composée d’individus si semblables entre eux serait joliment rasante. Pour être l’égale de l’homme, la femme n’a pas besoin de se déféminiser. Ce que nous avons à demander, c’est l’équivalence des fonctions, que chacun puisse dans l’état social bien équilibré, trouver les virtualités qu’il comporte, voilà la seule égalité possible et la seule rationnelle. [40]

L’organisation : le talon d’Achille

Si les anarchistes ont tenté à plusieurs reprises de se doter d’une organisation permanente, les résultats ne furent pas à la hauteur de leurs efforts : il fallut attendre 1911 pour que la Fédération anarchiste communiste voit le jour ; de plus, ces tentatives suscitèrent de très vives oppositions, dont l’équipe des Temps Nouveaux ne fut pas absente.

Les rédacteurs du journal ont souvent été perçus comme les plus hostiles à toute organisation permanente. Leur position n’est cependant pas si simple et le débat qui traverse le mouvement anarchiste mérite attention. Tout d’abord, J. Grave et ses amis ne refusent pas a priori toute organisation, s’opposant ainsi aux anarchistes individualistes, qui au nom d’une liberté sans limite de l’individu, rejettent toute action collective. Cette dernière est au contraire, à leurs yeux, indispensable à la cohésion et à l’efficacité du mouvement. Néanmoins, une action collective ne suppose pas, comme l’entendent certains anarchistes, l’institution d’une fédération. Ainsi, ils s’opposerons fermement, en 1900, au désir du groupe des ESRI de créer une Fédération communiste révolutionnaire internationale, qui prendrait pourtant seulement la forme d’un bureau de correspondance. En 1906, ils boudent le congrès anarchiste organisé par les groupes belges et hollandais, qui aboutit à l’éphémère Bureau international. Nouvelle opposition en 1910, lorsque les anarchistes réitèrent leur essai, qui se concrétise cette fois-ci en 1911 par la création de la Fédération anarchiste communiste dont Louis Lecoin est secrétaire.

J. Grave et ses amis représentant la vieille garde du mouvement ont souvent été perçus comme les responsables de ces échecs successifs. Eu égard à leur influence dans le mouvement et à l’irréductibilité de leur position, le reproche n’est pas sans fondement. Cette intransigeance, mal supportée par les jeunes militants, n’a pas moins fait l’objet de maints justifications. J. Grave a participé aux deux congrès anarchistes de 1900 et 1913, marquant ainsi sa volonté de participer à des actions collectives et en même temps s’étendant longuement sur les raisons de son opposition à la création d’une fédération.

Les propositions visant à créer une fédération suscitent sa plus vite méfiance, voire son hostilité, en raison de leurs tendances centralisatrices qui sont l’antithèse même de l’idéologie anarchiste. Car si les organisations centralisées ont leur utilité dans les partis "autoritaires" ayant un programme unique accepté par leurs adhérents, elles sont un non sens absolu pour l’anarchisme. L’extrême diversité des opinions au sein du mouvement anarchiste, son hétérogénéité, ne peuvent se concilier avec l’idée d’une fédération. Selon J. Grave et ses amis, toute fédération détruirait l’initiative et l’autonomie des groupes, en un mot la richesse et l’originalité d’un mouvement qui se veut anti-autoritaire.

L’expérience montre, écrit le Docteur Pierrot, que l’organisation stable se transforme peu à peu en parti. Les adhérents perdent de vue leur idéal qui devient une formule verbale. Ils prennent l’esprit de corps et ne considèrent plus que les intérêts du parti. Le but devient le triomphe du parti et la prise de possession du pouvoir. [41]

Jean Grave s’oppose à une démarche qui partirait du sommet et prône des unions à la base, qui se matérialiseraient par des relations directes entre les groupes et les individus. Au lieu d’employer leur énergie à constituer une fédération, inutile et surtout dangereuse, les anarchistes devraient plutôt réfléchir à d’autres formes d’organisation. Ainsi, il propose la constitution de groupements autour de luttes spécifiques. Selon leur sensibilité et leur intérêt, les individus pourraient s’organiser en groupes multiples centrés sur des buts spéciaux : suppression du service militaire, suppression de la magistrature, lutte pour l’extension des libertés individuelles, organisation de groupes de production ou de consommation... [42]. Ce mode d’organisation présenterait plusieurs avantages : tout d’abord, il permettrait aux individus de se responsabiliser, de participer à la société selon leur tempérament, leurs aptitudes, en respectant leurs conceptions libertaires ; ensuite, une grande part de ces groupes pourraient perdurer dans la société future, car la Révolution ne se réalisera totalement que s’il existe des groupements prêts à se substituer à l’organisation capitaliste. De plus, cette démarche permettrait de réunir des individus qui, sans être anarchistes, auraient des vues communes sur certains objectifs. En un mot, elle permettrait d’élargir l’audience des anarchistes tout en étendant leur champ de lutte et d’action.

Cependant, le résultat ne fut pas à la hauteur de leurs espérances : les groupes désirés ne se constituèrent que rarement, et la Fédération anarchiste fut créée, bien que tardivement...

La société future

Les modes d’organisation proposés ci-dessus nous permettent d’entrevoir leurs conceptions de la société future. Leurs principes anti-autoritaires leur font refuser tout rouage d’une organisation étatique. Il ne s’agit donc pas de briser les structures oppressives pour en ériger d’autres. Seules la spontanéité et la liberté totale permettront de réaliser la société libertaire, c’est pourquoi les anarchistes se sont toujours refusés à prévoir, à programmer l’organisation de la nouvelle société. Néanmoins, tous s’accordent à réfléchir à son sujet et quelques principes généraux se dégagent de leur discours. Selon A. Girard,

Il s’agirait de nous mettre en rapport les uns avec les autres afin d’appliquer notre puissance productive à la satisfaction de nos besoins réciproques, par un échange de services sans estimation de valeur. (...) Supposons que (...) trois ou quatre camarades se connaissent de longue date et ayant acquis les uns pour les autres une estime et une confiance mutuelle. Ils exercent des métiers différents ; l’un est cultivateur, un autre cordonnier, un troisième ébéniste, etc. Ils décident d’établir entre eux ce mode d’échange sans argent, sans estimation de valeur. Le cultivateur fournit des légumes ou tout autre produit de la terre aux deux ou trois autres, qui en retour lui fournissent selon ses besoins les produits de leur spécialité respective. [43]

L’échange de produits doit donc s’effectuer sans estimation de valeur, sans intermédiaire fiduciaire, selon la théorie de Kropotkine. Autre principe "directeur" : la production collective. Toujours d’après A. Girard, les producteurs agricoles

quand ils auront compris l’avantage de cette action collective, de cette concentration des forces, ils réuniront eux aussi leur capital, la terre, pour la cultiver en commun et par ce moyen diminuer les frais de production. Cette évolution est inéluctable. Elle est imposée par le perfectionnement toujours croissant du machinisme. (...) La propriété collective par l’économie des forces dépensées qu’elle est plus à même de réaliser, produit à meilleur compte et, par le bon marché de ses produits l’emporte sur sa rivale (la propriété individuelle). [44]

De cette organisation collective, il s’ensuivra automatiquement une réduction du temps de travail : deux, trois ou quatre heures suffiront pour satisfaire les besoins courants de l’existence. Le reste du temps sera consacré à des occupations de plaisir : artistiques, intellectuelles, manuelles qui tout en permettant à l’homme de développer ses facultés selon ses affinités, seront également source de création. Ainsi une totale liberté, un épanouissement intégral de l’homme, une plus grande justice, apparaissent comme les éléments principaux de cette harmonie naturelle...

La contre-culture

Les Temps Nouveaux ont voulu être un journal d’idées politiques au sens où ils entendaient œuvrer pour un changement de société. Cependant, leurs conceptions dépassèrent largement l’objectif d’une transformation politique pour s’orienter vers un mouvement culturel, prenant le contre-pied de la conception du monde de l’époque. Une véritable contre-culture s’est développée au sein du journal, visant à proposer non plus seulement une alternative politique, mais une transformation globale du monde, de l’homme dans ses rapports avec autrui, avec son environnement. Car la révolution supposait l’émergence d’un homme nouveau conscient de "sa dignité individuelle, apte à se conduire sans direction extérieure, ennemi déclaré de toute injustice, du mensonge et de toute oppression, passionné appellateur d’une ère de paix et de liberté" [45]. Cette contre-culture fut véhiculée par tout un réseau d’associations culturelles mis en place par l’équipe du journal : bibliothèques, écoles, cours du soir libertaires, représentations théâtrales, livres pour enfants... Ces associations culturelles avaient bien entendu un rôle de propagande, servant à démontrer aux masses le bien-fondé de l’idéologie anarchiste, mais elles reposaient également sur un objectif plus désintéressé, en considérant que la culture était une source d’enrichissement intellectuel auquel le monde ouvrier devait pouvoir accéder. On découvre ainsi au sein du journal un souci permanent de culture qui vise à satisfaire une certaine soif de savoir et une prise de conscience de la nécessité d’un complément au savoir pratique du monde ouvrier.

L’émancipation intellectuelle étant perçue comme la condition nécessaire à toute émancipation économique et politique, l’enseignement a toujours été considéré comme l’une des préoccupations première des anarchistes. Le refus de l’enseignement aux mains de l’Etat ou de l’Eglise est virulent car, tout entier au service du système capitaliste et de ses intérêts, il contribue à fausser le jugement de l’enfant et à maintenir "dans son cerveau toute la crasse d’ignorance, d’opinions reçues et de préjugés absurdes qu’y ont accumulé des siècles d’oppression." [46]. Très vite, les anarchistes éprouvèrent le besoin de créer des écoles, libres de toute tutelle religieuse ou étatique, guidées par les principes libertaires.

Ils (les éducateurs libertaires) ne devront, écrit J. Grave, pas venir avec un programme établi d’avance. Ils devront étudier le caractère de leurs pupilles, noter leurs aptitudes qui se feront jour pour en favoriser les tendances, en les mettant à même de les assister dans cette voie. Leur rôle consistera à provoquer les questions de l’élève, lui expliquer ce qui lui paraît obscur, et non à lui bourrer la tête de faits qu’on lui fait réciter sans compréhension aucune. [47]

Dès le mois de mai 1897, le projet est lancé par J. Degalvès et E. Janvion. Une souscription est ouverte dans les colonnes du journal. L’école libertaire sera mixte, on y enseignera les sciences "moyen d’élever les esprits en leur communiquant la saine et insatiable curiosité de savoir", l’histoire, "notre histoire comme le voulaient Voltaire et Augustin Thierry sera plutôt celle du peuple qui vit et progresse" et, continue J. Grave, "nous parlerons sans pruderie des lois du corps humain (...), nous chercherons à leur donner le goût de lire et de se plaire aux beaux livres." [48]

Les souscriptions affluent et dépassent largement le cadre des militants anarchistes. Tolstoï leur apporte son soutien

J’approuve de tous points votre projet et voudrais bien contribuer à son exécution. J’ai commencé mon activité sociale par l’école et l’enseignement et après quarante ans, je suis de plus en plus convaincu que ce n’est que par l’enseignement et l’enseignement libre qu’on peut se débarrasser de l’affreux ordre de choses existant et le remplacer par une organisation rationnelle. [49]

Zola, Mirbeau, Ajalbert, Barrès se joignent à la souscription. On projette d’ouvrir l’école à la rentrée de 1898. Cependant au mois d’avril la souscription n’a recueilli que 1.300 francs alors que 10 à 15.000 francs sont nécessaires. L’espoir n’est pas perdu :

Nous mettrons deux, trois, cinq ans s’il le faut, les années ne comptent pour rien dans le triomphe d’une idée. [50]

En attendant d’avoir cette somme, le groupe de l’école libertaire décide d’organiser pendant l’été une école des vacances et, à la rentrée, des cours pour adultes ainsi que des promenades instructives pour les enfants les jeudis et dimanches. Au mois d’août, une vingtaine d’enfants partent dans la baie du Mont Saint-Michel accompagnés par Degalvès et Janvion. L’expérience ne fut pas très heureuse, en raison notamment d’une dispute entre les deux accompagnateurs. En novembre 1898, les cours du soir pour adultes débutèrent. Pendant deux ans un public fidèle les suivit ; visiblement ces cours répondaient à une attente des militants. En effet, les militants anarchistes étaient souvent animés par une passion dévorante de culture, ils éprouvaient un réel besoin d’accéder à un savoir dont ils étaient exclus par leur origine sociale. Ils lisaient beaucoup, la presse anarchiste, mais également toutes sortes d’ouvrages et certains d’entre eux étaient de véritables érudits. Cette initiative rappelle celle des militants de la première Internationale qui, déjà, s’unirent devant le tableau noir, tous animés du désir d’apprendre, de comprendre, de fournir non seulement les bras mais aussi la tête à ce mouvement d’émancipation sociale. [51]

Le programme des cours du soir était des plus éclectiques : mécanique, physique, chimie, dessin, littérature, géographie, histoire, philosophie... Ils reçurent le concours d’écrivains anarchisants : A.F. Hérold anima les cours d’histoire, P. Quillard ceux de littérature, Mirbeau vint lire sa pièce Les mauvais bergers, le groupe des ESRI participa également activement... L’expérience ne fut pas sans difficultés, notamment matérielles, les militants eurent beaucoup de mal à trouver un local. La souscription permit néanmoins la création d’une bibliothèque : les livres de Proudhon, Kropotkine, Reclus côtoyaient ceux de Zola, A. France, Descaves, Tolstoï, Diderot, Darwin, Haeckel... En 1899, cinq cents volumes sont réunis, la bibliothèque est ouverte le soir et le dimanche matin. Des promenades sont régulièrement organisées le dimanche : visite de musées ou sorties géologiques en banlieue.

Cependant deux ans plus tard le mouvement s’essouffle : la bibliothèque, faute de militants disponibles est transférée au journal. En juillet 1900, le bilan financier est déficitaire. Non seulement les fonds réunis ne permettent pas de créer l’école mais les cours du soir ont vidé la caisse. A ces difficultés vient s’ajouter un foisonnement d’autres initiatives similaires — des universités populaires, des bibliothèques libertaires voient le jour dans différents arrondissements — tout ceci pousse l’équipe des Temps Nouveaux à arrêter et à se consacrer à d’autres initiatives.

J. Grave lance alors l’idée de créer un journal pour enfants mais le projet est abandonné faute de moyens. Il s’attèle ensuite à la publication de livres pour enfants ; des contes d’Andersen, de Michel Petit, des légendes de l’Alhambra de Irving illustrés par les néo-impressionnistes et la femme de Jean Grave paraissent. D’autres initiatives recueillent le soutien de l’équipe : le théâtre Antoine, le théâtre de l’Œuvre, les théâtres du Peuple de Belleville et de Clichy.

Cette multiplication de théâtre est de bon augure, écrit A. Girard en 1903, elle répond évidemment à un besoin, plus même, à une nouvelle orientation de l’esthétique dramatique moderne. C’est la Vie d’aujourd’hui que le théâtre jette sur scène, la vie ardente, passionnée, combative que nous vivons. [52]

Jacques Reclus salue avec le même enthousiasme l’initiative du Groupe de propagande musicale dont les spectacles offerts sont de qualité.

La véritable musique doit avoir sa place particulière et son rôle dans l’émancipation intégrale du peuple ; elle mérite d’autant plus notre attention que, surtout de nos jours, les cafés concerts et autres attractions malsaines exercent une influence néfaste. [53]

En 1913, une coopérative de production cinématographique est créée conjointement par les rédacteurs des Temps Nouveaux, du Libertaire et par des syndicalistes. Ils découvrent que le cinéma peut être un formidable moyen de propagande et qu’il convient de prendre place au sein de ce nouvel art pour proposer des œuvres éducatives. Dans un communiqué, le Cinéma du Peuple clarifie ses objectifs :

Notre but est de faire nous-même nos films, de chercher dans l’histoire, dans la vie de chaque jour, dans les drames du travail des sujets scéniques (...) rester en contact permanent avec le prolétariat qui veut s’affranchir (...) combattre les préjugés : combat contre l’alcool, la guerre, le chauvinisme, la morale bourgeoise. [54]

Si le projet de créer une école libertaire n’aboutira pas, au grand regret de J. Grave et de ses amis, ils soutiendront toutes les autres tentatives en ce sens et notamment l’expérience d’éducation libertaire menée par Sébastien Faure. [55]

L’Éthique libertaire

On a trop souvent réduit l’éthique anarchiste à une philosophie individualiste. En ce qui concerne le courant qui nous occupe, une telle affirmation serait complètement erronée. Les rédacteurs des Temps Nouveaux se réclament d’une organisation collectiviste de la société. Ils rejettent aussi bien le système capitaliste, expression des intérêts d’une minorité — la bourgeoisie — oppressif et injuste que le communisme étatique qui, s’il peut supprimer l’injustice, conserve un caractère autoritaire et implique une délégation des prérogatives de l’individu entre les mains de l’Etat. Car le grand adversaire des anarchistes reste avant tout l’Etat, et c’est son essence même qui est rejetée. La délégation à une entité abstraite, à un "Dieu" tout puissant, des responsabilités de l’individu représente le caractère le plus pernicieux. Tout attendre d’un Etat tout puissant implique une société sans âme, individualiste, au sens où elle entraîne le développement de sentiments d’indifférence, d’égoïsme... Les anarchistes prônent une participation directe de tous les citoyens aux affaires de la Cité ; la société doit être l’œuvre de tous ; les quartiers, les communes, doivent se couvrir d’un réseau de milliers d’associations pour satisfaire les besoins de la communauté. Le communisme libertaire apparaît alors comme le meilleur fondement de l’individualisme,

non pas celui qui pousse l’homme à la guerre de chacun contre tous et qui est le seul que l’on ait connu jusqu’à ce jour, mais celui qui représente la pleine éclosion de toutes les facultés de l’homme, le développement supérieur de ce qu’il a d’original en lui, la plus grande fécondité de l’intelligence, du sentiment et de la volonté. [56]

Une telle vision de la société suppose l’homme capable de sentiments altruistes. La loi impitoyable de la nature qui fait de l’homme un loup pour son prochain ne peut convenir à un tel projet de société. Face aux interprétations douteuses et pleines d’a priori idéologiques de quelques darwinistes pour qui "la loi de la sélection naturelle" était synonyme de "loi de la jungle", Kropotkine entreprit des recherches sur un nouveau facteur d’évolution, qui s’opposait à ce postulat si cher aux milieux scientifiques de l’époque, celui de la coopération ou de l’entr’aide. Ses connaissances et ses observations le portèrent à étudier en premier lieu l’entr’aide dans le règne animal. Ces observations sur le comportement animal et sa mise en parallèle des comportements altruistes des sociétés animales et humaines, limitées par le développement des sciences à l’époque, apparaissent aujourd’hui comme discutables. La génétique a permis tout récemment de distinguer les sociétés d’insectes, liées essentiellement à des comportements innés, des sociétés primates (et surtout humaines) qui sont basées en grande partie sur des comportements acquis. Ces recherches sur les comportements humains apparaissent au contraire comme novatrices : le comportement coopératif de l’homme est aujourd’hui largement admis dans le monde scientifique.

Dans L’Entr’aide, Kropotkine se fait tour à tour biologiste, anthropologue, historien, pour démontrer que la théorie évolutionniste n’exclut pas des comportements coopératifs et altruistes [57]. Il démontre que l’entr’aide est une constante dans l’évolution, qu’elle est présente chez les primates, dans les sociétés "primitives", puis tout au long de l’histoire de l’homme. Ces comportements sont toujours décelables au XIXe siècle, bien que l’Etat ait tenté de les annihiler. Kropotkine dresse un tableau exhaustif des exemples d’entr’aide dans la vie politique, économique, sociale, culturelle... L’entr’aide doit, selon lui, avoir sa place au sein des recherches scientifiques, car elle a joué un rôle prépondérant dans l’évolution de l’humanité :

Dans la pratique de l’entr’aide, qui remonte jusqu’au plus lointain début de l’évolution, nous trouvons ainsi la source positive et certaines de nos conceptions éthiques ; et nous pouvons affirmer que pour le progrès moral de l’homme, le grand facteur fut l’entr’aide, et non pas la lutte. Et de nos jours encore, c’est dans une plus large extension de l’entr’aide que nous voyons la meilleure garantie d’une plus haute évolution de notre espèce. [58]

Ainsi une véritable éthique libertaire s’est constituée, à laquelle Pierre Kropotkine et Elisée Reclus donnèrent ses lettres de noblesse. Ni bon, ni mauvais ou plutôt à la fois bon et mauvais, l’homme est jugé capable de développer, si la société le lui permet, les meilleurs de ses aptitudes et de construire la société idéale. Entr’aide, solidarité, sentiment de justice, générosité apparaissent comme des sentiments et des instincts inhérents à l’homme et, s’ils ne s’épanouissent pas toujours, c’est à cause de l’inhibition d’une société répressive. Laissons conclure Jean Grave :

L’homme est toujours égoïste, il tend toujours à faire de son Moi le centre de l’Univers. Mais l’intelligence se développant, il est arrivé à comprendre que si son Moi voulait être satisfait, il y avait d’autres Moi qui le voulaient aussi. (...) Si l’égoïsme étroit mal entendu est contraire au fonctionnement d’une société, le renoncement et l’esprit de sacrifice sont funestes à l’individualité. (...) Mais si l’égoïsme et l’altruisme séparés, poussés chacun à l’extrême sont pernicieux pour l’individu et pour la société, associés ensemble, ils se résolvent en un troisième terme qui est la loi des sociétés de l’avenir : cette loi, c’est la solidarité. [59]

Suite du texte...

Notes :

[1J. Grave, TN, n° 3, 09-15/12/1899.

[2Ibid.

[3J. Grave, La Société mourante et l’Anarchie, préface d’O. Mirbeau, Paris, Tresse et Stock, 1893, 298 p., p. 14.

[4Lettre à J. Grave, 17/03/1918, IFHS, Fonds J. Grave.

[5Idem., 1918.

[6Idem., 28/03/1918.

[7TN, n° 41, 08/0211908.

[8Ibid.

[9TN, n° 32, 07/12/1907.

[10Jacques Julliard, Autonomie ouvrière. Etude sur le syndicalisme d’action directe, Hautes Etudes, Gallimard-Le Seuil, 1988, 298 p., p. 49.

[11TN, n°25, 16-22/10/1896.

[12TN, n° 32, 08-14/12/1901.

[13Charles Albert, TN, n°31, 28/11-04/12/1903.

[14M. Pierrot, TN, n°48, 01-07/04/1905.

[15Lettre à J. Grave, 03/07/1902, IFHS, Fonds J. Grave.

[16J. Grave, Le syndicalisme dans l’évolution sociale, Paris, Les Temps Nouveaux, 1908, 16 pages, p.6.

[17TN, n°33, 13/12/1906.

[18Le syndicalisme dans l’évolution sociale, op. cit. p. 12.

[19TN, n°2, 11/05/1907. Cf. Malatesta, "Compte rendu du congrès d’Amsterdam", TN, n°23, 05/10/1907, où il s’oppose vivement à Monatte de la CGT ; "Anarchisme et syndicalisme", TN, n°35, 28/12/1907 ; J. Grave, TN, n°40, 01/02/1908 et n°41, 08/02/1908.

[20TN, n°10, 04/07/1914.

[21TN, n°49, 03/04/1909.

[22Max Clair, TN, n°48, 28/03/1908.

[23Edouard Berth (1874-1939), théoricien du mouvement ouvrier, disciple de Sorel, fervent défenseur du syndicalisme. Un des fondateurs du cercle Proudhon aux côtés de G. Valois, puis se rapprocha de l’Action française, pour finir par revenir au syndicalisme révolutionnaire en collaborant à La Révolution prolétarienne. Hubert Lagardelle (1875-1958), animateur du Mouvement socialiste, revue marxiste entendant s’associer au syndicalisme révolutionnaire. Membre de la SFIO ; le social doit prendre naissance dans les syndicats. Georges Sorel (1847-1922), théoricien du syndicalisme révolutionnaire. Fondateur du Mouvement social qui devient à partir de 1905 l’organe du syndicalisme révolutionnaire français. Auteur de Réflexions sur la violence ; Les illusions du progrès.

[24TN, n°48, 28/03/1908.

[25Le syndicalisme révolutionnaire est apparue en France au tournant du siècle. Fortement implanté au sein de la CGT, ce mouvement entendait se démarquer des courants socialistes et anarchistes et définir sa propre voie de transformation sociale : à travers le syndicalisme d’action directe, les ouvriers, sans intermédiaire, s’érigeaient en acteurs de leur propre révolution. Cf. Jacques Julliard, Autonomie ouvrière. Etudes sur le syndicalisme d’action directe, op. cit.

[26TN, n°2, 11/05/1907.

[27Cf. Nathalie Brémand : Paul Robin et l’éducation intégrale à l’orphelinat de Cempuis, 1880-1894, mémoire de maîtrise, Toulouse Le Mirail, 1988, éditions du Monde libertaire., 1992.

[28TN, n°48, 25, 31/03/1899.

[29Comme le souligne Francis Ronsin, La grève des ventres : propagande néomalthusienne et baisse de la natalité en France - XIXe-XXe siècles, Aubier-Montaigne, 1980, 254 p., bien des disciples de Kropotkine, Reclus et Grave rejoignirent Paul Robin. Par ailleurs, les néo-malthusiens rencontrèrent un accueil beaucoup plus favorable au sein du Libertaire, parmi les individualistes et les anarcho-syndicalistes. pp. 166-168.

[30TN, n°11, 07, 13/07/1900.

[31TN, n°9, 22/06/1912.

[32J. Grave, 40 ans de propagande..., op. cit. p. 406.

[33TN, n°16, 17/08/1900.

[34J. Grave, TN, n°3, 18-25/05/1895.

[35TN, n°3, 18-15/05/1985.

[36J. Grave, La société mourante et l’Anarchie, op. cit., p. 197.

[37J. Grave, Ibid.

[38TN, n°27, 20/10-04/11/1898.

[39J. Grave, TN, n°30, 18-24/01/1899.

[40TN. N°40, 10/02/1906.

[41TN, n°15, 23/08/1913.

[42Position en contradiction avec l’attitude adoptée face à la dispersion des tendances lorsqu’il refusa de s’associer aux mouvements anti-militariste, néo-malthusien par crainte d’un émiettement des forces révolutionnaires.

[43TN, n°39, 22-28/01/1898.

[44TN, n°46, 14-20/03/1896.

[45A. Girard, TN, n°41, 05/11/1898.

[46J. Grave, TN, n°15, 21/01/1898.

[47La société future, op. cit., pp. 352-353.

[48TN, n°33, 15-21/03/1897.

[49TN, n°20, 11-17/09/1897.

[50J. Grave, TN, n°51, 16-22)04/1898.

[51Lucien Descaves décrit cela dans son roman Philémon vieux de la vieille, Paris, Albin Michel, 1913, 360 p., pp. 35-37.

[52TN, n°34, 19-25/12/1903.

[53TN, n° 45, 28/03/1914.

[54TN, n°16, 30/08/1913.

[55Cf. Roland Lewin, Sébastien Faure et la "Ruche" ou l’éducation libertaire, Paris, Cahiers de l’Institut d’Histoire des pédagogies libertaires, Y. Davy, 1989, 296 p.

[56P. Kropotkine, L’anarchie, sa philosophie, son idéal, Paris, P.V. Stock, 1896, réed., Paris, Publico, 1981, 50 p., p. 42.

[57P. Kropotkine, L’Entr’aide, réed., Paris, Les éditions de l’Entr’aide, 1979, 356 p.

[58Ibid., p. 326.

[59J. Grave, La Société mourante et l’Anarchie, op. cit., p. 20.




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