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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’équipe des Temps Nouveaux - Itinéraire et portrait de Jean Grave
Carole Reynaud-Paligot - Editions Acratie - Pages 9 à 18
Article mis en ligne le 16 septembre 2018

par ArchivesAutonomies
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Au bas de la rue Mouffetard, face à l’église Saint-Médard, une haute maison, à façade enfumée, crevassée, sordide. Un escalier obscur dont les marches périlleuses branlent sous le pied qui s’y pose mène à une mansarde où se rédige Le Révolté (...). Dans le fond de la mansarde sous l’angle surbaissé du toit, un lit de fer aux couvertures en désordre. Près de la fenêtre, étroite à petits carreaux, une large table en bois blanc, posée sur des tréteaux et couverte de paperasses. Trois ou quatre chaises de paille. Sur le mur des gravures révolutionnaires dont l’une montre accrochés à des potences, le président Carnot, Léon XIII, le Tsar et Rothschild. En monceaux poussiéreux, dans les coins les brouillons du journal (...). C’est là que vit Jean Grave (...). C’est un petit homme trapu aux épaules massives, doté d’un ventre qui se permet de bedonner. Sa tête toute ronde grisonne. Une moustache en brosse coupe sa face débonnaire. [1]

Jean Grave est né le 16 octobre 1854 à Breuil, commune de l’arrondissement d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme, de Jean Grave et d’Elisabeth Crégut. Ses premiers pas dans son Auvergne natale, il nous les livre, non sans pudeur et réticence dans son autobiographie : 40 ans de propagande anarchiste  [2]. Avec réticente car il n’avait pas oublié l’affirmation de Séverine [3] : "Il n’y a que les imbéciles qui écrivent leurs mémoires". Cependant, si à l’instigation de sa femme, il cède à cette idée jugée trop narcissique, c’est d’une part, parce que se sentant intimement mêlé au mouvement anarchiste, son œuvre aura valeur de témoignage sur les activités militantes du mouvement, et d’autre part, s’il se résout à donner une "petite biographie" de lui, c’est parce qu’il pense que "l’enfant explique l’homme" [4].

Quatre ans après sa naissance, sa sœur Anne voit le jour, peu avant le départ de leur père qui, ayant été tour à tour et sans succès meunier puis cultivateur, part comme tant d’autres Auvergnats, tenter sa chance à Paris. Il décide de confier ses deux enfants à leurs grands-parents paternels. Jean Grave garde peu de souvenirs de sa petite enfance en Auvergne, sinon que ses grands-parents sévères et austères étaient bonapartistes... En 1860, les deux enfants regagnent la rue Neuve-Sainte-Geneviève dans le Vème arrondissement. La mère de Jean Grave décide de l’envoyer à l’école des Frères, de la rue des Fossés-Saint-Jacques, seule école à accueillir les enfants de son milieu. Déjà il se décrit comme sensible à l’injustice, sentiment "plus inné qu’on ne le pense chez les enfants" et affublé d’une "stupide timidité" que les moqueries et réprimandes de son père n’ont fait qu’aviver [5]. Ce dernier, républicain et libre-penseur, a sans doute influencé le jeune Grave, bien qu’il ne se soit jamais senti très proche de lui, lui reprochant ses méthodes autoritaires.

A onze ans et demi, "le petit bout d’homme - haut comme trois pommes - maigriot à plaisir" termine sa scolarité, il est temps qu’il apprenne un métier [6]. Il est tout d’abord placé comme apprenti chez un mécanicien, mais l’expérience n’étant pas concluante, il abandonne la mécanique pour la chaussure. En dehors de son apprentissage de cordonnier, le jeune Grave connaît une véritable boulimie de lectures : il dévore pêle-mêle romans d’aventure, publications à bon marché qu’il se procure avec son argent de poche. Son père décide de s’établir cordonnier en le prenant avec lui : l’expérience familiale se solde par un échec car J. Grave supporte mal l’autoritarisme paternel. L’épisode de la Commune va contribuer à la formation du futur militant. L’exemple de son père, républicain et patriote fervent, va éveiller la conscience sociale et politique de l’adolescent. Son père participait à une section blanquiste dès la fin de l’Empire. Lors de la reddition de Sedan, il s’engage dans la Garde Nationale, J. Grave âgé de 16 ans lui emboîte le pas mais on refuse de l’enrôler en raison de son aspect malingre et chétif. A cause de son jeune âge et de l’opposition de son père, il ne participe pas aux événements de la Commune. Il se contente d’assister, à ses côtés, aux réunions blanquistes et d’être le témoin impuissant de ces événements dont pourtant il se sent déjà un ardent partisan.

Peu après, il assiste à la dislocation de sa famille. Sa mère atteinte de tuberculose décède. Puis c’est le tour de sa sœur, atteinte de phtisie, qui meurt dans ses bras. En 1875, arrive sa feuille de route, il rejoint le deuxième régiment d’infanterie à Brest. Un troisième drame familial écourte son service militaire : le décès de son père. Il reprend alors son métier de cordonnier et simultanément commence sa carrière de militant.

La répression des années qui suivirent la Commune s’affaiblissant, un réveil de l’opinion se produit, des réunions s’organisent : dès 1877, J. Grave s’y rend accompagné par des compagnons de travail. C’est lors des élections de cette même année qu’il déclare avoir pour la première et dernière fois voté. Son vote pour l’un des 363 (républicains qui s’opposèrent à Mac Mahon) ne se renouvela pas et il déclara perdre "bientôt toute confiance dans le vote" [7]. Dès cette époque, il s’abonne au Prolétaire de Brousse et à L’Egalité de Jules Guesde [8]. Le 30 janvier 1879, il rejoint le Parti Ouvrier, du même Guesde et participe le 21 janvier 1880 à la reparution de L’Egalité : il fait partie du nouveau conseil d’administration du journal. C’est un de ses premiers contacts avec la presse : pas encore comme rédacteur puisque sa tâche consiste à expédier le journal. C’est le côté nettement révolutionnaire de L’Egalité qui a séduit J. Grave, lorsqu’il affirme que seuls les moyens révolutionnaires peuvent affranchir le prolétariat ; le parlementarisme étant impuissant à transformer l’ordre social, le bulletin de vote ne devait être employé qu’à des candidatures de protestation et d’inéligibles.

Parallèlement à son activité aux côtés de Guesde, J. Grave rejoint le "Groupe d’Etudes Sociales des Vème et XIIIème arrondissements". En 1878, il y côtoie des guesdites mais aussi des anarchistes de renom : Cafiero, Malatesta, Tcherkesoff avant leur expulsion. Les réunions ont lieu au 19, rue Pascal, salle Fournier. J. Grave devient secrétaire du groupe et se charge de la correspondance [9]. Jusqu’en 1880, la distinction n’est pas établie entre anarchistes et guesdistes qui se trouvent d’accord sur le programme énoncé plus haut. Ce n’est qu’après la rencontre de Guesde avec Marx à Londres que les divergences apparaissent. L’orientation de Guesde fléchit : le "programme minimum" que publie L’Egalité se prononce en faveur de l’action parlementaire. J. Grave refuse cette volte-face et démissionne du conseil d’administration du journal. Cette divergence entre partisans de l’action parlementaire et partisans des moyens révolutionnaires se transforme en scission lors du Congrès du Centre tenu à Paris du 18 au 25 juillet 1880. Ce congrès marque la naissance du mouvement anarchiste : J. Grave y participe au premier plan en tant que délégué du Groupe des Vème et XIIIème arrondissements. Il prononce un discours remarqué où il s’oppose fermement à toute action parlementaire. Le débat est houleux, face à une majorité de guesdistes, il a du mal à conclure :

Quand vint mon tour de monter à la tribune, j’avais la bouche un peu sèche. J’avais du reste la conviction que je serais "descendu" de la tribune avant d’être arrivé à la moitié de ma lecture. C’était le clan guesdiste qui dominait et, ils étaient tous des candidats en expectative (...). Je ne fus pas descendu de la tribune, mais la lecture fut coupée de pas mal de protestations de la part des directeurs du Congrès. [10]

Son discours dans lequel il préférait la "dynamite au bulletin de vote", eut un succès considérable : outre le fait qu’il marque la scission (l’année suivante les anarchistes tiendront leur congrès à part), il donne aussi naissance à un concept qui connaîtra très vite un grand succès au sein des anarchistes : "la propagande par le fait". La violence prônée par J. Grave peut surprendre lorsqu’on connaît les positions modérées, condamnant le terrorisme, qu’il a prises par la suite. Il l’explique lui-même par le climat messianique de l’époque : l’influence du mouvement nihiliste russe, l’agitation ouvrière qui donnaient l’impression que l’on se trouvait à la veille d’une révolution. L’intervention de J. Grave ne se renouvela pas : ses camarades lui proposèrent de participer aux deux congrès anarchistes suivants (au Havre en novembre 1880, à Londres en juillet 1881) mais, se sentant incapable de parler en public, il déclina l’offre. D’une timidité maladive qui le fait bafouiller en public, il préfère se tourner vers l’écrit. Dès novembre 1881, il est chargé de la publication du Bulletin des Groupes Anarchistes, mensuel émanant des différents groupes fraîchement créés. Il affirme à travers cette expérience, ses conceptions anti-autoritaires : afin d’éviter la centralisation et l’emprise d’un groupe sur les autres, chaque groupe fut à tour de rôle chargé d’éditer un numéro du bulletin. Il n’y en eut qu’un seul, le procès de Lyon paralysant l’activité des groupes pendant un temps [11].

Les écrits de J. Grave se multiplient et s’affirment entre 1881-1885. Ils paraissent dans la presse anarchiste lyonnaise, premier foyer actif de propagande. Le Droit social qui naît à Lyon le 12 février 1882 insère ses premiers articles. Les premières brochures paraissent en 1883 sous le pseudonyme de Jehan Le Vagre ; elles traitent de "l’organisation de la propagande révolutionnaire" et de "la société au lendemain de la révolution". Enhardi par le succès de ses écrits, il envoie des articles au Révolté dont s’occupe Kropotkine. Ils sont publiés et contribuent à mettre en relation les deux militants bientôt liés par une solide amitié. En 1883, Elisée Reclus lui rend visite, sur la suggestion de Sophie Kropotkine (la femme de P. Kropotkine), pour lui demander d’aller à Genève s’occuper du Révolté. N’ayant aucune expérience, J. Grave accepte de s’engager uniquement pour six mois. Les six mois prévus se prolongeront en fait en trente et une années. On comprend dès lors que le nom de J. Grave soit étroitement lié à ceux du Révolté, de La Révolte et des Temps Nouveaux. Il se lance alors avec passion dans sa nouvelle fonction. La diffusion du journal augmente rapidement grâce à son dévouement, sa ténacité et à la qualité des rédacteurs. Le journal par son sérieux et sa gravité s’oppose au style, à la verve imagée et argotique du Père Peinard d’Emile Pouget. J. Grave et son équipe ont voulu en faire un journal "vierge de toute personnalité, pur de tout cancan (...), consacré à la seule idée", pensant ainsi contribuer à l’assise du mouvement par son sérieux et son honnêteté [12]. Face à une presse frivole où le fait divers tient une place de choix, lancer un journal austère, délaissant l’actualité pour des réflexions idéologiques, était un pari difficile. Les rédacteurs étaient conscients des embûches :

Un journal du genre des Temps Nouveaux, exige d’être lu tout autrement d’un quotidien, fût-ce La Guerre Sociale ou La Révolution. Ça ne se parcourt pas en bavardant ou comme distraction en fumant sa pipe et en somnolant après digestion. Les auteurs se sont donnés la peine de réfléchir, les lecteurs doivent prendre la même peine. Ce n’est pas à la portée, au goût de tout le monde. En général, on donne un sou ou deux pour passer un bon moment de rigolade ou se payer le petit frisson d’un fait divers. [13]

Cette conception du journal rejoint la volonté éducative de l’équipe. Le journal apparaît comme le moyen de réaliser "la besogne révolutionnaire" qui consiste à "fourrer des idées dans la tête des individus." [14] Il se veut sérieux, loin de toute phraséologie révolutionnaire, (que symbolisera La Guerre Sociale de Gustave Hervé), considérée comme nuisible au mouvement. Un journal qui se veut intellectuel, propagateur d’idées, tout en restant accessible à un monde ouvrier possédant une instruction des plus rudimentaires. Kropotkine tente d’adapter son style, plus destiné à un public érudit, aux ouvriers en usant pour cela des "expressions des plus claires, pour habituer le plus modeste d’entre eux à juger par lui-même" [15] C’est sans doute dans cette expérience que J. Grave se distinguera. Ouvrier cordonnier, autodidacte, n’était-il pas le mieux à même de traduire dans un langage accessible au monde dont il était issu, la pensée des théoriciens ? Son succès est étroitement lié à ce phénomène, comme le confirme le militant E. Darnard :

En dehors de Bakounine, de Kropotkine et de Reclus, il n’y a eu que vous qui ayez eu une action sur moi et une action décisive ; voilà pourquoi : c’est que vous êtes un cordonnier et non un lettré, vous êtes penseur et logicien parce que vous avez vécu la vie du travailleur (...). Vos études sont postérieures à vos idées, elles n’ont fait que débrouiller ce que vous aviez déjà en tête par vous-même. [16]

Son succès, qui lui valut les éloges et l’admiration de personnalités du monde intellectuel, réside moins dans ses qualités de théoricien que dans son talent de vulgarisateur : il sut rendre accessible à travers ses articles, ses brochures et ses livres, par un style clair et limpide, les théories élaborées par P. Kropotkine et E. Reclus. Le journal devenant le passage obligé de la propagande de l’époque, suscite envies et jalousies. J. Grave est surnommé "le pape de la rue Mouffetard", sa longue blouse grise de typo assimilée à une soutane. L’hebdomadaire est qualifié du Temps ou du Journal Officiel de l’anarchie.

Charles Malato dans une critique qui se veut amicale, trace ainsi le portrait de J. Grave et de son organe de presse :

Il appartenait à l’une des professions manuelles où le travailleur peut le mieux se reconquérir et penser, l’une de celles qui fournit le plus d’anarchistes, la cordonnerie. Effroyable logicien, tenace comme un rocher d’Auvergne, son pays, studieux, acharné (...). Il était devenu lui-même écrivain et impitoyable critique des sociétés bourgeoises (...). La petite phalange de la Révolte représentait dans le groupement d’anarchistes, le noyau immaculé, silencieux et il faut le dire sectaire, à la fois intransigeant en théorie et endormi en action. [17]

Le sectarisme dont est accusé J. Grave est en grande partie le reflet de ses conceptions journalistiques : si son refus d’insérer des articles jugés trop phraséologiques lui valut beaucoup d’ennemis, ce n’était que la conséquence de la très forte hétérogénéité du mouvement. Le journal n’entendait représenter qu’un courant de l’anarchisme : le communisme anarchiste qui s’opposait à la violence et plus fermement encore aux individualistes, aux illégalistes. Son dogmatisme apparaît comme le reflet de la ligne de conduite qu’il s’était fixée. Face aux déviances, à la dispersion des tendances au sein du mouvement, il s’est voulu, avec son équipe, le gardien vigilant de la pure doctrine. Dans son autobiographie, il se défend longuement de cette accusation :

J’avais pris la direction du journal, avec la résolution de ne pas en faire une chapelle, d’éviter toute camaraderie, en ce qui concerne la ligne de conduite, dans le choix des articles. De n’envisager que le bien de la propagande. (...) Je puis me vanter d’avoir laissé libre d’écrire ce qu’ils voulaient tous ceux qui apportèrent leur bonne volonté au journal, lorsqu’ils avaient fait preuve qu’ils étaient capables d’écrire des choses intéressantes. J’étais inexorable pour les vaniteux et les incapables. (...) Ne tenir compte que des critiques qui vous paraissent justifiées. Non que je me sois jamais cru possesseur de la science infuse, mais parce que je savais que si on se laissait tirer de droite et de gauche, on ne fait rien qui vaille. Les critiques amicales étaient bienvenues. [18]

Son sectarisme apparaît donc comme l’effet de sa totale sincérité, de son dévouement à la propagande. Peu de militants pouvaient se vanter d’un tel dévouement, dès lors il avait du mal à supporter des critiques venant de personnes beaucoup moins actives. Son ami Charles Laisant déclare le considérer comme l’un des types de probité les plus respectables, comme "un travailleur infatigable et énergique" mais capable en même temps "d’un entêtement terrible" et de paraître ne pas pouvoir admettre se tromper [19]. En libertaire, J. Grave se défend violemment d’être sectaire mais il se dépeint lui-même comme un homme déterminé, capable d’entêtement, conséquences naturelles de son engagement :

Sectaire, je ne le suis pas dans le sens général du mot, en ce que je crois toute opinion respectable, que je connais à chacun le droit de propager ce qui lui semble le mieux et que je veux pour chacun le droit d’exposer et de propager librement ses théories. Seulement, si par sectaire, on entend un homme profondément convaincu d’un idéal, se refusant aux tripatouillages (...), oui je suis sectaire, profondément sectaire. [20]

Il serait erroné de décrire J. Grave comme un personnage austère, à l’image de son journal. Sa description, donnée par la presse, en fait un homme doux et sensible, doté d’une "physionomie calme, éclairée d’yeux très vifs" [21] "une tête énergique et douce" [22]. Il est salué par tous comme une forte personnalité, au caractère difficile, plein de contraste ; sa brusquerie, son intransigeance s’accompagnent d’une grande sensibilité, d’une extrême générosité. Envers les personnes qui méritent son amitié, J. Grave fait preuve d’une grande bonté et d’un dévouement total. Ses plus proches amis (Kropotkine, E. Reclus, C. Pissaro, Ch. Laisant) lui rendent souvent hommage. C. Pissaro parle du "bon et brave Grave" ; Nadar, le célèbre photographe, lui écrit : "Si vous étiez parfois dans un petit coin à quelques instants trop rares, vous verriez comme c’est bon d’entendre notre si grand Elisée (Reclus) dire son amitié et son estime pour vous !" [23] Des liens profonds l’unissent à la famille de sa première femme qu’il a perdue avec l’enfant qu’elle allait lui donner en 1885. Dans les lettres qu’il leur écrit en prison de Mazas ou de Clairvaux, on découvre un autre homme plein d’humour et de fantaisie. Il déborde d’affection pour ses neveux et sa nièce Alexandrine, qui remplacent dans son cœur les enfants qu’il n’a pas eus. Car Jean Grave savait être gai et faire preuve d’humour : "Et le beau rire, s’écria Séverine, le large rire silencieux qui illuminant soudain la mélancolie du visage y fait rayonner la droiture, la loyauté, la candeur dont déborde cette âme" [24].

Doté d’une modeste instruction primaire, c’est grâce à une volonté de fer, grâce à toute son ardeur qu’il met au service non pas de son ambition mais de la véritable passion qui l’anime, que le petit cordonnier, fils d’immigré auvergnat a pu se hisser aux côtés des deux grands savants. Ses écrits sont nombreux : outre ses articles dans la presse, ses brochures et cinq volumes consacrés à la doctrine anarchiste, il s’essaie à des contes pour enfants, à des romans sociaux et à une pièce de théâtre. Il fut à deux reprises condamné par la justice française. A six mois de prison et 100 francs d’amende, en juin 1891, en tant que gérant de La Révolte pour un article paru dans le journal sur les événements de Fourmies. En 1894, il fut impliqué dans deux procès : lors du premier, le 24 février, pour son livre La Société mourante et l’Anarchie il est condamné à deux ans de prison et 1000 francs d’amende ; en août, à l’issue du procès des Trente, il est acquitté. Comme l’a souligné Jean Maitron : "S’il n’a pas été un créateur de système, il n’en reste pas moins un des quatre ou cinq hommes de valeur qu’a compté le mouvement anarchiste français antérieur à la Grande Guerre. [25]

Suite du texte...

Notes :

[1A. Retté, Au pays du lys noir, Paris, P. Téqui, 1934, 317 p., p. 85.

[2Son autobiographie paraît en 1930 chez Crès, collection "Hier" les œuvres représentatives, sous le titre : Le mouvement libertaire sous la Troisième République, mais largement amputé par rapport au manuscrit original découvert par Mme Mireille Delfau en 1969 alors qu’elle classait les archives de Séverine. La version intégrale de l’autobiographie de J. Grave reparaît en 1971 chez Flammarion, collection "l’Histoire", présentée et annotée par Mireille Delfau et préfacée par Jean Maitron.

[3Séverine (1855-1929) : écrivain et journaliste, Séverine fut l’amie de Jules Vallès aux côtés duquel elle collabora au Cri du Peuple. Elle se révéla par la suite comme une ardente dreyfusiste. Sa vie s’identifia avec son combat contre l’injustice et l’oppression.

[4J. Grave, 40 ans de propagande..., op. cit., p. 36.

[5Ibid., p. 58.

[6Ibid., p. 62.

[7Ibid., p. 148.

[8Paul Brousse (1844-1912) : il fut membre de l’Internationale en 1872 : il y défendit des positions anarchistes et participa activement à la fédération jurassienne. Dès 1880, il s’orienta vers un socialisme réformiste, abandonnant tout objectif révolutionnaire, devenant ainsi le leader des "broussistes".

Jules Guesde (1845-1922) : à la tête du Parti Ouvrier Français, il fut le vulgarisateur du marxisme en France. Il fut député et ministre de 1914 à 1916.

[9P.Po, BA/1505.

[1040 ans de propagande..., op. cit., p. 161.

[11Suite à l’attentat du café L’Assommoir à Lyon, 66 anarchistes furent lourdement condamnés pour association de malfaiteurs en janvier 1883.

[12J. Grave, TN, n° 43, 22-28/02/1986.

[13Lettre de Duchemin à J. Grave, s.d., IFHS, Fonds J. Grave.

[14J. Grave, TN, n° 33, 12-18/12/1896.

[15P. Kropotkine, Autour d’une vie, (Mémoires), Paris, P.V. Stock, 1902, XXI-536, p. 433. réed. Scala, 1989.

[16Lettre d’Emile Darnaud, 02/03/1890, IFHS, Fonds J. Grave.

[17Charles Malato, De la Commune à l’Anarchie, Paris, P.V Stock, 1894, 296 p., p. 265.

[18J. Grave, 40 ans de propagande..., op. cit., p. 355-359.

[19Lettre de Charles Laisant, 11/01/1913, IFHS, Fonds J. Grave.

[20J. Grave, TN, n° 16, 14-20/08/1897.

[21L’Eclair, 13/04/1895.

[22Le Matin, 09/08/1895.

[23Lettre de Nadar, s.d., IFHS, Fonds J. Grave.

[24Séverine, "Un homme", Le Journal, 22/08/1896.

[25Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, 1871-1914, sous la direction de J. Maitron, tomes X à XV, éd. Ouvrières, 1973-77.




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