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Biographie de Julien Content
Article mis en ligne le 17 janvier 2018
dernière modification le 5 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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CONTENT, Julien, Claude, Marcel

Né le 26 septembre 1892 à Mehun-sur-Yèvre (Cher) - mort le 15 juillet 1927 - Ouvrier tailleur ; vendeur de journaux ; camelot ; épicier - FCA - FCAR - UA — CGTU - Paris — Caen (Calvados) — Joigny (Yonne)

Âgé d’une dizaine d’années, Julien Content vendait, pour vivre, des journaux à Paris. Plus tard, sensible à la propagande antimilitariste que menaient les anarchistes, il fut d’abord hervéiste puis subit l’influence de Pierre Martin collaborateur du Libertaire que Sébastien Faure avait fondé en 1895. En 1912-1913, il fut secrétaire de l’Union de la région parisienne de la Fédération communiste anarchiste où il fut remplacé par Cuisse Roy. Il était également membre du Foyer populaire de Belleville dont les responsables étaient Vigneau et la demoiselle Boudet et membre du groupe Les amis du Libertaire fondé en avril 1912. Exempté du service militaire, mais craignant sans doute d’être mobilisé en 1914, il partit pour l’Angleterre.

De retour en France, il tirait, le 8 septembre 1916, une circulaire tract, Aux lecteurs du Libertaire pour annoncer la mort le 6 août précédent de Pierre Martin et dire pourquoi la reparution du Libertaire était momentanément impossible. Dans ce tract, Content, opposant farouche à la guerre, écrivait : "Deux sombres années de meurtres s’égrènent péniblement et le monde des travailleurs enregistre des pertes considérables et cruelles. La folie de carnage, loin de s’apaiser, poursuit partout son œuvre de haine... Nous avons également la douleur de constater que la tourmente a emporté l’esprit de révolte d’un certain nombre de nos vieux compagnons, et non des moindres, qui se font même les complices des crimes de nos gouvernants. D’autres ont disparu, fusillés dans les fossés de quelque forteresse pour expier la faute d’être restés logiques avec eux-mêmes...en refusant toute participation au carnage..." ; puis il expliquait que refusant de se soumettre à la censure, le journal ne pouvait reparaitre que clandestinement et qu’il fallait "absolument savoir sur quels dévouements...compter le cas échéant". Le 22 septembre 1916, il diffusait un nouveau tract Notre attitude (voir Portfolio) , tiré à 12.000 exemplaires, qui dénonçait la guerre et réclamait "le droit pour l’individu de disposer de lui-même". En décembre 1916, il fut arrêté avec Lecoin et Ruff pour distribution d’un tract intitulé Imposons la paix et condamné à six mois de prison.

Libéré en juin 1917, il fut arrêté quarante-huit heures plus tard avec Le Meillour, Berthot Lepetit qui en était le gérant, Barbé Peckers, Grossin et Ruff pour avoir transporté un numéro clandestin du Libertaire titré "Exigeons la paix" et condamné en octobre à quinze mois de prison. La police qui surveillait Content depuis sa sortie de prison était parvenue à saisir quelques 10.000 exemplaires du journal.

En février 1918, il devint secrétaire de la Fédération anarchiste et le demeura deux ans. Il collaborait à l’époque au journal individualiste La Mêlée (Deols & Paris, 39 numéros du 15 mars 1918 à février 1920). Le 26 janvier 1919, grâce à Content, le premier numéro du Libertaire paraissait. Arrêté comme gérant du journal pour avoir publié dans le n° 2 un manifeste Au peuple français où il disait sa reconnaissance à la Révolution russe, Content, qui avait été remplacé au journal par Bidault, fit pendant sept jours la grève de la faim pour être mis au régime politique ; il comparut les 9 et 10 avril 1919 devant le 6e conseil de guerre et fut acquitté. Il collabora régulièrement au Libertaire où il s’affirmait pour la scission dans la CGT (juillet 1919) et où il assuma les fonctions d’administrateur jusqu’au 26 septembre 1920. Le 1er mars 1920, lors de la grande grève des cheminots du PLM, il fut arrêté pour "incitation au vol et au pillage" suite à un article paru dans le Libertaire. Pour propos subversifs tenus en réunion publique —il avait fait l’apologie de l’attentat de Cottin -, il fut arrêté le 28 septembre 1920 avec Coussinet et Letourneur, et condamné, le 28 octobre, par la 11e Chambre correctionnelle à six mois de prison et 50 F d’amende ; en décembre, comme responsable du Libertaire, il se vit infliger quatre mois de prison (Loréal un an), peine confirmée en appel, mais confondue avec la précédente condamnation ; il fut libéré le 13 février 1921. Pour des raisons d’ordre sentimental, il laissa à Lecoin et à Nadaud le soin de s’occuper du journal : "pendant quelques mois je fus en dehors de toute propagande" écrira-t-il plus tard dans le n° du 15-22 septembre 1922 quand il eut repris ses fonctions au journal.

Il partit pour Caen en novembre 1921 où il travailla comme camelot. Malade, il fut hospitalisé pendant deux mois à l’hôpital de cette ville, ce qui l’empêcha d’assister au IIe congrès de l’Union anarchiste qui se tint à Villeurbanne, 26-27 novembre 1921. Le 8 janvier 1922, il anima le congrès de l’Union départementale CGT du Calvados et y apparut comme un arbitre ; aussi fut-il élu secrétaire, "non appointé" et délégué au Comité confédéral national. Avec Barbé, il assurait depuis novembre 1921, la direction du journal régional Le Populaire normand qui appartenait, dit Le Libertaire du 15-22 septembre 1922, "moitié aux syndicats et moitié à la Fédération communiste du Calvados".

Avec des militants et responsables communistes, Content anima alors plusieurs meetings, notamment à Caen et Honfleur. Dans le Populaire normand, il dénonça les conditions de travail faites aux salariés : "les bagnes du travail, féodalité industrielle et esclavage moderne" (3 février 1922) ou attira l’attention des travailleurs sur certains maux : "un péril ! l’alcoolisme et ses conséquences" (27 janvier 1922). Ce qu’il voulait surtout, l’unité étant préservée, c’était rendre le syndicalisme plus dynamique, plus conquérant, programme qu’il esquissa dans un article du 20 janvier intitulé "où nous en sommes".

Il faut, écrivait-il, "recréer les syndicats disparus, rendre forts ceux qui existent encore, reconstruire solidement l’UD" afin de refaire "cette force syndicale qui fut puissante, en un temps, qui nous permettra demain de relever la tête, de nous opposer aux prétentions de nos maîtres et de travailler en commun accord à notre libération".

En février, comme mission lui en avait été confiée, il se rendit à Paris pour y défendre, à la réunion du CCN la cause de l’unité syndicale. Il s’y heurta à l’intransigeance des majoritaires et exprima sa déception dans un article du 24 février. "Mon mandat rempli, mon devoir accompli, mes appels à l’Unité étant restés vains, je suis parti de ce comité, n’attendant pas la fin de ses travaux, complètement écœuré de la sale besogne qui venait de s’y perpétrer". De retour à Caen, Content convoqua, pour le 26 février, un nouveau congrès extraordinaire avec comme ordre du jour : scission, autonomie ou division. Il y déclara qu’il considérait son mandat comme terminé. Ses camarades prirent acte de sa décision et, le même jour, la scission était réalisée dans le cadre local.

Dès lors, avant de quitter le Calvados, et sans abandonner ses idées, Content prit ses distances à l’égard des militants locaux. En avril 1922, Il écrivit, avec Barbé, un article dans le Populaire normand, afin d’expliquer leur décision d’abandonner la direction du journal. La raison en était que les communistes voulaient en faire "un organe de parti", alors que lui et ses amis libertaires, en accord avec les syndicalistes révolutionnaires, voulaient qu’il soit "un journal d’éducation et d’action révolutionnaire qui inviterait les travailleurs à ne compter que sur eux-mêmes".
Content participa, cependant, en août 1922, à un meeting tenu à Caen, meeting de soutien aux grévistes du Havre.

Puis il revint à Paris et reprit sa place dans le mouvement anarchiste. Administrateur du Libertaire et de la Revue anarchiste publiée par l’Union anarchiste, il rendit compte de son activité au IIIe congrès de l’Union qui eut lieu à Levallois, 2-4 décembre 1922 ; Soustelle le remplaça alors dans ses fonctions d’administrateur. Il fut, pour sa collaboration au Libertaire condamné à six mois de prison et à une amende. Il fonda, avec A. Barbé et Emile Poulain, Le Semeur de Normandie (Caen & Falaise) dont le n° 1 est daté du 15 octobre 1923 et le dernier, le n° 281, du 28 novembre 1936. Content collabora également à l’Idée anarchiste, organe anarchiste dont il avait été l’un des fondateurs avec Louis Anderson, Lucien Haussard et Kléber Nadaud (Paris, 11 numéros du 13 mars au 15 novembre 1924) ; le journal qui se voulait "une tribune où, librement, tous les points de vue, toutes les tendances de l’anarchisme pourraient s’exprimer", avait été tiré à 7.500 exemplaires. Il y eut bientôt désaccord entre Content et ses amis du Libertaire ; dans son n° du 7 mai 1924 le journal l’attaqua parce que Barbé et lui se faisaient "les champions électoraux du Bloc des Gauches" en vue d’obtenir l’amnistie. Dans les numéros qui suivirent le désaccord s’accentua et ce fut la rupture. Il collaborait également à la La Revue internationale anarchiste (Paris, 8 numéros du 15 novembre 1924 au 15 juin 1925) dont le gérant était Ferandel.

En 1926, Content eut un grave accident d’automobile en allant avec Bauchet tenter l’enlèvement de Bévent du pénitencier militaire d’Albertville. Il exploitait alors une épicerie à Joigny (Yonne) avec sa femme Valentine et l’ami Bauchet. Après six mois d’hospitalisation, Content réintégra son logis mais infirme incurable. Devint-il gêneur ? On le retrouva un jour, mort d’un coup de revolver ; c’était le 15 juillet 1927. Suicide, affirme Lecoin dans "Le Cours d’une vie". Il fut "enterré à Mehun-sur-Yèvre, sa ville natale" (Contre-Courant, juillet 1952). A. Barbe écrivit à cette occasion : "Nous ne reverrons plus son grand corps penché, son regard si doux et si fraternel ; nous ne sentirons plus sa loyale poignée de main, pour ma part, je perds plus qu’un ami, un véritable frère. Ce mot dit ma peine".

Sources : Arch. Nat. F7/13 053 et F7/13 061, rapport du 25 septembre 1913. — Le Semeur contre tous les tyrans, 27 juillet 1927. — J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — CQFD, 13 octobre 1917. — Le Libertaire, 28 décembre 1920, 15-22 septembre 1922, 21-28 septembre 1923, 7 mai 1924. — Contre-Courant, juillet 1952. — Lecoin, Le Cours d’une vie, p. 91. — C. Billy et J. Quinette, Le Mouvement ouvrier dans le Calvados, 1884-1922, Mémoire de Maîtrise, Caen, 1971.= notice G. Désert et J. Maitron in "Dictionnaire biographique du mouvement...", op. cit.// R. Bianco "Un siècle de presse...", op. cit.// CQFD, n°73, 13 octobre 1917 //

P.S. :

Biographie extraite du dictionnaire internationales des militants anarchistes




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