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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Internationale et la guerre – Alfred Amiguet
Le Réveil communiste-anarchiste N°446 – 21 Octobre 1916
Article mis en ligne le 21 janvier 2018
dernière modification le 2 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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La durée du conflit et le peu de mobilité des armées leur laissant des loisirs, les journalistes bourgeois de tous les pays s’emploient d’innocenter leur classe et surtout leurs maîtres, les financiers, de l’horrible boucherie dont nul ne peut prévoir la fin. Les prêtres des diverses églises, qui sont des roublards sachent tirer sur toutes les ficelles, même lorsqu’elles sont un peu usées, ont tout de suite compris que, pour éviter de désagréables discussions qui ne manqueraient pas de laisser filtrer quelques parcelles de vérité, mieux valait mettre tout sur le compte de Jéhova, qui a bon dos, comme chacun sait. Cette procédure a l’avantage de ne donner lieu à aucune réplique, puisque Jéhova a toujours observé le plus profond mutisme, ne voulant sans doute pas polémiquer avec ses créatures et sujets. Les pasteurs de tous les cultes bénissent en son nom les canons et les instruments de mort les plus diaboliques, qu’il n’y trouve jamais à redire. Il n’y avait donc rien à redouter en l’accusant d’être l’auteur de la guerre, d’autant moins que, pour le flatter, ses courtiers ajoutent que nous avons bien mérité une aussi sévère leçon. C’était d’ailleurs conforme à la tradition. Chaque fois qu’une calamité s’abat sur les hommes il s’est toujours trouvé quelqu’un pour tenter de l’attribuer à un père céleste quelconque à seule fin d’éviter que les vrais responsables ne soient recherchés sur la terre. Et ce n’est pas seulement lorsqu’il s’agit de guerres. Il y a quelques années, en Allemagne, lors d’une catastrophe minière due à d’insuffisantes protections, un successeur de Luther n’avait pas craint d’affirmer effrontément que ce n’était pas parmi les actionnaires de la mine qu’il fallait rechercher les coupables, car il n’y avait pas de coupables, l’effondrement des puits étant le fait de l’unique volonté de Dieu.

Si grande qu’elle soit, la crédulité populaire est cependant en baisse et il a fallu trouver autre chose. Sans rien dévoiler des monstrueux marchés qui se pratiquent dans l’ombre et où les grands tripoteurs trafiquent de la vie des peuples comme les maquignons d’un troupeau de moutons, les gouvernants des divers pays en lutte ont désigné leurs adversaires comme étant les agresseurs et ont dénoncé leur esprit de domination.

Si la guerre n’avait duré que quelques semaines ou quelques mois, comme beaucoup le supposaient en août 1914, il est possible que ces explications auraient suffi. Une habile spéculation sur l’effrayant égoïsme des hommes les aurait aisément consolés des malheurs d’autrui. Mais les prévisions sont plus que largement dépassées, les victimes sont innombrables et aussi les mécontents. A la barbarie qui s’est déchaînée sur le monde il faut trouver de nouvelles raisons, sans pour cela abandonner les premières. Un journaliste qui, chaque matin, pulvérise, sur le papier, une troupe d’un des belligérants, a trouvé que la guerre avait éclaté parce qu’il y avait une Internationale socialiste ! Cette trouvaille doit être le résultat d’un grand effort cérébral car nous avons toujours cru que la guerre avait été possible précisément parce qu’il n’y avait pas d’Internationale ouvrière et socialiste, au vrai sens de ce mot.

Pour combattre dès maintenant un mouvement vraiment socialiste qui pourrait se produire lorsque l’étendue du désastre sera connue et que les yeux s’ouvriront, certains plumitifs veulent convaincre les travailleurs qu’ils ont été dupes des prolétaires d’autres pays. C’est avoir de l’astuce que de présenter les choses de cette façon.

Pour qu’il y ait duperie il faut qu’un accord soit conclu et qu’une des parties le prenne au sérieux. Or, dans les congrès ouvriers socialistes internationaux, où l’on voyait surtout des fonctionnaires, des avocats, des médecins et peu ou pas d’ouvriers, il n’a jamais été pris une décision catégorique contre la guerre. Toutes les motions votées, qui se distinguaient surtout par leur absence de clarté, en venaient à dire que la guerre est une chose épouvantable mais, dès que l’ordre en serait donné, les travailleurs la feraient en en rendant moralement responsables les bourgeois. L’expression : "l’insurrection plutôt que la guerre", n’a jamais été que le fait d’une minorité, surtout anarchiste, trop faible pour entraîner les foules. Et de ce côté il n’y a pas eu duperie.

Dans tous les pays en guerre, beaucoup de nos camarades sont tombés victimes d’une sauvage répression ou croupissent dans des prisons. Et à part quelques rares mais retentissantes exceptions, ceux de nos amis qui n’ont pu échapper à l’emprise de l’État, n’ont pas adhéré moralement à la guerre.

Les responsables de la guerre sont à rechercher parmi les bandits de la finance et ce, dans tous les pays. Quant à savoir si l’Internationale doit renaître, nous disons oui. Mais pas l’Internationale des avocats et des beaux parleurs dont tous les congrès n’étaient faits que de dissertations sur les meilleurs moyens de décrocher les timbales, en respectant ici le trône et là l’autel.

L’Internationale que nous voulons, qui n’a pas besoin de cérémonies tapageuses dans les cathédrales pour finalement aboutir à l’acceptation de la pire des atrocités, est celle faite de tons les opprimés désireux de briser à jamais toutes les dominations.

A la criminelle internationale des banquiers, nous voulons opposer celle de leurs victimes. Et plus que jamais nous mènerons le bon combat pour jeter bas les frontières fictives qui séparent les hommes pour le plus grand bénéfice de mercantis sans scrupules.




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