Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Les réfractaires – Alfred Amiguet
Le Réveil communiste-anarchiste N°440 – 22 Juillet 1916
Article mis en ligne le 21 janvier 2018

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Les journaux nous apprennent que le pasteur Humbert-Droz, de La Chaux-de-Fonds, a refusé de se présenter devant le conseil de réforme et qu’il sera poursuivi pour sa résistance aux ordres de l’autorité militaire.

Nous saluons cet homme, qui n’est pas un des nôtres, parce que son acte est conforme au grand idéal de fraternité humaine et nous le faisons d’autant plus volontiers que les valets de plume ne lui ménageront pas leurs insultes et que ses confrères, les représentants du dieu d’amour et de paix, n’auront pas assez de réprobations pour un tel acte.

A ce propos, les feuilles bourgeoises ont réédité leurs stupides tirades sur la patrie et le militarisme. C’est une salade de vieux clichés qui ne prouve pas autre chose que l’ignorance crasse et le servilisme d’un grand nombre de journalistes, qui ont le toupet de se donner comme les représentants de la conscience populaire. Ce sont aussi des louanges aux glorieux héros, alliés bien entendu, qui donnent volontairement et joyeusement leur vie pour la plus noble des causes. C’est pousser le mensonge un peu loin et jouer avec trop de désinvolture de la crédulité populaire.

Il n’est pas juste de parler des héros des champs de batailles, car le héros, au vrai sens de mot, est un homme qui, sans contrainte morale ni matérielle et sachant qu’il y va de sa vie, accomplit un acte pour le salut des autres. Tous les soldats que nous connaissons directement ou indirectement, sans exception, sont partis vers les lieux de tueries non pas volontairement et joyeusement, mais la mort dans l’âme, et parce qu’ils redoutaient de courir des dangers plus grands que ceux des champs de batailles, en refusant de se soumettre. Il y a eu des chansons, certes, mais elles n’étaient qu’une des manifestations de la peur que les futurs guerriers n’osaient même pas avouer. Et à l’égard des volontaires, si l’on reprenait l’enquête faite par le Matin près des engagés lors de l’expédition de Chine, on pourrait adopter sa conclusion et dire que les plus nombreux sont partis avec le même esprit qu’on irait au suicide ou par simple goût d’aventure.

Nous nous sommes entretenu avec de nombreux porteurs de médailles, c’est-à-dire les glorieux parmi les glorieux ; aucun n’avait la mine ni les propos d’un héros. Tous disent qu’ils sont dans un enfer et ne voient pas le moyen d’en sortir et qu’il est moins dangereux d’être zélé, en des circonstances données, que de tirer au flanc, car les balles de l’arrière tuent plus sûrement que celles de l’ennemi. Nous avons sincèrement et vainement recherché les enthousiastes combattants que nous citent les feuilles bourgeoises. Nous n’avons vu que des gens las et désabusés, qui comprennent clairement ou vaguement qu’ils se battent pour des intérêts qui sont contraires aux leurs et que les pauvres diables de la tranchée d’en face sont dans la même situation qu’eux. Nous n’avons pas vu un seul soldat, ou lu de lettre d’un seul d’entr’eux, disant qu’il était convaincu d’être un des champions de la civilisation contre la barbarie et voulant poursuivre la lutte jusqu’à l’anéantissement de l’adversaire allemand.

Qu’on en finisse donc avec ces phrases belliqueuses et grandiloquentes qui dénotent la triste mentalité et la couardise de ceux qui les écrivent ou les prononcent. Ils sont ou des poltrons ou des menteurs, et s’il y avait en eux la centième partie des sentiments dont ils se vantent, ils devraient avoir la pudeur de se taire et de ne plus pousser à d’inutiles massacres, étant eux-mêmes bien à l’abri. Quand on veut la guerre ou sa continuation on va se mettre aux premiers rangs des combattants. Tous les chefs d’armées demandent du renfort.

Quant à nous, convaincus que les travailleurs seuls imposeront la paix définitive en refusant à l’avenir d’être la chair à canons, nous poursuivons notre lutte contre les dirigeants et le militarisme. Nous ne croyons pas que les gouvernants, quels qu’ils soient, veuillent ou puissent clore l’ère des guerres. Ce n’est pas dans les réunions de diplomates ou dans les parlements que se fera la sainte lutte contre les tueries internationales. Ce sont les exploités et les assoiffés de justice qui devront lever l’étendard de révolte contre la guerre et, si besoin est, suivre le conseil du poète Stockmer, en jetant bas les derniers barbares qui, dans tous les pays, font de la guerre un sport ou une industrie et recouvrent leurs crimes du manteau patriotique.

Nous considérons comme de la plus urgente nécessité d’amener les individus à comprendre qu’aucune loi au monde ne saurait les contraindre à devenir des meurtriers pour le compte d’autrui. Qu’il est beaucoup plus noble et courageux de savoir se conformer au cri de sa conscience, que de devenir un servile instrument d’oppression et de brigandage entre les mains de chefs méprisants, qui se font les exécuteurs des volontés financières.

Nous ne voulons plus de la paix par la préparation à la guerre. Nous voulons la paix par le refus des hommes de se prêter plus longtemps aux comédies patriotiques et militaires qui sont la préface de la guerre.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53