Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Rien que pour la révolution
Le Réveil communiste-anarchiste N°436 – 27 Mai 1916
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 1er janvier 2018

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Jamais, depuis août 1914, les anti-révolutionnaires n’ont autant regretté qu’il n’y eût pas de révolution. Dans les pays alliés, où la presse bourgeoise nous avait toujours donné en exemple le socialisme allemand, pour son réformisme sage, son respect de la légalité, sa soumission à tous les pouvoirs, on a tout à coup fait cette découverte aussi excellente que tardive : à savoir que le socialisme devient incompréhensible s’il n’est pas révolutionnaire. Et la social-démocratie allemande s’est vue aussi honnie qu’elle avait été louée.

De leur côté, les empires centraux qui avaient toujours adhéré les premiers aux mesures internationales de répression contre toute propagande ou action révolutionnaire, se ravisèrent de même subitement et ne cachèrent nullement leurs sympathies pour les éléments subversifs des pays "ennemis". Il ne serait pas difficile de faire la preuve qu’ils ont même cherché à les appuyer et aider matériellement.

A regarder les choses de près, il y a un regret presque universel de ce manque de révolution. Bornons-nous à le constater sans rechercher son degré de sincérité. Mais il y a plus. Il n’est pas rare d’entendre dans le bon public : Où sont les anarchistes ? Que font-ils ? Plus d’un en arrive à souhaiter leurs bombes et leurs attentats.

Prenons acte aussi de ces louables désirs, en souhaitant toutefois que si de tels faits venaient à se produire, les mêmes individus ne se hâtent pas de les désavouer et d’en maudire les auteurs.

Comment se fait-il que lorsque nos ennemis mêmes viennent de reconnaître la nécessité de la révolution aux moments les plus décisifs de l’histoire, les partis d’avant-garde en parlent si peu, même là où ils le peuvent ?

Prenez le second manifeste de Zimmerwald. Beaucoup de phrases plus ou moins véhémentes, mais vous y chercheriez en vain un programme révolutionnaire quelque peu précis. Et c’est pourtant l’essentiel !

Nous y lisons, par exemple : "Exigez la fin immédiate de la collaboration socialiste aux gouvernements capitalistes de guerre ! Exigez des parlementaires socialistes, qu’ils votent désormais contre les crédits demandés pour prolonger la guerre."

Et puis ? ne restera-t-il pas toujours une majorité dans chaque parlement pour voter les dépenses de guerre ? Pourquoi, d’ailleurs, courir après ceux qui nous ont quittés ? Tant pis pour eux. Est-ce peut-être pour les replacer à notre tête et marcher ainsi à de nouvelles duperies, à de nouvelles trahisons ?

Relevons aussi cette autre phrase :

Il n’y a qu’un moyen définitif d’empêcher les guerres futures : c’est la conquête du gouvernement et de la propriété capitaliste par les peuples eux-mêmes. La "paix durable" sera le fruit du socialisme triomphant.

Allons ! aux urnes, citoyens ! C’est toujours l’unique et infaillible remède. Et pourtant, en admettant même de la part des candidats socialistes un maximum de capacités et d’honnêteté, le socialisme n’enseigne-t-il pas que le pouvoir est inséparable de la propriété ? C’est donc celle-ci qu’il faut conquérir d’abord. Ce n’était vraiment pas la peine de se dire scientifiques, d’invoquer à chaque instant le matérialisme historique pour tomber dans une contradiction aussi grossière.

Aux grands maux, les grands remèdes. Nul ne contestera que le monde n’avait jamais vu de plus grands maux et de bonnes élections ne sauraient certes en être le grand remède. Il faut une affirmation de volonté autrement puissante qu’une affirmation électorale. Il faut que tout un peuple se lève pour procéder lui-même à quelques grandes réalisations, qui marquent la fin d’un horrible passé et le commencement d’une ère nouvelle.

Il n’y a pas plus de solution diplomatique que gouvernementale, étatiste que parlementaire. Si vraiment les Zimmerwaldiens veulent aboutir à un mouvement révolutionnaire tout en réservant leurs idées particulières sur la société future — il faut qu’ils s’inspirent de cette vérité, proclamée autrefois par le député socialiste belge Jules Destrée, aujourd’hui grand admirateur du cardinal Mercier : "La légalité est sans issue."

Pour que les peuples se décident à une intervention directe et efficace, il est surtout nécessaire qu’ils perdent tout espoir dans les possibilités réformistes. Nous dirons plus. Si cette intervention se borne encore à se décharger sur une assemblée de la besogne à accomplir et des mesures à prendre, nous avons à craindre, sinon un escamotage complet de la Révolution, des mesures partielles, insuffisantes, qui prolongeront la crise et en augmenteront la violence.

Les masses ont malheureusement été trop éloignées de la voie révolutionnaire. Elles ont cru à toute une série de petits efforts pratiques venant remplacer le grand effort insurrectionnel utopique. Il en est résulté leur impuissance la plus absolue le jour où les dirigeants les forcèrent malgré tout au plus grand de tous les efforts et pour la contre-révolution !

Travaillons donc fermement à créer une mentalité nouvelle. Toute proposition pouvant être interprétée dans le sens que la révolution ne s’impose pas absolument ; qu’un certain nombre de dispositions légales pourraient nous être d’un grand secours, que les institutions bourgeoises sont susceptibles de donner encore certains avantages, oui, tout cela est de nature à maintenir un état d’hésitation très dangereux, à faire retourner beaucoup de timides sous la houlette des mauvais bergers, à compromettre et retarder une solution dont l’urgence ne devrait plus être à démontrer.

Que notre devise soit donc : Rien que pour la révolution !




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53