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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La grande question – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°429 – 12 Février 1916
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 1er janvier 2018

par ArchivesAutonomies
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La guerre soulève et peut soulever les discussions les plus différentes et les plus vives, qui servent trop souvent non pas à éclairer mais à aveugler l’esprit de la masse. Elle offre, d’ailleurs, tant de motifs à tant de déviations !

Et pourtant une question bien simple et précise doit pour le monde du travail primer toutes les autres.

La guerre coûte horriblement cher. En plus des centaines de milliers de cadavres qu’elle entasse, des destructions inouïes qu’elle accomplit, elle vient de créer une dette fabuleuse, presque incalculable ! Malgré les ressources immenses dont les Etats modernes disposent, c’est la banqueroute du régime capitaliste si le travail se refuse à payer la casse.

Et pourquoi la paierait-il ? Lorsque les travailleurs ont dû quitter leurs familles et leurs occupations pour endurer les pires privations et les plus atroces souffrances, pour verser leur sang sans compter. cela ne s’est accompli qu’au nom de la défense d’un "bien commun".

La guerre terminée, il faudra pourtant le leur montrer ce "bien commun", ce prix de tant d’efforts et de victimes. Il faut qu’il existe, il doit exister, être tangible, percevable, profitable, aussitôt la paix rétablie, sans nul retard.

Malheur aux pauvres s’ils laissent aux riches le temps de se ressaisir, de se retourner, de rétablir telle quelle leur ancienne domination, aggravée par tous les maux de la guerre, sans exiger un règlement de comptes prompt et définitif !

Il n’y a pas d’illusions à se faire. Les peuples qui de toutes les richesses créées par eux ne possèdent rien, se verront au surplus écrasés par une dette de centaines de milliards engloutis par la boucherie. C’est eux qui auront à suer les intérêts fabuleux et dépassant déjà de beaucoup tous les budgets militaires d’avant la guerre additionnés, et dont la charge paraissait déjà avec raison insupportable.

Atroce ironie ! le "bien commun" que tous les gouvernants montreront aux rescapés sera la dette publique atteignant des chiffres fantastiques. Les impôts augmenteront, la vie renchérira, la main-d’œuvre sera pressurée, plus qu’elle ne l’a jamais été !

Les niais qui nous parlaient de guerre de révolution comprendront-ils que celle-ci n’est certes pas dans la guerre elle-même, mais doit être voulue contre tous les oppresseurs et tous les exploiteurs dans chaque pays ?
Eh bien, pour que le travail n’ait pas à supporter pendant de longues années la dette formidable de la guerre, où prendra-t-il la richesse non seulement pour s’en débarrasser, mais pour trouver une compensation — qui lui est bien due !— à l’énorme dépense de vies et d’énergies qu’il a fallu consentir ?

La grande question qu’il faut d’ores et déjà poser aux foules est celle d’une expropriation en proportion précisément avec les richesses gaspillées par le militarisme en action.

Il est bon de rappeler aujourd’hui que l’une des grandes causes de la Révolution française résida dans le fait que la bourgeoisie ne voulut pas se laisser écraser par la banqueroute financière de l’ancien régime. Elle réclama d’abord un parlement pour voter et répartir l’impôt avec un gouvernement responsable, mais cette mesure s’étant montrée insuffisante, elle déclara biens nationaux les biens du clergé et procéda à une vaste expropriation.

Avec quels biens allons-nous réaliser le "bien commun" promis aux défenseurs de toutes les patries ? Quelle propriété allons-nous déclarer commune ? Comment préparer les voies et les moyens à notre expropriation ?
Voilà la question que tous les révolutionnaires doivent soulever et agiter au milieu des déshérités. Il n’y en a pas de plus urgente et de plus importante.

La fatigue, le dégoût, le mécontentement s’étendent de plus en plus. Les pauvres gens en ont assez de sang et de misères. Il faut grouper toutes les bonnes volontés, les forces dispersées, pour que les peuples n’acceptent pas sans autre leur triste destinée.

L’heure d’agir et de réagir va sonner. Au véritable héroïsme, volontaire et conscient, de s’affirmer. Il faut retenir l’humanité au bord de l’abîme, pour la ramener sur la voie de la fraternité et de la justice.

Les peuples expient tous les hideux rêves de suprématie et de domination de leurs maîtres, auxquels ils ont servi d’instruments dociles dans leur ignorance et leur aveuglement.

Mais la voix de la solidarité, qui est la voix même de la vie va s’élever toute puissante. Elle demande que la richesse ne continue pas à être l’enjeu de perpétuelles luttes, mais devienne la garantie du bien-être de tous.

Vive la paix par le communisme !




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