Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Le salut est en nous
Le Réveil communiste-anarchiste N°428 – 29 Janvier 1916
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 1er janvier 2018

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Nos lecteurs connaissent sans doute le dernier manifeste lancé par le Parti socialiste français, à la suite de son congrès, tenu à la veille de Noël.

Parmi les réponses allemandes que nous avons lues, nous croyons devoir relever celle de la Dresdener Volkszeitung pour quelques remarques importantes. Ce journal écrit :

Cette résolution provoquera chez les camarades allemands de grands regrets. Il en résulte clairement que les socialistes français ne sont pas prêts à intervenir à la façon de la social-démocratie allemande, pour une paix prochaine. Ils maintiennent la revendication de l’annexion de l’Alsace-Lorraine à la France. En la maintenant, ils laissent absolument hors de discussion le fait que l’Alsace-Lorraine possède une population en grande majorité allemande et qu’en raison du principe des nationalités, auquel ils font eux mêmes appel dans leur résolution, elle appartient à l’Allemagne. Mais avant tout, les socialistes français devraient reconnaître que la fin de la guerre s’éloigne à perte de vue. L’Alsace-Lorraine, à l’heure présente, est encore solidement tenue par l’Allemagne. Les socialistes français ne peuvent donc pas croire qu’un Etat, à la conclusion de la paix, cédera des territoires qui n’ont pas été conquis par l’adversaire. Et un changement des circonstances actuelles, sur le terrain militaire, est très invraisemblable.

Disons d’abord, sans prétendre le moins du monde défendre les socialistes français — loin de là ! — que la social-démocratie allemande ne peut avant tout et surtout regretter qu’une chose : ce qu’elle a fait elle-même depuis le début de la guerre. Mais, cela dit, il y a évidemment du bien fondé dans le raisonnement du journal allemand sur l’Alsace-Lorraine.

Nous allons scandaliser quelques niais qui s’écrieront :

— Reconnaissez-vous donc la légitimité de la domination allemande sur l’Alsace-Lorraine ?

Non, aucune domination n’est légitime pour nous, et nous constatons seulement une fois de plus qu’il n’y a pas de solution étatiste pour le problème des nationalités. Et cette opinion était déjà celle de Bakounine il y a un demi-siècle.

Continuons :

Dans la résolution on répète aussi l’affirmation, si souvent proclamée dans les Etats ennemis, que le militarisme prussien doit être anéanti. La social-démocratie allemande a toujours combattu très énergiquement ce qui fut mauvais dans le système militaire de l’Allemagne et nous continuerons dans l’avenir à faire, sur ce point, notre devoir.

Comme quoi le cataclysme de la guerre n’a pas modifié sensiblement les opinions ! La social-démocratie allemande ne veut continuer qu’à combattre ce qu’il y a de "mauvais" dans le système militaire, car il y a, paraît-il, aussi du "bon" et en proportion beaucoup plus grande que le "mauvais", car autrement il faudrait parler de sa suppression ! A remarquer que du côté français, on est à peu près du même avis. Celle-ci doit être la dernière des guerres, mais un certain militarisme n’en continuera pas moins à être nécessaire. Et comme il ne sera que la prolongation et le développement de celui que nous voyons si bien à l’œuvre présentement, les perspectives d’avenir ne sont pas roses.

Ce n’est pas tout. Écoutons la suite du raisonnement :

Mais actuellement, pendant la guerre, le peuple allemand, qu’on le veuille ou non, est lié dans une sorte de communauté de destin inséparablement à ce que nos camarades français nomment le militarisme prussien. L’écrasement des armées allemandes, qui est aussi le but de nos camarades français, constituerait un grave danger pour le peuple allemand. Il aurait peut-être pour conséquence la dévastation du pays et une paix qui imposerait à la masse du peuple allemand les charges les plus lourdes et les souffrances les plus cruelles. Nos camarades français peuvent-ils nous garantir qu’il suffirait aux gouvernements capitalistes de France et d’Angleterre, et au gouvernement despotique de la Russie, après avoir vaincu les armées allemandes, que le militarisme prussien, que l’on prétend si dangereux, ne fût plus nuisible, que ces gouvernements n’imposeraient pas à l’empire allemand des conditions onéreuses à la grande masse du peuple ?

Ces lignes ont provoqué l’indignation de quelques francophiles, qui y ont vu nous ne savons quelle énormité. Pour nous, elles traduisent exactement la situation d’un côté comme de l’autre, aussi longtemps qu’on se place à un point de vue étatiste.

Ou envisager une profonde révolution par la transformation radicale des bases économiques de la société toute entière, ou les peuples salariés et militarisés ne peuvent que se solidariser avec leurs exploiteurs et leurs massacreurs.

Les diverses oppositions qui se sont fait jour jusqu’à présent dans différents pays ne visent en somme qu’à soulager un peu la masse du formidable fardeau de la guerre, pour lui permettre une résistance plus longue.
Et c’est tout.

Quant à la fameuse victoire sur le militarisme allemand, sans révolution, elle ne pourrait évidemment signifier que "les charges les plus lourdes et les souffrances les plus cruelles" pour la masse du peuple allemand, et c’est pourquoi nous n’y souscrivons pas. Il faut vraiment avoir perdu ce sens des réalités, dont quelques-uns de nos critiques se targuent si volontiers, pour ne pas le comprendre.

La situation demeure tragique et sans issue, parce que les peuples persistent à attendre et à demander aux gouvernements une solution ne pouvant résulter que de leur action directe.

Le spectacle de l’emploi le plus large de toutes les forces des plus grandes puissances du monde n’aboutissant à rien après tant d’immenses efforts, ce spectacle, disons-nous, prouve que si l’Etat est un formidable instrument de destruction et de mort, son organisme ne se prête pas au développement et au progrès de la vie.

La catastrophe actuelle apparaît comme la plus grande de toutes, précisément parce que l’Etat n’avait jamais laissé aussi peu de forces libres. Mais l’excès du mal imposera peut-être le remède, car la vie finit toujours par reprendre le dessus .Le gaspillage accompli n’en sera pas moins irréparable.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53