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Les socialistes et la guerre
Le Réveil communiste-anarchiste N°425 – 18 Décembre 1915
Article mis en ligne le 5 janvier 2018
dernière modification le 30 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Conscience ministérielle.

Sous ce titre, le Parti social-démocrate de Roumanie a publié dans une brochure une lettre de son délégué au Bureau socialiste international, C. Racovski, en réponse à une autre lettre de Charles Dumas, ancien député, chef de cabinet de Jules Guesde.
Nous ne parlerons pas de cette dernière. Elle expose les arguments habituels en faveur des Alliés et affirme la nécessité pour l’univers entier d’intervenir à leurs côtés. Bornons- nous à citer cette affirmation qui termine la lettre : "Nous avons conscience d’avoir été fidèles à nos traditions révolutionnaires et à nos espérances socialistes. La conscience du ministre et de son chef de cabinet nous paraît plutôt étrange, mais la guerre n’est-elle pas avant tout un bouleversement de consciences ?"

Intérêts et principes.

Passons sans autre à M. Racovski, qui, lui, prétend nous exposer le vrai socialisme révolutionnaire et tâchons de bien établir en quoi il consiste.
Tout d’abord, il reproche à Dumas d’avoir employé "ce terme nouveau dans le langage de nos discussions : l’intérêt socialiste, différent des principes socialistes, et même en contradiction avec ces principes."
Racovski se trompe évidemment. Toutes les publications socialistes ne parlent que d’intérêts ; il est bien parfois question de principes, mais le rôle prépondérant est toujours laissé aux intérêts, au nom du... matérialisme historique et des nombreux arrivistes à satisfaire.
Cette question de mots n’a, d’ailleurs, qu’une importance relative ; venons aux faits.

Un ballottage.

Racovski écrit :

Je puis admettre qu’en faisant ce que l’Humanité a appelé la trêve des classes et ce que les socialistes allemands ont appelé, chez eux, la paix civile, vous avez eu les meilleures intentions socialistes, et que vous ayez cru défendre les vrais intérêts du socialisme, mais il n’en reste pas moins vrai qu’aujourd’hui, comme à un ballottage quand le candidat socialiste, ayant obtenu moins de voix s’efface devant le candidat de la fraction bourgeoise la plus avancée, le parti socialiste français s’est effacé devant l’impérialisme français aux prises avec l’impérialisme allemand.
Voilà le fait incontestable.

Comme quoi notre "révolutionnaire" fait de la guerre elle-même une sorte de question électorale.
Acceptons son analogie. Il y avait ballottage entre Guillaume Il et Poincaré et il fallait continuer à voter... non, à se battre pour le socialisme, puisque les fusils avaient remplacé les bulletins de vote.
Ce raisonnement est trop simple, pour qu’il puisse être celui d’un "scientifique". Nous le verrons bien plus loin.

Ministérialisme socialiste.

Racovski voit l’"abdication du parti socialiste" précisément dans l’entrée de deux camarades socialistes dans le ministère Viviani. La question est ainsi singulièrement rapetissée, d’autant plus qu’il rappelle lui-même que la résolution de Kautsky, votée au Congrès international de Paris en 1900, "autorisait, dans des circonstances exceptionnelles, l’entrée des socialistes dans un ministère bourgeois". Et par "circonstances exceptionnelles", Kautsky entendait précisément "l’hypothèse d’une guerre d’invasion".
Il n’y a donc plus rien à dire, si ce n’est que les guesdistes avaient combattu la résolution de Kautsky. Mais l’inconséquence personnelle de Guesde mise à part, la doctrine aurait reçu sa juste application.

Ni oui ni non.

Eh bien, non ; voyez plutôt :

Au lendemain du vote de la résolution de Kautsky, Jaurès s’était empressé de triompher dans la Petite République et ceci malgré la consigne formelle qui interdisait aux socialistes français de se servir de la résolution de Kautsky comme d’une arme, dans leurs luttes intestines. D’après le texte même de la résolution celle-ci ne pouvait pas être interprétée comme la justification d’une tactique quelconque.

Admirons ce procédé. Il y a une question qui passionne et divise ; au lieu de la résoudre nettement, il est décidé que l’équivoque sera maintenue.
Que de fois n’avons- nous pas entendu des appels vibrants à l’union des socialistes de toutes les écoles pour combattre l’ennemi commun ! Eh bien, nous aimons trop la clarté et la droiture pour jamais adhérer à une union qui signifie confusion, comme celle dont nous venons de donner un exemple typique.

Le pire ministérialisme.

A Amsterdam, en 1904, Jaurès avait pris le matin plaisir de rétorquer très adroitement le raisonnement de Kautsky :

Lorsque j’ai entendu le citoyen Kautsky répéter qu’il acceptait la possibilité de la participation des socialistes dans le gouvernement central en cas de péril national, je me demandais si le ministérialisme devenait orthodoxe, à condition d’être compliqué de nationalisme et s’il était excusable pour un prolétaire de sacrifier la lutte des classes pour collaborer à la défense de cette même patrie, qui était administrée et surtout exploitée par la classe bourgeoise. Je me demandais si la liberté politique, la liberté individuelle, la possibilité d’organiser le prolétariat n’était pas pour le prolétaire d’un intérêt tout aussi essentiel que la Patrie. Et je sens que, dans certaines circonstances, je ne pourrais pas suivre jusqu’au bout le ministérialisme nationaliste de notre camarade.

Nul doute que si Jaurès avait vécu, il aurait accepté d’entrer dans le ministère Viviani. Mais son argumentation n’en garde par moins toute sa valeur. De tous les ministérialismes le pire est sans doute celui compliqué de nationalisme.
Nous sera-t-il permis d’ajouter pour quelques anciens anarchistes, oublieux de leurs principes, que de toutes les coopérations étatistes la pire est celle à caractère nationaliste ? Et que demain leur antiparlementarisme pourrait être combattu avec la même logique employée par Jaurès contre l’antiministérialisme ?

Résolution inobservée.

Tout cela ne nous dit pas encore d’une façon précise ce que le socialisme devait faire et ce qu’il ne devait pas faire dans les circonstances actuelles.
Racovski rappelle la résolution de Bâle complétant celle de Stuttgart, dont il donne le texte français, corrigé de la main de Jaurès :

Si une guerre menace d’éclater, il est du devoir de la classe ouvrière dans les pays concernés, il est du devoir de ses représentants dans les parlements... de déployer tous leurs efforts pour empêcher la guerre, par tous les moyens qui leur paraîtront les mieux appropriés et qui varient, naturellement, selon l’acuité de la lutte des classes et l’état de la politique générale. Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, c’est leur devoir de s’entremettre pour la faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique, créée par la guerre, pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter ainsi la fin de la domination capitaliste.

Cette dernière décision est celle que nous voudrions surtout voir appliquer, mais, hélas ! tous les partis socialistes officiels, sans distinction, ne paraissent nullement s’en soucier ! Malgré tout, nous avons quand même à poursuivre une telle tâche révolutionnaire.

Le devoir d’être soldat.

Comment fallait-il, enfin, entendre la résolution de Bâle ? Voici la réponse :

Il est inutile de dire que l’Internationale, en votant cette résolution, n’a pas entendu imposer aux partis socialistes des pays belligérants ni la grève générale, ni la désertion, ni aucun des moyens de sabotage de la défense nationale. On ne songea pas un seul instant que cette résolution nous conseillait de faire du "tolstoïsme" devant l’ennemi menaçant notre sol. Ce que la résolution de Stuttgart-Copenhague-Bâle imposait, mais d’une façon impérieuse, aux socialistes des pays en guerre, c’est de ne pas aliéner ce qui leur reste de liberté de pensée et d’action, tout en faisant leur devoir comme soldats.

Ce n’est pas nous qui soulignons. A la bonne heure ! Voici nettement confirmé ce que nous n’avons jamais cessé de répéter, à. savoir que le socialisme tout en se déclarant opposé à la guerre faisait un devoir, si elle venait à éclater, d’y participer sur l’ordre même de ses propres oppresseurs. Le doute n’est plus possible. Les travailleurs s’entretuent aujourd’hui par devoir "socialiste" aussi bien que "nationaliste". La soi-disant Internationale a renié à l’avance insoumis, déserteurs et révoltés.
Pourquoi alors parler de deux socialismes, puisque sur la question essentielle il y a unanimité ? Nous le verrons plus loin.

Toujours l’équivoque !

Racovski parle ensuite des origines de la guerre et des responsabilités, pour prouver que celles-ci ne sont pas d’un seul côté. Il ajoute que "certains militants socialistes, au courant de la politique extérieure, manifestaient pour le système des alliances sinon de la sympathie, au moins de la tolérance car ils y voyaient une garantie de paix. Il rappelle les paroles de Jaurès : "Qui dit alliance, dit un commencement de classement, un commencement d’ordre." Ordre bourgeois, sans doute.
Le même Jaurès avait répondu affirmativement à la demande d’Andrea Costa s’il était de l’intérêt de la paix que l’Italie continuât à rester dans la Triple Alliance.
Les socialistes se sont souvent plu à railler les pacifistes bourgeois, mais la possibilité d’une révolution écartée, ils ne pouvaient que les imiter. A Zimmerwald, encore, lorsque la proposition a été formulée de "préciser l’action pour la paix par les moyens mêmes à adopter, cette action ne pouvant avoir pour but unique d’arriver à la paix et devant être en même temps une lutte révolutionnaire contre le capitalisme", il a été décidé à nouveau... de n’en rien faire. Et alors ? L’équivoque, toujours l’équivoque.

Egorgez-vous !

Maintenant, voici les arguments pour lesquels les socialistes doivent accomplir "leur devoir comme soldats".
Engels écrivait :

Si la République française se mettait au service de Sa Majesté l’autocrate de toutes les Russies, les soldats allemands seraient forcés de lutter contre elle aussi. Vis-à-vis de l’Empire allemand, la République française peut représenter la Révolution bourgeoise. Mais, vis-à-vis de la République de Constant, Rouvier et même de Clemenceau et surtout vis-à-vis de la République qui travaille pour le tzar russe, le socialisme allemand représente la révolution prolétarienne.

Admirez ce bafouillage. Engels reconnaît implicitement que l’Empire allemand n’a pas encore accompli sa révolution bourgeoise ; mais les socialistes qui se font tuer pour lui et pour lui seulement, représentent quand même la révolution prolétarienne !
Racovski ajoute à cette citation :

Incontestablement, le socialisme français peut tenir, avec plus de raison encore, un langage analogue. "En face de la social-démocratie allemande, la République de M. Poincaré peut représenter l’alliée de la Russie, mais le féodalisme allemand, en face du socialisme français, représente la contre-révolution."

Conclusion : "Prolétaires de tous les pays, égorgez-vous !" Ce n’est point là une boutade de notre part — nous n’avons pas le cœur à en faire — mais la conclusion rigoureusement exacte du "socialisme scientifique".

Question de dosage.

S’il en est ainsi, que peut bien reprocher Racovski à Guesde ? Il s’agit d’une question de "dosage" formulée ainsi :

Tant que la bourgeoisie détient le pouvoir et peut déclencher cet appareil formidable, qui s’appelle la mobilisation et la guerre, elle possède la faculté de mettre le prolétariat entre deux feux, entre deux dangers, entre deux pièges : s’unir à l’ennemi intérieur contre celui du dehors et abdiquer ainsi son indépendance de classe et aliéner sa liberté d’action, ou refuser de marcher à la guerre et devenir ainsi le complice indirect de l’ennemi extérieur.
Dans leurs délibérations, nos congrès nationaux et internationaux ont envisagé le problème sous ses deux aspects et en rejetant tous les moyens qui pouvaient jeter le prolétariat dans une extrémité — en rejetant par exemple la grève générale, quand elle ne peut pas être proclamée dans tous les pays belligérants, — ils ont laissé à l’appréciation du parti socialiste, dans chaque pays, le choix de la meilleure tactique, pour tenir le prolétariat à la même distance des deux pièges, des deux dangers ; une tactique qui constituerait le dosage le plus juste entre les deux nécessités : la défense du socialisme contre l’ennemi extérieur et sa défense contre l’ennemi intérieur.

Quelle habileté et quelle sagesse ! Malheureusement pour notre alchimiste, il y a des "devoirs" qui se contredisent et s’éliminent réciproquement, excluant ainsi tout dosage.
Comment concilier le fait de l’obéissance absolue exigée du soldat avec l’opposition à ses propres chefs ? Et puis cette opposition ne devant s’exercer que de façon à ne pas nuire à la défense du pays, à la servir même, ne favorisera-t-elle pas forcément aussi l’ennemi de l’intérieur ? La collaboration pour la guerre nettement acceptée, pourquoi s’interdire de participer à sa direction et à son contrôle ?
Mettre sa vie et ses biens à la disposition pleine et entière d’un pouvoir et prétendre ensuite le battre en brèche, c’est bien le comble de l’absurdité.
La tactique révolutionnaire ne se différencie de l’autre que par le souci de sauver les apparences et rien de plus.
Il fallait marcher et se donner entièrement, mais désavouer sa propre action et s’en déclarer irresponsable ! Ne serait-ce pas là de l’hypocrisie ?

La vraie tactique.

Voter contre le budget a toujours été considéré par le socialisme parlementaire comme l’acte "révolutionnaire" par excellence. Et le plus grand reproche fait aux socialistes d’Allemagne et d’ailleurs est celui d’avoir voté les crédits pour la guerre. Mais comment ? Le devoir d’être soldat bien établi, chaque soldat et l’armée tout entière doivent être nourris, logés, équipés et armés le mieux possible. Certes, les socialistes ne voudraient pas qu’il en fût autrement, et alors ?
Ecoutons Racovski :

Je rejette la justification banale des partis socialistes des pays belligérants prétextant que les nécessités de la défense nationale priment toutes les autres. Hildebrand est d’opinion que si les socialistes allemands n’avaient pas voté les crédits, il se serait produit un tel découragement dans les rangs des soldats que l’Allemagne aurait été battue. Que d’exagérations puériles !
La vraie tactique socialiste n’aurait pas compromis la défense nationale.

La vraie tactique ne représente qu’une fausseté et rien de plus. Continuons :

Dans notre propagande nous avions déjà préparé le prolétariat pour une pareille tactique : être contre la guerre, mais aussi contre le sabotage de la défense nationale.

Mais cette défense veut des crédits et les lui refuser, c’est chercher à la saboter, tout en continuant à patauger dans l’équivoque.

Chancelier et socialistes.

Mais voici le bouquet :

Le vote des crédits qui rompait brutalement la continuité et l’unité d’action du socialisme international et qui a créé dans la conscience du parti une fissure par laquelle s’est introduite peu à peu tout une mentalité anti-socialiste, n’était pas un acte d’intérêt socialiste ou national. La meilleure preuve, c’est qu’en Allemagne, nous le tenons d’une source certaine, le chancelier lui-même admettait, quelques jours avant la convocation du Reichstag, dans une conversation avec Haase, que les socialistes ne voteraient pas les crédits et que leur conduite logique était de s’abstenir. Pourquoi donc tant de zèle nationaliste ? Quels en sont les motifs ?

C’est nous qui soulignons.
Voilà donc M. Bethmann-Hollweg — et avec lui, sans doute, le kaiser, son maître — se préoccupant de laisser à la conduite des socialistes une logique, dont ceux-ci ne se soucient guère.
Et que penser de notre "révolutionnaire" persistant à voir dans ce fait de ne pas voter les crédits, l’unité et la continuité d’action du socialisme international, quelque chose d’essentiel en somme, alors que M. le chancelier y avait consenti aussi !
L’opposition est une des nécessités mêmes du parlementarisme ; en effet, là où elle vient à manquer son inutilité et sa tromperie, paraissent par trop évidentes. Et que peut bien signifier une opposition au militarisme après avoir proclamé le devoir d’être soldat !

Un effondrement.

Mais quels sont donc les motifs du zèle nationaliste de la députation socialiste allemande ? Écoutons la
réponse :

Il doit en exister de bien sérieux ; il en existe, sûrement, mais ils sont d’une nature bien opportuniste. Ce n’est pas la peur de l’ennemi extérieur, mais la peur de perdre des électeurs, dont la mentalité était façonnée par la presse jaune, la peur — je parle ici de l’Allemagne — de voir les organisations matées, les caisses confisquées, les journaux suspendus, la vie du mouvement syndical et du mouvement politique paralysée, qui créa ce malheureux courant guerrier. Toute la campagne du révisionnisme allemand désirant la collaboration des classes, servit à préparer le terrain.
A cela il faut ajouter, pour l’Allemagne toujours, ce qu’on a appelé : le caporalisme, sentiment opposé à une véritable démocratie. Le parti social-démocrate allemand, malgré un travail de géant d’un demi-siècle, ne pouvait remplacer ce que l’histoire faisait, ailleurs, par ses révolutions. Le peuple allemand reste, dans le fond de son âme, encore imbibé du culte de la force.

Hélas ! le peuple allemand n’est pas seul à avoir le culte de la force et l’application du caporalisme a très bien marché dans les pays latins aussi, à tel point que nous sommes restés presque seuls dans notre opposition.
Mais nous voilà bien vengés. Dans nos critiques les plus indignées, nous n’avons jamais été aussi loin que ce délégué au Bureau socialiste international. Quel effondrement !
Les fortes caisses, les puissantes organisations, les journaux à grand tirage, les institutions de toutes sortes tant vantées, autant de causes de faiblesse, leur valeur même augmentant les risques à courir ! Risques imaginaires, d’ailleurs, puisque M. Bethmann-Hollweg consentait à se passer du vote des socialistes pour les crédits !
Il ne reste plus que "la peur de perdre des électeurs", ces fameux électeurs socialistes dont on vantait, d’autre part, l’éducation politique, la "conscience de classe" la discipline, l’instruction et le reste !
Les résultats du "travail profond, sérieux, immense" du centralisme nous ont ainsi été révélés à la lumière des événements et quels événements ! Il serait cruel d’insister.

Les deux socialismes.

Racovsky nous parle d’autres questions intéressantes, sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir.
Bornons-nous à ajouter pour aujourd’hui que nous n’acceptons point sa conclusion.
En s’adressant aux socialistes français, il affirme l’existence de deux socialismes en ces termes :

C’est ainsi que les députés socialistes serbes et les députés socialistes russes ont refusé de voter les crédits de guerre, et que le contraire est arrivé en France.
Entre leur tactique et la vôtre, il y a plus de différence qu’entre la vôtre et celle des socialistes allemands. Donc, nous ne sommes pas en présence de deux tactiques, mais en présence de deux socialismes.

Voyons. Les socialistes de tous les pays sont d’accord sur le devoir d’être soldat et de défendre son Etat.
Ils le sont aussi pour certaines protestations : contre les vols des fournisseurs militaires et des accapareurs, contre les abus de la censure, contre l’insuffisance des subsides et des pensions aux familles des combattants, contre la suppression de certaines libertés publiques,. contre la baisse des salaires, etc.
Toute la différence se réduit en somme à l’attitude parlementaire, au rôle d’opposition plus ou moins ouverte à jouer à la Chambre, à l’acceptation ou au refus d’un ou plusieurs portefeuilles ministériels, à quelques votes négatifs en contradiction formelle avec la soumission enseignée à la masse.
Franchement, nous ne voyons toujours que le même socialisme étatiste, réformiste et légalitaire, avec un souci plus ou moins grand de sauver certaines apparences et rien de plus.
Il y a bien un autre socialisme, mais il vise à la destruction de l’Etat, enseigne aux individus à se soustraire au "devoir militaire", refuse absolument de confondre la cause du travail avec celle de n’importe quel capitalisme, préconise la rébellion contre toute loi et toute-autorité, réclame l’indépendance la plus complète de tous et de chacun, veut détruire toute exploitation de l’homme par l’homme et toute contrainte, pour bâtir la cité du libre accord dans l’égalité, le bien-être et la fraternité.
C’est notre socialisme : l’Anarchie !
En tous cas, des hommes qui se réuniraient à nouveau eu se réclamant de l’Internationale, et se réserveraient toujours de s’entre-tuer aussitôt l’ordre donné par les classes dirigeantes, ne feraient que ressusciter une ancienne tromperie.




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