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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°49 – 5 février 1870
Article mis en ligne le 30 janvier 2018
dernière modification le 28 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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L’INSTRUCTION PUBLIQUE (suite)

Appliqués à l’éducation, nos principes de liberté et d’égalité garantissent à tous les enfants des deux sexes les moyens de faire éclore spontanément leurs facultés naturelles, de découvrir leurs vocations particulières, de développer leurs aptitudes spéciales et de les utiliser pour eux-mêmes et pour la société dont ils font partie.
Les procédés que nous avons indiqués sont la réalisation de ce que, dans le programme du parti socialiste, on a appelé l’instruction gratuite et obligatoire.

Différentes objections y ont été faites au double point de vue de la liberté et de l’égalité.
D’une part, on proteste au nom de la liberté du père de famille.
D’autre part, on oppose l’énormité des dépenses que nécessiterait une semblable organisation de l’enseignement public.

Pour les adversaires de mauvaise foi, l’intérêt du père de famille n’est qu’un prétexte. Ils ne réclament sa liberté que parce qu’ils espèrent la faire servir à leur odieuse domination. On sait ce qu’ils font de cette liberté quand elle ne leur profite pas ; le fait du petit Mortara est devenu célèbre, moins encore par son importance particulière que par sa signification générale ; et les rapts nombreux de jeunes gens enlevés chaque jour à leurs familles révèlent le but des hypocrites qui ont l’impudence de parler au nom d’une épouvantable divinité.
A ceux qui revendiquent sincèrement les droits de la puissance paternelle, nous répondrons ce que nous avons déjà dit : C’est que le père n’est pas propriétaire de ses enfants, il ne peut disposer arbitrairement ni de leurs personnes, ni de leurs biens ; et en matière d’instruction, la loi ne lui reconnaît d’autres droits que ceux qui lui sont nécessaires pour qu’il puisse accomplir les devoirs de protection que la nature lui impose.

La liberté du père de famille, vis-à-vis de ses enfants, consiste à pouvoir satisfaire les sentiments d’amour paternel.
Or, les moyens d’éducation que nous proposons lui permettront de jouir de ces sentiments dans toute leur plénitude, sans les voir empoisonner par les douleurs actuellement inséparables de la paternité dans notre vieille société d’injustices et de misère.
Aujourd’hui, il n’est pas un père qui ne s’estimât heureux s’il pouvait obtenir pour son fils la faveur ardemment ambitionnée de ce qu’on appelle une bourse dans un établissement d’instruction publique. Qui donc oserait se plaindre si cette faveur devenait un droit commun à tous ?
Ceux-là seuls feraient entendre des plaintes, qui, en possession d’un premier privilège, celui de la richesse, prétendraient en user pour imposer à leurs enfants une direction arbitraire, despotique ; mais ces réclamations ne seraient pas légitimes, et bien loin d’y avoir égard, la société protectrice des droits de chacun de ses membres, surtout des faibles, doit garantir l’enfant contre les abus de l’autorité paternelle.

Quant à la question des dépenses, elle ne nous embarrasse nullement.
Lorsque nous aurons à étudier le système financier qui convient au régime démocratique, nous examinerons à l’aide de quels moyens, à la fois équitables et féconds, la République pourvoira aux dépenses nationales.
Or, parmi ces dépenses, les plus utiles, les plus urgentes sont incontestablement celles qui ont pour objet de former des citoyens, principe et fin de toute organisation sociale ; celles qui sont destinées non à réprimer, mais à prévenir le mal, non à soudoyer une multitude de parasites, vampires qui dévorent la substance humaine, non à alimenter le luxe de nos oppresseurs, qui tarissent les sources de la richesse, – mais à faire croître les forces personnelles, de manière à fournir à l’activité humaine les instruments sans lesquels cette activité serait inerte ou subversive et en tout cas improductive.

Même avec le régime financier actuellement en vigueur, il suffirait de changer la destination d’une partie des recettes pour fournir à l’instruction publique des ressources qui permettraient d’organiser, dès le lendemain de la Révolution, les établissements dont nous avons parlé.
La France emploie chaque année plus du tiers de son budget à entretenir une armée et une marine non-seulement inutiles au pays, mais encore très nuisibles puisqu’elles enlèvent au travail productif la partie la plus vigoureuse et la plus intelligente des populations ; elle paie à une foule d’individus, qui la traitent en pays conquis, des sommes fabuleuses pour leur fournir leurs moyens de compression et de domination, pour alimenter leur luxe et pourvoir à leurs plaisirs.
Si l’on consacrait à l’instruction publique les milliards absorbés par les armées permanentes, par ce qu’on appelle les dignitaires de l’Etat, par la police politique et par tant d’autres institutions nuisibles, on n’éprouverait aucune difficulté pour établir la gratuité de l’enseignement.




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