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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Question sociale - Millière
La Marseillaise N°48 – 4 février 1870
Article mis en ligne le 30 janvier 2018
dernière modification le 28 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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L’ÉGALITÉ DANS L’ENSEIGNEMENT (suite)

L’éducation est le droit de tous.
Ce droit, le premier, le plus important, appartient à chaque enfant, en sa seule qualité d’être humain.
La société générale doit donc en garantir la jouissance à tous ses membres, sans exception.

La famille domestique est le premier foyer de l’éducation.
Tant que l’enfant a besoin de l’allaitement et des autres soins maternels, il ne doit être confié à des mains étrangères que dans les cas où, pour une cause quelconque, la mère est dans l’impossibilité absolue de lui donner utilement ses soins.
Dans ces cas exceptionnels, la famille sociale doit y suppléer.
A cet effet, chaque commune doit posséder des établissements dans le genre de ce qu’on appelle aujourd’hui les crèches et les salles d’asile.

On sait quelle sollicitude les vieillards portent à la première enfance. C’est qu’il y a beaucoup de rapports entre les deux âges extrêmes. Quand l’homme a dépassé la période active de son existence, il se sent inférieur à ceux qui lui doivent la vie, mais il retrouve sa supériorité sur la génération suivante, qui n’a pas encore atteint l’âge viril, et il s’attache aux petits enfants de toute la force des services qu’il peut encore leur rendre.
Les anciens de la commune utiliseront donc encore leurs jours de repos pour leur propre satisfaction autant que pour le bien être des enfants.

Vient ensuite l’âge de l’instruction élémentaire proprement dite.
Dans chaque commune, la République provoquera la création d’un vaste établissement, divisé en deux parties distinctes et séparées pour chacun des deux sexes.
Construits dans des proportions grandioses, disposés de façon qu’ils puissent satisfaire à toutes les conditions hygiéniques, enclavés dans des cours boisées, au milieu de vastes jardins, ces établissements renfermeront les classes, les bibliothèques, les collections utiles à l’enseignement primaire des lettres, des sciences et des arts : ils contiendront des ateliers industriels, des écoles pratiques d’horticulture et d’agriculture, où tous les enfants pourront se livrer selon leurs goûts, à des exercices qui seront pour eux des jeux et à la fois des excitants à l’éclosion des vocations professionnelles.

L’instruction primaire est reçue par l’enfant à l’âge où il a encore besoin de la tendresse paternelle, et surtout des caresses maternelles. Aussi, donnée dans le sein de la commune, sous les yeux des parents, elle ne sera pas une cause de séparation des membres de la famille, au moment où ils ont le plus besoin d’union.
Mais les enfants qui, à défaut de famille ou pour toute autre cause, ne pourront pas trouver au foyer domestique les conditions d’une existence convenable, recevront dans les établissements communaux, sous la protection de l’administration municipale et la surveillance officieuse de tous les habitants, les choses nécessaires à tous les besoins de la vie, de même et beaucoup mieux que les enfants des riches ne peuvent en jouir dans leurs pensions actuelles.

Quand ils auront terminé leur éducation primaire, les jeunes gens seront internés dans des établissements beaucoup plus vastes encore, disposés sur des sites choisis au centre de circonscriptions comprenant plusieurs communes, et en raison de la population.
Ils trouveront dans ces établissements, les moyens de satisfaire aux exigences de la vie matérielle, et aux conditions de l’instruction secondaire, afin de compléter leur éducation en perfectionnant les facultés qui se seront manifestées et qui pourront encore se révéler en eux par l’étude à la fois théorique et pratique de ce qui conviendra au goût de chacun dans les différentes branches de l’activité humaine.
Ces établissements secondaires seront constitués sous les différents rapports littéraires, scientifiques, artistiques, industriels et manufacturiers, horticoles et agricoles, de telle sorte que chaque élève puisse y recevoir une véritable éducation professionnelle.

Enfin, les instituts d’enseignement supérieur et spécial seront organisés dans de plus grands centres de divisions territoriales, toujours selon les besoins des populations, ainsi qu’il en existe déjà à Paris et dans les chefs-lieux universitaires.

Dans ces établissements primaires, secondaires, professionnels et supérieurs, tous les élèves trouveront gratuitement ce qui sera nécessaire aux besoins matériels et intellectuels de chacun d’eux, et ils y puiseront librement ce qu’exigeront leurs goûts particuliers et leurs aptitudes spéciales.
Le rôle des professeurs se bornera :

A enseigner les connaissances humaines ;
A chercher à deviner, à découvrir les facultés qui se révéleront en chaque élève.
Et à en faciliter le développement sans exercer aucune pression sur sa volonté.
Quant au père, son devoir, mais son devoir impérieux, consiste à laisser à ses enfants la liberté de recevoir une instruction qui n’imposera aucune charge à la famille, et d’en faire l’usage qui leur conviendra.

C’est en ce sens que le programme du parti socialiste demande l’instruction gratuite et obligatoire.
Dans un autre article nous examinerons les objections qui nous sont opposées.

(A suivre)




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