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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Notre tâche – Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°417 – 28 Août 1915
Article mis en ligne le 10 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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La Cronaca Sovversiva, paraissant à Lynn, Mass. (Etats-Unis), a publié dans son numéro du 7 courant la traduction de l’article de notre camarade G. H. "Préparons l’avenir" avec une entière approbation.

Cependant, à l’affirmation contenue dans cet article : "Inutile de songer à une révolution en Allemagne" la rédaction fait suivre la note suivante :

Certes, oui, si l’on entend parler de révolution sociale, ce serait peut-être téméraire ou tout au moins prématuré. Mais la grande guerre est partout si identique, elle est un phénomène si général, si égal dans ses causes, ses caractères, ses aspirations, que d’attendre des mêmes causes les mêmes effets, c’est, pour ainsi dire, de la logique la plus élémentaire. Le malaise qui s’en suivra dans tous les pays, qu’ils soient vainqueurs ou vaincus, sera tout aussi général, et s’il devait déterminer toujours au cas des probabilités les plus positives — la révolte ou l’insurrection dans une quelconque des patries, il ne nous parait nullement douteux que l’insurrection serait générale, comme l’a été la guerre et comme le sera la misère appelée à lui succéder.

Et l’Allemagne sera entraînée à cette insurrection plus rapidement qu’aucune autre nation du fait que quarante années d’éducation nationale, de préparation et de sacrifices quotidiens au lieu de la conduire à l’hégémonie allemande sur le vieux monde rêvée, ne lui auront donné que honte, défaites et pertes.

Ce ne sera point encore la révolution sociale dans la plénitude téméraire de ses explosions définitives, et encore moins des résultats que nous en attendons. Mais ce sera toujours le fait nouveau, ce sera l’insurrection générale et contemporaine, rythmique pour la première fois dans l’histoire. Elle sera écrasée encore et d’autant plus facilement que tandis que, d’une part, la guerre aura saigné, épuisé, humilié le prolétariat jusqu’au désespoir, d’autre part, elle aura à travers le sacrifice, l’abnégation, l’héroïsme plus ou moins légendaire, restauré les fortunes, le prestige et l’inexorabilité sauvage du militarisme. N’oublions point les hécatombes de mai 1871, à la veille du jour qui les verra renouvelées sur une échelle paradoxale.
Mais l’exemple demeurera, le premier exemple d’une action solidaire et rythmique qui engagera le prolétariat international dans les insurrections imminentes, inéluctables, pour une même et unique cause, la guerre. Et cet exemple donnera d’autres fruits.

D’accord avec le camarade Galleani qu’il n’est pas permis d’exclure sans autre l’Allemagne de toute participation à un mouvement insurrectionnel résultant de la guerre. Celle-ci ne pouvant — et il est aisé de le prouver — nous donner ni les solutions voulues par les dirigeants, ni celles promises aux peuples, ces derniers devront enfin chercher directement un remède aux maux anciens et nouveaux. Nous croyons, néanmoins, d’un pessimisme exagéré et dangereux que de donner la partie comme perdue à l’avance et de prévoir tout court de paradoxales semaines sanglantes.

En effet, l’une des causes qui vouait la Commune de 1871 à un échec certain, ce fut précisément d’être isolée, d’avoir gardé en somme le caractère de manifestation locale. Mais si nous pouvons prévoir, pour la première fois dans l’histoire, du fait même de la guerre, plongeant tous les peuples à un même moment dans un malaise si grand qu’il faille chercher coûte que coûte une issue à une situation insupportable, une insurrection rythmique et mondiale, l’universalité même du mouvement ne pourrait-elle être la garantie de son succès ?

Avec les effectifs formidables de n’importe quelle armée moderne, aujourd’hui celle-ci se compose vraiment de tout le peuple, et si une vaste commotion se produit, nul doute qu’elle en sera atteinte et dans des proportions à rendre impossible le retour du massacre de la Commune. D’ailleurs, à quelque chose malheur est bon. L’unanimité réalisée bon gré mal gré pour la guerre, se retrouverait peut-être en faveur de l’insurrection, les deuils, les souffrances, les déceptions n’ayant épargné, somme toute, que bien peu de monde.

Il nous semble que notre heure ne saurait tarder indéfiniment et que ces mois doivent être des mois d’une propagande et d’une préparation infatigables pour le petit nombre d’entre nous échappés à la tourmente. L’humanité n’a su se soustraire à la plus formidable boucherie de l’histoire par la révolution libératrice, mais celle-ci demeurant la seule solution possible avant comme après la guerre, il n’y a aucune raison de désespérer. Si hier nous avons prêché dans le désert, demain les faits corroboreront nos dires d’une façon si évidente pour tous, que les foules pourraient bien se retourner brusquement vers nous. Sachons alors leur indiquer un programme de réalisations précises et immédiates, empêchant tout retour d’un passé odieux et ouvrant une large route vers l’avenir.

Rien ne serait plus ridicule que de continuer à geindre sur la tristesse des temps que nous traversons. Hâtons hardiment les temps nouveaux par un redoublement d’activité, car si nous pouvons compter en partie sur les événements, il faudra surtout compter sur nous-mêmes. Aidons ce qui est nécessaire, inéluctable, fatal à se produire, pour le développer et l’orienter comme nous le conseille notre grande idée : l’anarchie. Voilà ce que nous avons à faire et ce n’est certes pas une mince
besogne.




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