Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Nos prévisions - Georges Herzig
Le Réveil communiste-anarchiste N°401 - 9 Janvier 1915
Article mis en ligne le 5 novembre 2017
dernière modification le 8 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

D’aucuns persistent à affirmer que la situation présente n’avait nullement été prévue par nous. Or, nous donnons ci-dessous un article — et il n’est pas le seul — prouvant que nous avions une conception très nette des événements qui allaient survenir. Après toute une série de douloureuses constatations, que nos adversaires taxaient de calomnies, nous arrivions à la conclusion que le prolétariat se trouverait impuissant le jour d’une conflagration européenne. Mais alors, comme aujourd’hui, nous ne pensions pas que le remède pût consister dans l’abandon de nos principes pour adhérer à nous ne savons quelle "politique nationale". Ce n’est que par l’internationalisme, par la négation de la patrie et de l’État, par la séparation pleine et entière d’avec nos exploiteurs et oppresseurs nationaux, que nous pouvons nous acheminer au bien-être et à la liberté dans la paix. La terrible crise actuelle n’aura, elle aussi, qu’un temps, et sa durée sera d’autant plus brève qu’une opposition plus étendue et énergique naîtra. Et notre heure viendra à son tour, en tant que nous aurons su la préparer.
L’article qui suit a été publié dans notre numéro du 11 juillet 1908. Après avoir constaté que l’esprit socialiste allait disparaissant, il concluait ainsi
 :

Le socialisme international a conservé l’idée de patrie et c’est ainsi qu’il s’est rapetissé. Il a fait de la politique, et comme il n’y a pas de politique négative, toute son action légale a servi en fin de compte à consolider les classes nanties.
Aujourd’hui que nous sommes à la veille d’événements graves où la paix du monde peut être troublée profondément, nous pouvons constater le néant de son action et sur la vie parlementaire et sur les masses.
Que demain la guerre, à laquelle se préparent tous les gouvernements, éclate pour une cause ou pour une autre — la plausibilité d’un casus belli est bien ce qui embarrasse le moins les gouvernants — et nous pourrons constater douloureusement combien l’esprit socialiste fait défaut. Que feraient les socialistes de l’Internationale électorale en face d’une pareille éventualité ? Se jetteraient-ils au travers des projets de leurs gouvernements respectifs ? C’est bien mal les connaître ! La tribune entendrait de solennelles protestations bientôt apaisées dans le tumulte de la mobilisation, et ce serait tout. La comédie de 1870 serait renouvelée et les soldats en marche couvriraient du bruit de leurs bottes la courte lutte des hésitations et des scrupules des prolétaires... s’il s’en produisait.
Nous savons bien que l’empereur Guillaume a la manie des discours belliqueux. C’est un Don Quichotte qui brandit souvent sa rapière, c’est entendu. Mais il y a des moments où ses discours prennent une signification singulière. Dans les guerres d’aujourd’hui, il s’agit en somme, d’avantages matériels dont veulent bénéficier les classes agioteuses et commerciales ; elles ont un caractère économique entraînant l’adhésion des groupes nationaux. Aussi, lorsque Guillaume constate l’isolement dans lequel se trouve l’Allemagne, il ne fait que confirmer un fait que les allées et -venues des gouvernants précisent toujours mieux, -et ce fait est ressenti vivement par le peuple allemand tout entier. La manifestation de Hambourg est très significative de l’état d’esprit des populations à l’heure actuelle. ’L’empereur était dans sa résidence, la foule se mouvait comme une vague dans les rues et sous les fenêtres du palais. Tout à coup, sans mot d’ordre, disent les journaux, elle entonne ce chant d’orgueil national exacerbé qu’est le "Deutschland, Deutschland über alles !"
Une foule n’entonne pas ainsi un chant de bravoure, et surtout de bravade, sans y être poussée nerveusement, fébrilement, par des préoccupations tenaces. C’est la crainte d’événements toujours possibles qui lui ont inspiré cette note belliqueuse. Je ne sache pas que les électeurs socialistes, si nombreux à Hambourg, y aient répondu par un chant de paix internationale, et il est à parier, sans crainte de perdre l’enjeu, que beaucoup d’entre-eux chantaient à pleins poumons l’hymne à la gloire allemande.
Voilà où nous en sommes.
Est-ce à dire que les syndicats ouvriers nous offrent des garanties anti guerrières plus grandes que les électeurs socialistes ? Nous nous permettons d’en douter.
Le congrès des syndicats qui vient d’avoir lieu dans la même ville de Hambourg et au moment de cet incident, nous a offert au contraire le spectacle attristant d’une diminution nouvelle et plus grande encore que par le passé de l’esprit socialiste. Ils sont animés actuellement d’idées réformistes qui ont banni tout à fait la lutte de classe de leur programme. Toutes leurs vues actuelles vont à une entente avec le patronat pour des conditions meilleures, mais il n’y a plus aucun caractère révolutionnaire dans leurs revendications. De plus en plus l’esprit nationaliste se montre, effaçant toute préoccupation socialiste, jusqu’à cette journée du ter mai, à laquelle on renonce pour ne pas assombrir les bonnes relations entre patrons et ouvriers.
Croyez-vous, étant donné cet état d’esprit, qu’au moment d’une déclaration de guerre, les ouvriers syndiqués allemands hésiteraient un instant à prendre les armes pour marcher contre les ouvriers de France ? "Nous marcherions !" répondaient, il y a quelques années, les chefs du syndicalisme allemand à un de nos amis qui posait la question avec quelque insistance. Aujourd’hui, grâce à la disparition à peu près complète de l’esprit socialiste, cette réponse ne laisserait aucune ambiguïté, je vous l’assure.
Nous n’aurons garde d’oublier qu’il y a en Allemagne des syndicats indépendants et aussi des révolutionnaires très actifs qui ont fait une très courageuse campagne antimilitariste. Mais leur nombre est restreint, et malgré toute leur bonne volonté et l’ardeur combative qui les mènent, ils seraient submergés par le flot de ceux que la lutte électorale a rendu impropres à toute protestation en dehors des organes officiels du parti ou des syndicats.
Voilà donc quelle est la situation au moment où les gouvernants peuvent, si les classes nanties y consentent en y trouvant leur compte, entraîner plusieurs nations dans une guerre sans merci.
Que conclure de la disparition de l’esprit socialiste ? Sans oublier que l’esprit antimilitariste, apporté du dehors, a donné au syndicalisme français l’apparence révolutionnaire que lui reprochent amèrement les chefs du syndicalisme allemand ; sans oublier aussi que dans le sein de la classe ouvrière peut se trouver, au moment voulu l’opposition révolutionnaire au projet des gouvernants, il faut reconnaître que la disparition de l’esprit socialiste, due à la tactique nationaliste des socialistes internationaux, rend de plus en plus problématique une opposition tenace aux aventures guerrières des gouvernants avec laquelle ceux-ci devraient compter.
Voilà où nous aura menés la tactique électorale des grands chefs socialistes : à l’écrasement du socialisme et de toute pensée de liberté, à l’égorgement des peuples, sans possibilité de réaction.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53