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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Soyons nous-mêmes - Louis Bertoni
Le Réveil communiste-anarchiste N°394 - 3 Octobre 1914
Article mis en ligne le 1er octobre 2017
dernière modification le 7 septembre 2017

par ArchivesAutonomies
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En cette heure tragique, nous ne voudrions rien reprocher à personne, car il serait absurde de dénoncer l’inconséquence de tel ou tel individu lorsque une résistance collective ne s’est pas même dessinée. Le courant belliqueux aurait impitoyablement balayé, submergé le héros qui se serait dressé pour lui résister ou le braver.
Des forces d’action considérablement supérieures aux nôtres se sont déchaînées ; leur sanglant triomphe est pour le moment irrésistible ; elles s’imposent au monde terrifié ou inconscient et l’écrasent.
Et pourtant, personne ne peut forcer notre raison à voir les choses autrement qu’elle ne les voyait hier, à justifier l’injustifiable, à pardonner l’impardonnable, à aimer ce que nous avons de tout temps haï et qui est devenu plus que jamais haïssable.
Aussi ne comprenons-nous vraiment pas ceux qui nous répètent :

- La guerre est là ! Il faut en prendre votre parti ; il ne sert à rien de la nier pas plus d’ailleurs que de la maudire. Dans le monde, seuls les faits comptent, alors que tous les mots, si beaux soient-ils, demeurent impuissants.
Eh bien, non. Le nombre est déjà trop grand de ceux d’entre nous qui ont été forcés de donner leur adhésion matérielle à la guerre ; et ce serait une suprême lâcheté en même temps qu’une suprême duperie d’y ajouter notre adhésion morale.
L’incendie a éclaté. Nous pouvons combattre les flammes et tomber victimes dans cette lutte à laquelle il ne nous était pas donné de nous soustraire ; mais gardons-nous bien de nous solidariser avec les incendiaires : financiers, rois, gouvernants, prêtres, exploiteurs et oppresseurs de tout acabit.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous qui voulions un monde de justice et de paix, devons marquer notre division d’avec les auteurs de tant d’infamies et de massacres. La haine ne doit pas creuser son lit entre peuple et peuple, mais entre tous les peuples et tous leurs dirigeants.

* * * * *

Le bourgeois cynique ricane :

- Les divisions de classes ont disparu ; il ne reste que les divisions de nations et de races.
Chez chacun des belligérants, les victimes s’étant conciliées avec leurs bourreaux, la politique, autrement dit l’intérêt des privilégiés triomphe, et la révolution, grâce à laquelle seulement l’intérêt des déshérités trouve à s’affirmer, est encore refoulée pour longtemps.
Certes, il peut en être autrement, mais comment ne pas comprendre que pour cela nous devons laisser leurs rivalités et leurs rages, leurs luttes pour la domination mondiale à tous les maîtres et tous les possédants, pour nous préparer à affirmer le droit universel au bien-être et à la liberté ?
Sous les différents drapeaux des Etats bourgeois, tous les peuples ne sauraient qu’être vaincus, et ne deviendront vainqueurs que sous l’unique drapeau de l’Internationale.
Cette vérité ne doit cesser d’être présente à nos yeux, surtout dans l’abominable crise de folie meurtrière que nous traversons, car elle nous indique aussi la seule voie par laquelle nous pouvons espérer en sortir.




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