Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Face à la République ! Pétrus
Le mouvement anarchiste n°1 - Août 1912
Article mis en ligne le 19 mars 2017
dernière modification le 6 octobre 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Quarante ans d’ignominies républicaines ! Mais, pour nous édifier, le présent suffit : le Maroc mis à feu et à sang par le civilisateur Lyautey ; hommes, femmes, enfants égorgés avec d’ingénieux raffinements de cruauté -le feu mis aux récoltes, afin que la famine complète l’œuvre du massacre. A Tunis, les verdicts implacables que l’on sait.
Et sur le sol même de la "plus douce des patries", c’est la dictature cynique des mouchards et des policiers, invités formellement à l’assassinat des suspects. Ce sont de nouveaux millions jetés par centaines à l’immonde militarisme. C’est l’escroquerie des retraites ouvrières qu’on tente de réaliser d’accord avec les tribuns de la Sociale. C’est le martyre de Rousset. C’est la loi contre la jeunesse révolutionnaire. C’est la vie chère, les vivres trustés, les loyers augmentés, la plus vaste spéculation sur la misère générale, le pacte de famine moderne auquel, comme de juste, ministres et parlementaires donnent leur signature, concours que les accapareurs auront su apprécier.
Et comme l’abjection est la marque du régime, comme il faut bien que les honnêtes gens se vengent d’avoir eu peur d’une poignée d’"outlaws", ce sont des hommes que l’on veut jeter aux bagnes pour n’avoir pas trahi, pour n’avoir pas dénoncé des amis ou des inconnus, pour avoir rempli envers les traqués ce devoir d’asile sacré aux sauvages même les plus barbares. Et, avec une logique effroyable, la République livre en même temps à son allié Nicolas le Bourreau ce réfugié russe assez imprudent pour s’être fié à l’hospitalité de la France.
 Qu’en de telles circonstances, des esprits que nous avions coutume de croire émancipés, aient pour souci les périls que pourrait courir cette délicieuse Marianne, pleurent sur le péril réactionnaire, ou les menaces de dictature, comme si nous n’étions pas déjà en pleine oppression et en pleine dictature, il y aurait de quoi nous stupéfier, si nous oublions combien les superstitions politiques, que gouvernants et ploutocrates ont tant intérêt à cultiver, sont encore enracinées au cerveau de nos contemporains. Mais pour nous, la République ne nous peut inspirer que de la haine, du dégoût et du mépris.
Ici quelques précisions sont nécessaires :
Ce que nous reprochons à la République, ce ne sont pas quelques abus superficiels, quelques canailleries inutiles et qu’elle pourrait s’éviter. Quelques-uns reprocheront ainsi à nos gouvernants de ne pas respecter leur propre légalité, de violer la "liberté de la presse" ou de ne pas appliquer seulement aux anarchistes les lois en vigueur contre ces derniers. Ces remarques sont exactes, mais ce n’est pas là ce qui détermine notre sentiment. Ce ne sont pas seulement ces grandes tragédies retentissantes, ces drames de massacres et de tueries qui jalonne la vie politique. Le plus atroce, le plus tragique, à qui regarde de près, c’est le travail normal, quotidien, de l’ignoble institution. Chaque jour, son armée, sa police opèrent leurs infâmes besognes, chaque jour ses juges exercent leur exécrable métier, chaque jour dans ses prisons, dans ses bagnes, on torture ignoblement des êtres humains. Chaque jour aussi des hommes meurent de faim, ou des maladies de la misère, ou brisés par des labeurs exténuants ; chaque jour, des milliers d’hommes sont grugés, exploités, spoliés par les bandits capitalistes dont l’Etat républicain avec tout son appareil de puissance -machine à tromper, machine à tuer, machine à torturer- est le très fidèle gardien, et l’on se demanderait pourquoi nous le détestons.
Et c’est avec cela, avec cette chose immonde qu’on voudrait que nous allions ? En vérité, il nous faut admirer l’astuce de la bourgeoisie républicaine et son habileté jésuitique. Ce n’était pas assez pour elle d’avoir fait "sa" révolution, établi "son" régime politique, "sa" dictature de classe. Il lui fallait encore démoraliser la classe exploitée, la rendre incapable de l’effort libérateur qui devait balayer d’un seul coup et le Capital et l’Etat.
C’est pourquoi nos maîtres, avec un instinct bien sûr de leurs intérêts, ont donné tous leurs efforts à faire pénétrer la théologie républicaine dans les masses populaires, et principalement par la fameuse école laïque.
Ce travail d’abrutissement fut puissamment aidé par les meneurs du parti socialiste, qui, en général, par leurs goûts, leurs origines et leurs sympathies étaient beaucoup plus près de la petite bourgeoisie que du prolétariat, et dont plusieurs étaient imbus de la pédagogie religieuse républicaine pour l’avoir eux-mêmes pratiquée.
Ce fut le sabotage du socialisme par les socialistes parlementaires, et le rêve des républicains bourgeois fut bien près d’être atteint : un prolétariat républicanisé, parlementarisé, confiant dans les vertus de la République et des "radicaux honnêtes", des bonnes lois, des bons juges, des bons officiers et des bons policiers, assez patient pour subir sans rancune les brutalités du pouvoir, assez énergique pour doubler ou remplacer les brigades centrales contre les profanateurs du régime, assez réaliste pour rejeter à des futurs très lointains tout rêve d’émancipation sociale ; bref, un prolétariat bien domestiqué.
Mais quel en fut le succès, quel en sera l’aboutissant à chaque nouvelle tentative de ce genre : l’échec piteux et le discrédit chaque jour plus grand des socialistes républicains.
Pour nous, anarchistes, nous sommes à l’abri des tentations politiciennes ! Contre l’abjecte République, nous acceptons la lutte ouverte. Nous savons que nous n’avons rien à espérer d’elle. Nous savons que la bataille sera dure, et que cela est bon, car c’est le combat même qui nous donnera ces vertus d’audace, de ténacité, de solidarité qui permettront, pour le mieux du communisme anarchiste, d’utiliser pleinement la victoire.
En avant donc, amis, contre la République !

PETRUS




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53