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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La vie des fractions de la Gauche communiste internationale
Octobre n°1 - Février 1938
Article mis en ligne le 12 juin 2018
dernière modification le 4 avril 2018

par ArchivesAutonomies
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Dans cette rubrique le lecteur trouvera régulièrement des informations sur la vie et l’évolution des fractions affiliées au Bureau International. Nous avons cru bon, cette fois-ci, de donner un aperçu général du mode de formation et des positions des fractions italienne et belge.

LA RÉDACTION.


LA FRACTION ITALIENNE

Elle s’est constituée officiellement à la Conférence de Pantin en 1928, alors que l’Internationale Communiste aboutissait, après d’innombrables exclusions de communistes internationalistes dans tous les pays, aux décisions du VIe Congrès décrétant l’incompatibilité entre l’appartenance au Komintern et la défense de positions révolutionnaires.

Mais, en réalité la fraction italienne put se constituer tout au long de la guerre civile qui revêtit des formes très âpres en Italie et d’une lutte très forte contre le centrisme. Vers la fin de la guerre de 1914-18, au sein du parti socialiste italien dirigé par les opportunistes du fameux « ni favoriser ni saboter la guerre » (ceux qui allèrent à Zimmerwald), apparut le courant des abstentionnistes ayant à sa tête Bordiga et la Fédération de Naples qui publiait Le Soviet. Sous le couvert de l’abstentionnisme parlementaire apparaissait la première fraction marxiste qui se solidarisait avec la Révolution russe, non pas verbalement, mais par l’élaboration des positions communistes, lesquelles devaient en faire le premier partisan de la scission avec les traîtres et l’artisan essentiel de la fondation du parti communiste italien. On sait que Lénine, dans la Maladie infantile du Communisme, a rendu un bien mauvais service aux marxistes d’Italie en les jugeant sur la base d’une information fragmentaire et incomplète, uniquement sur leur position d’abstentionnisme parlementaire et en accréditant les opportunistes de L’Ordine Nuovo de Turin. L’abstentionnisme, qui était un aspect de la différenciation entre communistes et socialistes reliés à l’État capitaliste, n’était pas alors une position de principe, mais plutôt une position analogue à celle que défendirent les bolcheviks lors du boycott de la Douma un peu après l’assaut révolutionnaire des ouvriers russes en 1906. D’ailleurs ce fut la gauche de Bordiga qui préconisa dans d’autres situations, lors de la montée fasciste, la participation électorale.

En janvier 1921, la fraction abstentionniste qui venait de se séparer du parti socialiste dirigé par Serrati fondait à Livourne le parti communiste. La situation italienne était déjà préjugée par la trahison socialiste qui avait liquidé le gigantesque mouvement de l’occupation des usines et par le déchaînement de l’attaque sanglante du fascisme se conjuguant avec la répression de l’Etat capitaliste. Socialistes et maximalistes désarmaient les ouvriers italiens, alors que fascisme et forces étatiques passaient à l’élimination physique et à la destruction des organisations ouvrières.

Un an après, le parti communiste, qui regroupait les meilleures énergies du prolétariat italien, adoptait à son second Congrès les Thèses de Rome condensant d’une manière synthétique les principes qui donnaient aux ouvriers italiens leur premier parti de classe. La nature organique du parti, ses rapports avec la classe, avec les autres organisations, sa tactique dans la phase des guerres et des révolutions se trouvent consignés dans ces Thèses que le centrisme fit semblant d’accepter en 1923 en Italie, pour les rejeter dès qu’il put le faire impunément avec l’aide de l’Internationale Communiste. Notons que ces Thèses, qui ne faisaient que continuer le chemin historique suivi par Lénine de 1903 à 1917, rencontrèrent l’opposition de l’internationale qui, pourtant, à l’époque de Lénine, ne les réfuta jamais ouvertement. Il est vrai qu’en Allemagne on obligeait les Spartakistes à suivre le chemin opposé en les poussant à la fusion avec les Indépendants socialistes.

Aux 3e et 4e Congrès du Komintern, le parti italien, dirigé par la gauche, s’opposait aux directives qui allaient conduire à la défaite allemande de 1923 et qui avaient pourtant reçu l’appui de Lénine et de Trotsky en particulier. C‘est à la demande expresse de Lénine que Bordiga et la gauche ne démissionnèrent pas de la direction du parti, bien qu’en majorité aux Congrès, parce que pour des marxistes, il n’était pas possible de résoudre les problèmes de la révolution dans un pays alors qu’internationalement ils se trouvaient en minorité.

Après la défaite de 1923, la gauche refusa, au 5e Congrès, le marché de Zinoviev, lequel lui proposait de rester à la direction du parti en échange d’un appui à la campagne menée contre Trotsky en Russie. Sur bien des problèmes, elle était en désaccord avec Trotsky, mais il représentait, quand même, une réaction internationaliste au centrisme et cela suffisait pour imposer une totale solidarité. Ce fut donc la démission de la gauche de tous les postes responsables et celle-ci, qui détenait pourtant toujours la majorité dans le parti, entama la lutte idéologique qui, au travers de la formation d’un courant, allait donner naissance à la fraction de gauche. En 1926, le courant marxiste qui, avec Bordiga, s’était opposé, en Italie, aux aventures du centrisme (retrait aur l’Aventin en 1924 par exemple) et qui, au point de vue international, luttait contre le « socialisme en un seul pays », la « bolchévisation », le Comité Anglo-Russe, élaborait un document programmatique qui fut présenté à un Congrès du Parti Communiste italien. Ce document est connu sous le nom de Plate-forme de la gauche.

Les Thèses de Rome (répudiées par les centristes) et la Plate-forme servirent de documents de base pour la formation de la Fraction Italienne à Pantin. Celle-ci édita un organe, Prometeo, en langue italienne, qui paraît encore aujourd’hui.

Lorsqu’en 1930 se constitua l’Opposition internationale de Gauche dirigée par Trotsky, exilé en Turquie, la fraction italienne y participa en se revendiquant de ses documents de base. Trotsky salua la Plate-forme de 1926 comme un des meilleurs documents de l’Opposition, ce qui ne l’empêcha pas de déclencher une lutte de manoeuvres et d’intrigues pour plier la fraction à sa politique.

Des janvier 1932, la crise profonde de l’Opposition Internationale de Gauche avait approfondi les divergences entre la fraction et Trotsky usant de méthodes bureaucratiques pour former des groupes, les diviser : dissolvant, déplaçant la direction internationale et attaquant la Fraction qui se refusait à participer à ce jeu empêchant la constitution d’organismes communistes dans les différents pays. L’opposition entre la fidélité aux « 4 Premiers Congrès de l’l.C. », credo du trotskysme, et l’analyse marxiste des événements d’après guerre, voyant le triomphe international du centrisme, trouva son expression non seulement dans l’opposition entre la politique de « redressement des partis » et celle de la constitution des fractions agissant dans le parti et seul canal de la pensée marxiste, mais aussi dans l’opposition entre les mots « d’ordre démocratiques » allant faire de Trotsky le champion de la guerre impérialiste d’Espagne et de Chine, et les positions de classe faisant du prolétariat et des positions prolétariennes les seuls mots d’ordre correspondant à la situation d’après guerre.

A la fin de 1932, à la veille de l’avènement de Hitler au pouvoir, la séparation devait avoir lieu sur la base d’une proposition d’exclusion de la fraction, faite par Trotsky (Gourov), qui, parallèlement, entrevoyait une possibilité de victoire en Allemagne, même avec Thälmann.

En 1935, le Congrès de la Fraction italienne, qui se tenait après la trahison ouverte du centrisme (laquelle suivait la mort définitive de l’Internationale Communiste et l’entrée de la Russie dans la Société des Nations), transformait celle-ci et, de fraction du parti communiste italien, elle devenait la fraction du parti que les éruptions révolutionnaires permettront de fonder. Cette transformation avait lieu au moment où l’impérialisme italien déclenchait la guerre en Abyssinie et le Congrès se concentrait autour des problèmes de la transformation de la Fraction en Parti que la trahison du centrisme et l’ouverture de la phase des guerres impérialistes posaient impérieusement. Un courant s’affirmait, lequel voulait substituer au processus réel des luttes de classe devant féconder les conditions pour former le parti, un volontarisme générateur d’opportunisme et de révision du programme communiste. Les dirigeants essentiels de ce courant devaient former la minorité qui, au cours des événements d’Espagne, allait soutenir la guerre impérialiste et passer de l’autre côté de la barricade.

La Fraction italienne concluait une communauté de travail, à la fin de 1933 (?), avec la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique, sur la base d’une confluence dans la critique des positions de l’Opposition Internationale (trotskystes), critique qui contenait les questions centrales du mouvement ouvrier, celles de l’État et du parti.

Les événements d’Espagne devaient déterminer une crise au sein de la Fraction et dans ses rapports avec la Ligue belge, au sein de laquelle apparaissait d’ailleurs un courant marxiste confluant avec celui qui prédominait dans la fraction. L’exclusion de la minorité fuyant la discussion, précédera la rupture avec la Ligue où se vérifiera une scission (voir la résolution de la C. E. - Bilan n° 42). Parallèlement à sa collaboration avec la Ligue belge, la fraction éditait une revue théorique, en novembre 1933, afin d’entamer un travail de clarification internationale devant pousser les groupes d’avant-garde ayant rompu avec Trotsky à suivre le chemin de la formation des fractions de gauche. A cette époque, toutes ses tentatives pour constituer un Bureau International se heurtèrent à la passivité et à la confusion des groupes existants et seule la Ligue paraissait disposée à affronter une discussion internationale sérieuse.

Avec la guerre d’Espagne, toutes les divergences avec la Ligue et les autres groupes s’exprimèrent par une rupture marquant la chute de ces groupes de communistes de gauche dans le marais des idéologies capitalistes. Une nouvelle phase s’ouvrait, celle de la formation des fractions de gauche contre tous les groupes existants, sur la base des notions programmatiques proclamées par la Fraction, en commun avec la minorité de la Ligue belge, sur l’État et le parti. Cet effort a reçu sa consécration avec la formation du Bureau des fractions de gauche et la transformation de Bilan en Octobre.

Actuellement, la fraction italienne édite Prometeo et Il Seme comunista, organe de discussion en langue italienne, et qui doit servir d’instrument de préparation théorique pour le Congrès de la Fraction. Dans une prochaine chronique, nous parlerons des divergences qui existent aujourd’hui dans la Fraction, des problèmes discutés et qui trouvent leur expression dans Prometeo et dans Il Seme.

LA FRACTION BELGE

La Conférence Nationale de la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique décidait, le 21 février 1937, de déclarer incompatible l’appartenance à son organisation des membres se solidarisant avec la résolution publiée par Jehan dans son Bulletin. Il s’agissait de l’opposition entre les participationnistes à la guerre impérialiste d’Espagne et les internationalistes se revendiquant des positions de classe. Une minorité, représentant l’ensemble du groupe de Bruxelles moins trois camarades (dont Hennaut), quittait donc la Ligue. Le 15 avril paraissait son premier bulletin mensuel avec les documents de base concernant la constitution de la Fraction belge de la Gauche communiste internationale. Il ne s’agissait pas, comme Hennaut voulait le faire supposer, d’une émanation de la fraction italienne, mais de l’aboutissement de tout un processus au cours duquel le prolétariat belge parvenait, pour la première fois, à jeter les bases pour la construction d’un véritable parti de classe.

On sait que le parti communiste belge fut créé par la Jeunesse socialiste qui, à l’appel de la Révolution Russe, quitta le P.O.B. Sa constitution ne fut pas précédée d’événements sociaux en Belgique, car la bourgeoisie put arriver, grâce au compromis de Lophem, à endiguer avec des « réformes sociales » la vague prolétarienne qui reflua vers les organisations du P.O.B. Très vite, le jeune noyau communiste fut étouffé dans une fusion imposée par l’lnternationale avec le groupe de la gauche socialiste de Jacquemotte. Néanmoins, en 1928, la majorité du parti passait à l’Opposition et, après la scission d’Anvers, cette dernière avait derrière elle tous les militants d’avant-garde du mouvement ouvrier belge. L’Opposition navigua en pleine nuit dans la multitude de problèmes qui se posaient à cette époque devant les gauches marxistes. L’absence de grands mouvements sociaux, l’impression générale de stagnation ne fut pas pour peu dans le découragement qui la pénétra rapidement. Fallait-il agir comme parti ou comme fraction du part i ? Ces problèmes s’agitaient au sein de l’Opposition sans pouvoir trouver une solution, alors qu’il était évident que seul un travail en tant que fraction du parti (même si l’on était exclu) permettrait d’aborder les problèmes propres à la dégénérescence centriste et d’élaborer les positions devant permettre, au moment de la trahison du centrisme, d’évoluer vers la constitution de nouveaux partis. Trotsky, dès son exil, pose impérativement les termes du problème (« redressement des partis » au lieu de fraction de gauche) et sans attendre une discussion internationale, sans comprendre les difficultés inévitables de l’Opposition Belge, provoqua sur la question de l’Est chinois (ce chemin de fer que Staline a finalement vendu à la Chine) une scission qui désagrégea définitivement l’Opposition Belge. Celle-ci se scinda en deux tronçons dont l’un (la Fédération de Charleroi) créait le groupe trotskiste officiel qui allait finir dans le P.O.B., pour en sortir avec des éléments de la gauche et constituer le Parti Socialiste Révolutionnaire ; et dont l’autre allait donner naissance à la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique qui végéta sur elle-même jusqu’en 1932. Au moment où le groupe trotskiste dégénérait et excluait de son sein les éléments internationalistes, rompait avec la gauche italienne, la Ligue apparaissait comme le seul noyau de classe survivant. Tout en opposant à l’idée réactionnaire du « redressement » l’idée confuse de « nouveaux partis », elle admettait cependant que les conditions historiques, la préparation idéologique, n’existaient pas pour les constituer. D’autre part, sur les problèmes de démocratie et fascisme, la Ligue, dans sa Déclaration de principe, donnait une réponse satisfaisante (bien qu’aujourd’hui elle l’ait révisée pour appuyer les républicains espagnols) et n’envisageait pas la possibilité de se contenter des « 4 Premiers Congrès de l’I.C. ».

Sa collaboration avec la Fraction Italienne, en déterminant un élargissement de sa base de travail, la venue de nouveaux éléments restés sur l’expectative ou provenant du groupe trotskiste, déterminèrent une atmosphère de discussions où les problèmes essentiels du mouvement communiste furent affrontés, tant sur le terrain international que sur le terrain spécifiquement belge. Au cours de ces discussions, qui eurent pour matière l’évolution de la Russie et la nouvelle situation internationale et belge, des divergences apparurent et se cristallisèrent peu à peu dans l’opposition des deux courants qui trouvaient pourtant encore une base commune de travail. Sur la Russie. le problème de la guerre (guerre d’Abyssinie), sur la démocratie (Plébiscite de la Sarre), sur les élections, la gauche socialiste et, enfin, sur le problème du parti et le processus de sa formation en Belgique, des divergences apparurent qui furent consignées dans le Bulletin de la Ligue et dans des Cahiers (partiellement dans Bilan).

Au terme de cette évolution, les événements d’Espagne mirent les deux courants devant la nécessité de donner une expression politique à leurs divergences et une opposition de principe apparut. Le problème de l’État et du parti voyaient surgir deux positions opposées, dont l’une aboutissait à la guerre impérialiste et l’autre dans la lutte pour la révolution prolétarienne. La scission s’imposait et elle eut lieu.

Certes, dans le processus d’évolution du courant qui allait former la Fraction belge, la fraction italienne intervint activement, mais ce fut plutôt comme un accélérateur d’une tendance de classe qui tendait à s’affirmer et comme l’aide internationaliste du prolétariat italien au prolétariat belge entraîné dans le giron de l’appui à la guerre impérialiste.

Si donc, au point de vue formel, la succession historique entre la fraction belge et le premier noyau communiste qui forma le parti n’existe pas, en réalité, au point de vue de l’évolution historique du prolétariat belge, elle existe car la fraction actuelle n’est que l’aboutissement de l’effort que le prolétariat réalise dans tous les pays depuis 1917 : la création des bases du parti de classe.

La Fraction belge, dans le n°1 de Communisme, son organe mensuel, a publié une Déclaration de principe qui est son document de base et le point de départ pour l’élaboration de sa plate-forme. Cette déclaration s’inspire des mêmes principes que la Fraction italienne. Dans ses bulletins, elle a déjà publié une série de résolutions sur les problèmes centraux de la situation actuelle et en son sein la discussion se poursuit sur un ensemble de problèmes dont nous ferons une analyse dans notre prochain numéro.




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