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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Deuxième point : La question de l’"URSS"
Communisme - numéro spécial - Octobre 1945
Article mis en ligne le 4 juin 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies

1 - Trace, manœuvres, bloc anti-marxiste. Soucieux de lever l’hypothèque de nos critiques fondamentales et d’avoir la paix pour les petites discussions, les chefs font remanier l’ordre du jour, qui mettait la question russe au 5e point. Mais ce n’est pas si facile de repasser si vite à une question qu’on avoue ne pas avoir discuter depuis 1938 !! On est rouillé . C’était si commode d’enterrer la question. Le tract trotskiste devant la question russe est tel qu’on demande aux "anti-défensistes" minoritaires et intrus de rapporter les premiers. Au tract s’ajoute la manœuvre : il serait plus commode d’accumuler les contre rapports anti - CR, plutôt que d’exposer la position honteuse : quelle position ? Personne ne se risque à défendre les thèses de la "conférence européenne" (soi - disant) parues dans "4e Internationale "numéros 4 et 5. Il faut les faire oublier, innocemment vulnérables et incohérentes comme elles sont ! A cet effet, le responsable des thèses européennes éclipsées à savoir le Secrétariat Européen (alias comité Exécutif) en personne a fait un nouveau texte. Il est vrai que la plupart des responsables eux-mêmes ne l’ont pas encore lu. Mais le CE déclare qu’il n’est pas prêt. Motif : il rentre de voyage. Son remplaçant non plus (c’est un de la Droite, l’Exécutif Européen n’est pas remplaçable par n’importe qui !).
Tout en cela dénonce le désarroi idéologique, le bloc social impérialiste russe sans autres principes, l’improvisation d’un "armement théorique" non pas contre le stalinisme (on défend son "URSS") mais contre la menace communiste révolutionnaire. Feux croisés sur le marxisme !

2 - Le rapport ersatz . Finalement l’intérimaire de Droite fait un rapport irresponsable qui permettra au CE de remettre ça après audition de notre texte et de mettre le dernier coup de pouce à la manœuvre en adaptant sa théorie à la nôtre.

A - nos réserves sur planisme. Le social chauvin essaie bien de confondre nos positions CR sur la Russie avec les analyses mencheviks ou bourgeoises, mais il reconnaît aussitôt l’originalité de certaines de nos thèses : "personne n’avait contesté l’étatisation et la planification".
Nous ne contestons pas en gros, répondrons-nous l’étatisme et le dirigisme économique en Russie. Mais nous refusons d’ignorer les résidus d’exploitation parcellaire, commerce illégal, semi-indépendance économique de kolkhozes, aussi le vaste bluff du "planisme ", qui est en contradiction directe :

a) Avec la dépendance par rapport au marché mondial et aux fluctuations des prix à l’importation et à l’exportation sur le marché.

b) Avec la falsification officielle indispensable des revenues de la classe dirigeante, dont une masse est, évidemment, frauduleuse.

c) Et surtout des aléas imprévisibles de la lutte de classe entre les exploités et les exploiteurs, affectant et la production et la consommation.

B - Trotskiste = juriste . Le rapporteur essaie, comme tous ces confrère s de remplacer le problème particulier concret de la structure sociale de l’"URSS", fondée sur des renseignements matériels, par un problème "théorique" abstrait : "Est-ce que le capitalisme d’État en général est possible sans révolution prolétarienne ?" Non dit le rapporteur. Donc les rapports sociaux en Russie ne peuvent résulter que de la Révolution prolétarienne. Donc ils sont non capitalistes, etc. Comme si le fait que le capitalisme d’État ne s’est jusqu’à maintenant instauré que par le renversement d u pouvoir ouvrier en Russie "réfutait" le fait même de ce renversement et les rapports capitalistes particuliers qui en résultent ! "Argument" : "Voyons, ce n’est pas possible. Par conséquent ce n’est pas vrai". La conclusion du possible au réel est caractéristique du trotskisme. C’est un raisonnement idéaliste de type juridique. Pour que l’histoire réalise, il lui faudrait la permission de Trotsky.

C - Nouveau principe : toute classe est progressive. Le rapporteur déclare que la bureaucratie n’est pas une classe, parce que, pour qu’une classe "naisse" et existe, il faut qu’elle ait un rôle progressif par rapport aux forces productives.
Cette falsification explique pourquoi les trotskistes n’aiment pas enseigner l’économie marxiste à leurs stagiaires et militants. Cela se développe ainsi : la bureaucratie est "parasitaire", c’est une excroissance. Donc ce n’est pas une classe. Rappelons aux apologistes de l’Empire russe que le propre même de la classe bourgeoise est d’être un frein à la production à partir des premières crises graves. Un frein absolu dans la période impérialiste (capitalisme pourrissant). Voulez-vous dire que la bourgeoisie cesse alors d’être une classe ? Pour devenir une "caste-fraction du prolétariat" peut-être ? Il n’y a pas de doute que votre définition de la "classe" est une apologie latente de la bourgeoisie. Vous le prouvez en disant plus loin que "classe ou caste", l’"URSS" doit être défendue". Social traîtres inconditionnels ?
D’autres s’étaient figuré que la bourgeoisie impérialiste dans la contre-révolution est justement parasite et ce frein, qui ne l’empêche pas de rester une classe, au contraire ! Votre objection porterait si nous étions trotskistes et si nous voyions, comme vous, dans la "bureaucratie" une formation sociale nouvelle, ni capitaliste , ni prolétarienne . Dans ce cas, il faudrait se demander à quelle nécessité économique répond la formation d’une nouvelle classe, progressive et révolutionnaire. Mais nous laissons aux trotskistes la plate fantaisie d’une société intermédiaire entre capitalisme et dictature du prolétariat. La socialisation économique est la tâche principale et caractéristique du pouvoir ouvrier. Elle en est inséparable. La chute de ce pouvoir exproprie le prolétariat et met la propriété entièrement aux mains des contre-révolutionnaires. La production ayant subi sa concentration maxima par l’étatisation, cette concentration est héritée par la classe contre-révolutionnaire, au parasitisme incontestable de la classe dirigeante, ce n’est que dans la biologie trotskiste de pacotille qu’il s’apparente plus à un "cancer" … qu’à la bourgeoisie.

D - Ni caste, ni classe : donc caste . A peine l’auditeur "consultatif" avait-il saisi que la bureaucratie n’est qu’une caste que le chauvin invoque Trotsky, ses pompes, ses œuvres : "l’histoire n’a pu trancher la question de savoir si la bureaucratie est une caste ou une classe". Trotsky et ses disciples sont tellement fiers du genre de "démonstration" précité qu’après tout ils préfèrent s’en remettre à l’histoire. Le marxisme ne consiste pas à analyser les faits, mais à attendre qu’ils s’analysent tout seul. "Caste ou classe ? On verra bien". Et on remet ça sous forme solennelle : "l’Histoire" … En attendant l’empirisme règne, et, comme il n’y a pas d’attentisme réel en politique, on décide, arbitrairement , de son propre aveu, qu’il s’agit d’une caste et l’on défend le régime. Il est évident que l’"arbitraire" en politique n’est que l’expression sans principe d’un intérêt. On aurait bonne mine d’aller dire aux ouvriers : "Nous sommes candidats à votre direction sur la base suivante : vous êtes peut-être bien exploités par une classe dirigeante, mais peut-être n’est-ce pas une classe du tout ! Demandez à l’histoire. En attendant portez-nous au pouvoir".

E - Défenseurs du Parti "ouvrier dégénéré". Mais l’agent d’un État ouvrier, même dégénéré, est un parti de Révolution, même dégénérée, défigurée, etc. Le national-trotskiste déclare cyniquement : "Le parti stalinien joue un rôle progressif de regroupement dans la première phase de la Révolution" que les hérauts du "PCI" jettent le masque, qu’ils recommencent à recruter pour le PCF, puisque c’est progressif, puisque l’escroquerie du regroupement ouvrier par les cadres de la contre-révolution est un progrès ! Les trotskistes défendent tout ce qui est progressif ! Les trotskistes vont à l’assaut du stalinisme avec la brosse à reluire.

F - Le régime russe stade nécessaire. La bureaucratie est peut-être un stade nécessaire pour les pays "arriérés". Nous avons vu que le stalinisme est transitoirement progressif dans la révolution. Pourquoi pas aussi la dictature stalinienne ? C’est pourquoi les trotskistes se proposent d’offrir l’impérialisme stalinien esclavagiste aux pays agraires et coloniaux ! Voilà la révolution permanente.

G - Social-impérialistes classiques. Sur la question de l’impérialisme, l’apologie social-impérialiste vulgaire se donne libre cours : "la bureaucratie est obligée d’acquérir des territoires de valeur stratégique. Quel intérêt économique à l’annexion de territoire pour l’URSS ?"
Même pas le courage d’une théorie de l’espace vital ! Baltique, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Iran, Allemagne c’est toujours de la stratégie. La couverture est classique et nous espérons que le "PCI" invoquera bientôt l’exemple du Traité de Westphalie et de la frontière du Rhin "frontière naturelle". L’avantage de l’explication est qu’a notre époque de guerre permanente, sans répit jusqu’à hégémonie mondiale, toute position dans le monde à une valeur stratégique. La défense idéologique de "L’URSS" par nos héros est d’une élasticité sans autres limites que la conquête du monde par Staline. Soufflons leur cette maxime internationaliste : "La sécurité impérialiste est impossible dans un seul pays". D’autre part, reconnaissons que les pétroles de l’Iran ont bien aussi un intérêt stratégique : non moins que les pétroles de Roumanie, les blés danubiens, etc. et la force de travail russe se transforme de plus en plus essentiellement en économie de guerre et tout fait économique à une porte militaire immédiate. Mais il faut des gens aussi peu "sentimentaux" (c’est-à-dire scrupuleux) que les trotskistes, pour faire des formes particulières de conquête liées à la guerre totale, une circonstance atténuante !

H - Pourquoi la droite dit du mal de l’armée russe. Les mêmes gens qui écrivaient il y a à peine 6 mois "des drapeaux de l’Armée Rouge se joindront à nos drapeaux rouges", déclarent en se refusant à toute autocritique, même intérieure, que "l’Armée Rouge" soutient, dans les pays conquis, le grand capitalisme et les propriétaires fonciers, empêche non seulement tout soulèvement populaire mais écrase les mouvements populaires qui naissent … Les partisans yougoslaves sont désarmés à mesure de son avance par l’Armée Rouge" … L’audace de ces remarques est l’audace spécifique de la Minorité de droite. Ce n’est pas la vigilance révolutionnaire qui s’éveille en elle, mais la vigilance nationaliste. "L’Armée Rouge est complètement réactionnaire" le jour ou le rapporteur croit savoir qu’elle désarme "les partisans yougoslaves" ou n’importe quelle troupe populaire d’insurrection nationale. Les pires national-trotskistes sont tièdes à l’égard de l’"URSS". Ils sont bien plus liés à la bourgeoisie française. Nous mettons en garde contre les concessions qu’ils feront volontiers sur la question russe et d’autant plus que l’antagonisme impérialiste Russie et USA se développera davantage.
Leur position peut se rapprocher de celle du groupe social-patriote Schachtmann aux USA, opposé à la défense de la Russie.

3 - Le "vrai" rapport.
En matière le de trotskisme, l’ersatz vaut le vrai, et c’était ici un tissu de perles. Après le rapport CR, qui fut écouté et portera ses fruits, vint le vrai rapport dûment préparé du CE.

A - Révisons vite !
Il déclare ouvertement que la position n’est pas "immuable", se pose toujours en "termes nouveaux", qu’on va "réviser". Mais de critique des termes anciens, de l’ancienne position, de révision honnête aucune trace ! C’est exclusivement une manœuvre de la dernière heure qui sera appuyée par la majorité les yeux fermés à peu près sans lecture ni étude préalable, uniquement pour barrer aux hésitants la route CR. Celui qui est opportuniste à droite est aussi opportuniste à gauche. Le centrisme trotskiste est conciliateur par essence et phraseur de gauche dès qu’il ne peut faire autrement. Il faut noter que la fraction la plus manœuvrière - la moins sûre de sa base, aussi - s’est montré le PCI caméléon. Détail typique : le "CE" avait adopté pour son rapport le titre littéral d’un texte fractionnel CR ; "Pour une politique conséquente dans la question de l’URSS".

B - Sur le fond, voici l’inventaire : le capital et le code romain.
"La libre disposition des capitaux et des bénéfices fait partie de la définition du capital, d’après le code Napoléon et c’est déjà une définition du Droit Romain" : le droit d’user et d’abuser".
Voilà le marxisme des maîtres de la "4e International" : il vient du code Napoléon et même du droit Romain, expression de la société antique, esclavagiste, le CE révise en effet non le trotskisme mais le marxisme. Le CE oublie que la "libre disposition" et le "droit d’abuser", caractéristiques juridiques et idéales de la propriété en général, ont toujours des limites matérielles qui sont, dans le cas du capital, les nécessités quantitativement et qualitativement déterminées d’accumulation, nécessités résultant de la concurrence [1]. La faillite, la perte du capital sanctionnant "l’abus" dans la consommation ou l’erreur dans l’investissement. De plus la majeure partie du capital actuellement appartient à des collectivités et ce sont quelques poignées d’administrateurs qui la gèrent, - étroitement dépendant les unes des autres, il est vrai !
Si c’est en général l’identité du capital avec la propriété individuelle que le rapporteur entendait démontre c’est un fiasco. Quant au fait que la bourgeoisie bureaucratique use et abuse des capitaux russes, et chaque "sovbour" (bourgeois soviétiques) dans les limites de sa libre disposition, les CR sont les derniers à le contester.

C - De l’apologie du stalinisme à l’apologie du fascisme. Le rapporteur, contraint d’examiner la tendance historique indéfendable à l’étatisation du capital, constate que "c’est dans les pays fascistes que la propriété capitaliste a subi le plus de restriction". Nous ne voyons là qu’une inepte apologie du fascisme caractéristique du trotskisme pourrissant. La lutte de la bureaucratie fasciste contre le capital parcellaire ne constitue pas une "restriction" de la propriété, mais une aggravation, par concentration. Comme le dit Engels dans L’Anti-Dühring, même l’étatisation complète du capital ne restreint nullement le capitalisme, elle le porte "à l’extrême", autant dire que l’expropriation des petits-bourgeois "restreint" la propriété privée. Cette révision du marxisme ne tend à rien de moins qu’à montrer dans l’étatisation une société intermédiaire ; ni capitaliste, ni socialiste. Il est clair que l’apologie du stalinisme conduit inévitablement à l’apologie du fascisme. La signification de la propriété bourgeoise-bureaucratique en Russie conduit à glorifier toute bureaucratie. C’est ainsi que le rapporteur déclare que l’ingérence fasciste dans le fonctionnement du capital, si, elle avait un caractère durable, créerait un nouveau régime, étatisé, non capitaliste. Mais, d’après le rapporteur, cette ingérence n’est pas durable (sic). Dommage ! il ne lui manquerait plus que cela "pour conduire au développement "inouï", "unique dans l’histoire" du au régime russe ! Et le rapporteur s’extasie sur la centralisation de la plus-value et de la rente foncière, par l’État, sans s’occuper si c’est un État ouvrier ou anti-ouvrier ! Les plaisanteries seraient de bon goût si elles ne rappelaient certaines politiques des dirigeants actuels du CCI, et qui consistaient, en 1940, à "être le meilleur fasciste avec le Manifeste Communiste dans sa poche", puisque Hitler avait instauré le capitalisme d’État et d’entrer au RNP ! Les trotskistes n’admettent théoriquement l’existence ou la possibilité du capitalisme d’État qu’épisodiquement ; mais ils se rallient pratiquement à tout capitalisme d’État réel, parce qu’ils représentent les intérêts des couches inférieures de la bourgeoisie bureaucratique en Russie et dans le monde entier. Ce n’est pas une fantaisie individuelle du CE, c’est l’essence même du trotskisme.

D - Un argument pacifiste utopique. "Au contact de deux régimes capitalistes, il n’y aurait pas extermination, mais fusion réciproque". Ce doit être vrai en alchimie. Mais, dans l’histoire, les frontaliers du Rhin ne sont pas de cet avis ! C’est justement la guerre inter-impérialiste qui est une guerre d’extermination, non les classes dirigeantes, mais les soldats-prolétaires. Dans une guerre révolutionnaire, la fraternisation limite le massacre. Mais comment un "communiste internationaliste" (trotskiste) tiendrait-il compte pratiquement de la fraternisation ?

E - Du lest pour "ultra gauche". "il n’y a pas de dictature du prolétariat, aucun contrôle, ce n’est pas le prolétariat qui gouverne, la bureaucratie a le contrôle à peu près (?) absolu sur les moyens de production. L’État russe n’est ni ouvrier, ni socialiste, ni prolétarien". NOUS SOMMONS LES TROTSKISTES, S’IL NE SONT PAS DES TRAITRES CONSCIENTS, D’IMPRIMER CES FORMULES DANS LA VERITE, et dans toute leur propagande, en déclarant leur MENSONGE antérieur dans l’emploi des formules inverses. En fait le rapporteur montre d’un côté son opportunisme à l’égard des CR, de l’autre son anti-marxisme éhonté, qui lui permet de rester défenseur inconditionnel de l’État-Moloch dont il proclame le caractère non ouvrier, de l’économie sans contrôle ouvrier, entièrement dirigée par des exploiteurs. Le trotskisme ne peut faire des concessions aux CR dans la terminologie et dans l’analyse SANS DEMASQUER SA TRAH ISON ET SON ANTI-MARXISME. Nous espérons que la majorité de la base du "PCI" saura voir cela. D’ailleurs le CE déclare que "c’est un des premiers pas qui doivent être fait par "l’Internationale". l’opportuniste est prêt à trahir même la trahison.

F - Patience ça passera.

Ensuite le rapporteur bavarde sur le thème déjà cité de la classe "sortie des besoins profonds de la production" … il dit qu’une caste est "temporaire, limitée dans le temps" … Pour qu’une classe soit classe, selon le CE, il lui faut donc toute l’éternité ! C’est la conception de l’économie bourgeoise pour qui la classe bourgeoise est éternelle. Quant à la "bureaucratie temporaire", cela veut dire que les trotskistes se consolent (et endorment les masses) en disant "ça passera", c’est la fiction, insensible aux démentis, de la "chute" automatique de Staline, de la "facilité" de la Révolution "politique" en "URSS", qui masque le front unique des trotskistes avec la bourgeoisie bureaucratique contre le prolétariat russe et mondial.

G - La philosophie bourgeoise-trotskiste du progrès et ses bases sociales.

Les docteurs trotskistes s’accommodent très facilement de la défense de l’"URSS" même si le gouvernement stalinien est l’expression d’une classe exploiteuse. Ils n’hésitent pas à liquider leur expression jésuistique-bourgeoise de "lutte sociale" et se hasardent à parler de "lutte de classes" en Russie, expression dans leur bouche remarquablement démagogique. Sachant et disant en fait que la bureaucratie est une classe exploiteuse, abandonnant sous le feu de la critique marxiste, l’apologie politique et sociale du régime, les bureaucrates trotskistes les plus roublards font une pirouette et trouvent une autre démonstration (secondaire) - pour conclure au même opportunisme (essentiel). Après tout, en théorie comme ailleurs, tous les moyens sont bons, tous les moyens sont bons et il n’y a que le résultat qui compte. On sacrifie dans le doute l’État ouvrier et sa famille et on se rabat sur l’apologie économique vulgaire qui précède de peu la débâcle idéologique, l’exploitation et l’oppression, les déportations, esclavagisme, misère, famine, mortalité, tous ça c’est "indéniable", mais c’est du "sentimentalisme" de nous y attacher. Ce qui compte (à partir de maintenant) c’est que "du point de vue économique, le régime russe est plus progressif que le régime capitaliste, plus capable de développer les forces productives. Et le Docteur délire, en bon stalinien sur l’édification … économique dans un seul pays.
Nous n’irons pas aujourd’hui sur le terrain des statistiques (officielles) et des documents (officiels ou non) pour savoir si les formes productives ont tellement progressé en Russie, ou si leur ascension ne se localise pas essentiellement à la production la plus contradictoire en soi ; celle des moyens de destruction. Nous nous tiendrons à la valeur théorique de l’argument déjà utilisé par le rapporteur - ersatz pour caractériser la guerre russe de "guerre progressive".
En quoi la supériorité ou le progrès des forces productives justifient-ils le patriotisme dans un pays quelconque indépendamment de sa structure sociale, déterminée par la nature de la classe dirigeante ?
Selon les marxistes, le progrès économique (accroissement des forces productives) est le facteur fondamental du progrès historique en général. Mais il l’est à travers la destruction des rapports sociaux existants à mesure qu’ils restreignent ce progrès. Dans les conditions de l’expropriation par la classe dirigeante, TOUT PROGRES ECONOMIQUE AGGRAVE LA SITUATION DU PROLETARIAT. C’est pourquoi le progrès économique ACCENTUE LA NECESSITE DE BRISER LA CLASSE DOMINANTE, donc la nécessité du DEFAITISME REVOLUTIONNAIRE.
La SEULE voie pour l’humanité moderne c’est la DICTATURE DU PROLETARIAT, tel est le sens de la théorie marxiste de la Révolution permanente telle que Trotsky lui-même l’avait formulée en 1905. Est concrètement, dialectiquement progressif ce qui sépare accélère l’acte politique de la révolution prolétarienne, qui adaptera les rapports sociaux au progrès des forces productives.
L’apologie du progrès économique (abstrait et de plus en plus contradictoire en dehors de l’État ouvrier), c’est la philosophie bourgeoise du "progrès", à laquelle les trotskistes se rallient avec bientôt 100 ans de retard. C’est l’optimisme fondé sur "la science la technique", optimisme abandonné depuis 50 ans par la bourgeoisie européenne elle-même, maintenu presque exclusivement par les intellectuels "bourgeois américains" et par les propagandistes staliniens. Staline lui-même a souligné l’identité foncière entre l’américanisme et son propre "bolchevisme" cher au "PCI" en faisant l’apologie de "l’enthousiasme russe joint au sens pratique américain" (voir la fin des "Principes du léninisme").
A plat ventre devant Staline et la statique (sa statistique) de qui cache l’agenouillement devant les "forces productives", c’est toute une "théorie" trotskiste du socialisme. Le trotskisme considère en général comme du sentimentalisme toute dénonciation de la contradiction fondamentale du capitalisme (rapports de classe) quand elle s’exprime sur le plan de la répartition. L’anarchie capitaliste, auprès de lui, c’est l’anarchie dans la production (la concurrence, le pillage, etc.). La basse consommation des travailleurs (source principale des contradictions, des crises, ressort de la lutte de classes) c’est matière à sentimentalisme. En général la satisfaction de tous les besoins des travailleurs n’est pas le but du socialisme, la fiction du plan résout en effet, abstraitement (fictivement) la contradiction entre forces productives et consommation. Pour maintenir cette fiction il est indispensable de retourner son attention et l’attention des autres des contradictions manifestes entre production et consommation, indispensable de forger et de se forger un cynisme contre-révolutionnaire. Le cynisme est nécessaire aux complices conscients d’une des formes d’exploitation les plus féroces et les plus rétrogrades de l’histoire. ce que le trotskisme tourne en dérision et cherche à tuer avec acharnement sous le nom de senti mentalisme, c’est le sens de classe lui-même, le parti pris prolétarien pour les exploités, et c’est le principe même de la lutte révolutionnaire : supprimer les contradictions du capitalisme en adaptant les forces productives aux besoins humains.
La "planification" n’est que le cache misère de l’exploitation étatisée ; que les trotskistes défendent cette hypocrite et meurtrière abstraction, cela veut dire qu’ils expriment les intérêts d’une couche sociale économiquement favorisée par la tendance finale de l’impérialisme à prendre la forme du capitalisme d’État. fraction inférieure de la bourgeoisie bureaucratique, les trotskistes cherchent appui dans le prolétariat avec une phraséologie démagogique. Le trotskisme est dans le meilleur des cas le centrisme propre à la petite bourgeoisie bureaucratique.

H - "Défense" comparée de l’URSS et des colonies.

La manie pseudo scientifique des analogies venant au secours de "l’économisme historique" (plutôt "juridisme"), le rapporteur compare la "nécessité de défense de l’URSS" à la "défense révolutionnaire des pays coloniaux" qu’"il faut soustraire au circuit capitaliste", parce que le capitalisme y trouve une solution a ses contradictions.
Il faut être poète pour ces métaphores. Mais elles sont naturelles au trotskiste. Endurci par son "expérience russe", il n’imagine pas qu’"on" puisse défendre les pays coloniaux pour des motifs directs de classe, notamment les travailleurs indigènes qu’"on" défend ont peut-être aussi quelque intérêt propre à lutter contre la sur-exploitation impérialiste sans épargner leurs propres féodaux, bourgeois et bureaucrates, vassaux de l’impérialisme mondial. Le trotskiste n’oublie de Trotsky que la Révolution permanente qui montre comment la lutte anti-impérialiste ("nationale") et la lutte révolutionnaire-démocratique ne peuvent être menées que sous la direction du prolétariat indigène, établissant finalement sa dictature, en rapport avec la lutte et la dictature internationales du prolétariat.
Il est exact que le prolétariat des impérialismes a intérêt à ce que sa bourgeoisie se casse le nez aux colonies, au même titre qu’il a intérêt à tout échec de son impérialisme. Mais :

a) le prolétariat des métropoles n’est pas l’allié des exploiteurs indigènes, commerçants, caïds ou mandarins ;

b) le travailleur nègre (par exemple) n’est pas pour lui de la chaire à canon, "anti - impérialiste", mais un frère de classe, inclus dans le domaine mondial d’exploitation impérialiste.

Quels que soient les accords techniques circonstanciels que le travailleur indigène puisse réaliser, dans la lutte anti-impérialiste, avec ses exploiteurs directs indigènes, nous n’abstrayons pas cette lutte de la perspective révolutionnaire. Nous refusons de contribuer à livrer le prolétariat colonial à ses oppresseurs indigènes, à leurs buts de guerre et à leur idéologie pour les utiliser comme masse de manœuvre et de diversion, capable de "neutraliser" l’impérialisme, indépendamment de la révolution mondiale. Nous avons déjà connu avec Staline une théorie analogue de "défense de l’URSS" grâce à la "neutralisation" des pays bourgeois par la lutte de classes non révolutionnaire. La neutralisation économique et militaire des impérialismes par les "libérations nationales" des colonies ou leur "défense nationale" a le même caractère réformiste. Il ne peut aboutir qu’à engager les peuples coloniaux dans des "guerres saintes", c’est-à-dire dans des putschs sanglants pour le compte de la bourgeoisie indigène et de son nouvel impérialisme tuteur. Car il n’y a pas de "libération nationale pour un seul pays colonial. On n’aboutit qu’à échanger une mainmise impérialiste contre une autre (France ou Angleterre contre Japon pour l’Extrême – Orient, maintenant Japon, Angleterre contre États-Unis). La défense révolutionnaire des pays colonisables a fait son temps, puisque le partage de ces pays est clos depuis longtemps. La libération révolutionnaire des pays coloniaux est à l’ordre du jour. Elle est partie intégrante de la révolution prolétarienne internationale.
Quant à défendre l’"URSS" pour de s motifs semblables, nous admettons bien que le monopole du commerce extérieur soit gênant pour les États-Unis. Mais nous refusons d’affaiblir tel ou tel impérialisme sur le plan "économique" … en nous mettant au service de l’impérialisme russe ! Cela a toujours été la justification des social-pariotes de ne pas vouloir renforcer l’impérialisme "ennemi" plus "arriéré".
Le 2e argument pour la défense des colonies comparée à la défense de l’"URSS", c’est que pour celles-ci on défend la supériorité "économique" et pour les colonies les "capacités de progrès" comprimées par l’impérialisme. Il est bien vrai que les métropoles empêchent relativement les colonies de progresser. Relativement non aux développements spontanés indigènes, au contraire accéléré par la colonisation mais aux capacités théoriques d’expansion de la bourgeoisie indigène. Toutefois nous savons que les capacités, dans les conditions du pourrissement de l’impérialisme mondial, ne peuvent qu’aggraver par leur développement indépendant la crise générale et non la résoudre. D’autre part, même les impérialismes les plus puissants (Angleterre) sont en voie de vassalisation par le plus puissant (les USA). La révolution nationale-démocratiques est, ici encore, une fiction, une utopie réactionnaire, dans le monde actuel, la contradiction croissante entre les forces productives coloniales et l’impérialisme n’est finalement que la base économique d’une situation révolutionnaire que seul le prolétariat indigène et mondial peut dénouer. Nous ne "défendons" pas les colonies en faveur du "progrès économique" (progressisme bourgeois), mais nous luttons révolutionnairement aux côtés des travailleurs coloniaux contre l’impérialisme, dans la perspective de la révolution mondiale. Cette lutte elle-même est objectivement déclenchée (et une victoire rendue possible) par le progrès économique et les contradictions qu’il engendre. Quant à dire que c’est la même chose de défendre l’"URSS" à cause de sa supériorité économique et les colonies parce qu’elles sont empêchées de "progresser", c’est-à-dire arriérées, nous laissons au "CE" le soin d’éclaircir !
Des belles métaphores coloniales et de la défense comparée, il reste ceci de clair que le trotskisme est social-patriote russe et que l’opportunisme théorique qu’il fabrique à cette occasion, il le reporte dans la question nationale et coloniale notamment.

I - Social-impérialisme.

Qui dit social-patriote dit social-impérialiste, il faut prendre en tutelle les pays rétrogrades et inférieurs. En ce sens il est bien significatif que plusieurs autres docteurs (le 1er rapporteur, le rapporteur du CCI) justifient "l’assimilation structurelle" dans le cas des pays agraires où le prolétariat est minoritaire (cas de l’Iran, etc.) c’est-à-dire dans les pays coloniaux typiques, c’est-à-dire justifient la colonisation impérialiste russe.
Le rapporteur, dans une parenthèse, préconise la prolétarienne dans tous les pays y compris l’URSS. démagogie à gauche : le trotskisme pense que le prolétariat russe n’a pas à faire une révolution " sociale" au même titre qu’ailleurs. Mais il s’agit d’une concession verbale destinée à endormir les révolutionnaires avant la tirade impérialiste principale. La politique extérieure de la "bureaucratie" a plus que jamais un but "stratégique". La stratégie militaire ne prolonge pas la politique qui n’exprime pas l’intérêt de classe : tel est le nouveau catéchisme. En conséquence, quand les brigands de "l’État ouvrier" déclarent vouloir détruire la base de l’économie et de la révolution en Europe par l’appropriation des moyens de production et de 10 millions de prolétaires allemands, ce n’est pas le sommet de la barbarie impérialiste, c’est un comble de SAGESSE STALINIENNE : "La bureaucratie, ayant conscience du danger présenté par l’Allemagne capitaliste veut la diminuer …" ! C’est aussi pourquoi elle veut que "la France" et "l’Italie" soient "amies de la Russie". Le Docteur oublie de dire que cette "amitié" diplomatique passe par la terreur blanche stalinienne non contre le capitalisme, mais contre le prolétariat révolutionnaire de France et d’Italie ! Jusqu’à l’intérieur du congrès le courtisan trotskiste introduit la flagornerie diplomatique. Il se met à parler gravement de "l’amitié" entre brigands impérialistes. Mûr pour la cour et la "Carrière".

J - La débâcle dans les perspectives.

Le Docteur parle du conflit USA-"URSS" et déclare "que l’URSS n’y figurait pas en tant que "prolétarienne", mais en tant que puissance qui s’oppose aux autres impérialismes". Ce lapsus, qui n’est peut-être qu’une contradiction de plus ou une petite manœuvre, illustre le désarroi théorique du malheureux "CE". Après qu’il cache la tête sous l’aile en excluant la perspective d’un conflit imminent entre URSS et USA. Il faut s’attendre à "une longue suite d’années" de paix de ce côté- là. Cela remet, en effet, à une longue suite d’années, la question de sa caractérisation sociale. Cela permet de faire des phrases gauches sans danger, de se réconcilier peut-être avec les "ultra-gauches". Espérons qu’à la prochaine guerre russe, il n’ y en aura plus.
La PANIQUE DEVANT LA REALITE, aussi bien la réalité du marxisme révolutionnaire que celle de la préparation de la 3e guerre impérialiste. Mon dieu donne-nous une trêve dans cette période de guerre et de révolutions permanentes ! Voilà la position politique improvisée par le chef européen de la "4e Internationale". D’un côté, il nie le conflit Amérique-Russie, de l’autre tantôt il nie le marxisme sans principes et par morceaux dans les analyses et la propagande CR. Il démontre par là que le centrisme est incapable de se défendre dans une lutte idéologique franche. Le "meilleur" de ses arguments est puisé dans l’idéologie bourgeoise (la propriété privée, c’est la libre disposition individuelle ; le fascisme est une restriction du capitalisme ; l’étatisation est progressive "économiquement", sans pouvoir ni contrôle ouvrier ; il faut défendre le progrès économique avant tout ; il existe un milieu entre capitalisme et dictature du prolétariat. Il faut utiliser les luttes coloniales pour neutraliser les impérialismes adverses, la conquête de territoires et de richesses se fait dans des buts stratégiques de défense, l’"URSS" a besoin de l’amitié de la France, etc.). Puis il met un peu de vin dans son dans son eau : il n’y a pas de dictature du prolétariat en Russie. Il faut y pousser la lutte de classes, faire la révolution prolétarienne. La décomposition idéologique est le prélude de la décomposition inévitable des organisations trotskistes dans le monde entier.

Le rapport du CCI sur "l’URSS".

A - A droite de la droite.

Les CR attendaient sans la moindre illusion le rapport du CCI, réputé ultra gauche par la majorité Poïste et objet d’horreur renouvelée par la Minorité nationaliste, hostile à la fusion. Dès le début le CCI se situe à droite de la CE, celui-ci représentant de la Majorité dont il est la fiction préférée de l’organe docile, - le CCI est donc à droite de la Minorité ultra majoritaire, remplaçante élective du CE dans les rapports.
Le CCI déclare que les réponses du CE aux thèses CR "sont bien souvent des concessions". Entre social-impérialisme russe et marxisme, le CCI, lui, n’hésite pas. Il ne fait pas de concessions au prolétariat russe. Le PCI est opportuniste mou, le CCI opportuniste dur. Le POI et son CE emploient une idéologie grossièrement bourgeoise pour justifier des concessions aux CR. Le CCI use d’un vocabulaire bolchevik pour se délimiter abruptement du bolchevisme des CR. C’est chez lui que l’endurcissement par les abstractions "scientifiques" de Staline-Trotsky (planification, forces productives, État ouvrier, etc.) est le plus poussé. Le fétichisme de ces notions marque chez lui l’intention de duper le prolétariat jusqu’au bout. Il se refuse à réviser la terminologie de propagande dans laquelle anti soviétique se dit "soviétique", etc. d’après lui, la bureaucratie n’est pas une classe, c’est "une fraction du prolétariat". Son attaque contre les CR porte sur la nature de classe de la couche dirigeante russe.

B - Dictature de classe et rapports de propriété. Le rapporteur accuse les CR de cercle vicieux parce qu’ils disent que la bureaucratie a pris le pouvoir en tant que classe dirigeante ; que la prise du pouvoir est ce qui donne la propriété à la bureaucratie et donc ce qui en fait une classe. Bureaucratie dominante parce que classe, classe parce que dominante.
Ô dialectique ! La Révolution prolétarienne diffère de la révolution bourgeoise en ce que le type de propriété qu’elle institue ne préexiste pas à la conquête du pouvoir politique. Cette transformation des rapports sociaux de propriété n’est pas une fantaisie "spiritualiste" comme le disent les trotskistes, mais la base même de la théorie classique de la socialisation ! La propriété socialiste n’existe que pour autant que la dictature du prolétariat l’institue et non seulement la "contrôle", mais en dispose entièrement dans l’intérêt de la classe ouvrière (la phase de contrôle est une phase au moins théorique de la Révolution elle-même. La formule "qui contrôle possède", que certains nous attribuent, est un enfantillage calomnieux). Les ouvriers ne possèdent pas directement les moyens de production mais par l’organe de leur représentant, l’État ouvrier, constitué par les Soviets, à délégués élus, contrôlés, amovibles, que le Parti révolutionnaire domine, l’État ouvrier est une condition indispensable de la DDP [2] aussi longtemps que le parti à une politique révolutionnaire, c’est-à-dire que les intérêts objectifs du prolétariat s’y expriment. Mais l’envahissement du parti par la bourgeoisie bureaucratique, commerciale ou paysanne conduit à l’écrasement de son aile ouvrière et à son embourgeoisement général. L’embourgeoisement du parti dirigeant de l’État constitue par lui-même la contre-révolution et en entraîne tous les effets. Il change la Dictature du prolétariat en capitalisme d’État bourgeois. La propriété capitaliste (donc privée) est rétablie au profit de la minorité sociale composite devenue classe dirigeante. Mais, dès avant la prise du pouvoir, la bureaucratie, couche privilégiée luttant avec les idéologiques léguées par la bourgeoisie, liée au capital commercial et agraire national, au capital financier mondial, écrasant politiquement et physiquement les oppositions prolétariennes, détournant une proportion croissante de la plus-value et éliminant de plus en plus la réalité de la part du pouvoir ouvrier, la bureaucratie était déjà une classe bourgeoise. De la même façon, la bourgeoisie expropriée par la Révolution ne cesse pas pour cela d’être la bourgeoisie en tant que classe contre-révolutionnaire dont l’ardeur est décuplée par sa chute … et qui a fourni les meilleurs cadres à la bureaucratie russe.

C - Montrez-vous le plus petit-bourgeois !

Le CCI aime la forme des énigmes. Il y a un instant c’était : A quel moment précis appelez-vous "classe bourgeoise" la couche dirigeante russe ? Maintenant c’est la question : A quel niveau précis commence la bourgeoisie et donc la propriété bourgeoise ? Répondons à cette question par une question : a quel moment un salarié cesse-t-il d’être un prolétaire ? Il est évident que certains "ouvriers" russes, champions de "travail" et de mouchardage ne sont pas des prolétaires, mais participent largement au partage de la plus-value, donc de la classe bourgeoise. Au contraire, tel employé paupérisé, bien que "petit-bureaucrate" n’est évidemment pas membre de la bourgeoisie bureaucratique. La zone limitrophe entre les classes, celle de la "petite bourgeoisie", de "l’aristocratie ouvrière", du "semi-prolétariat" existe dans tous les pays du monde. Se demander à propos de tel cas limite : est-il bourgeois, ne l’est-il pas ? cela s’appelle demander : "quel maximum de cheveux peut-il rester sur la tête d’un chauve ?" Ce qui est intéressant, c’est la question elle-même ; quel est le sens politique de la question ? Les contradictions de classe sont criantes en Russie autant et plus qu’ailleurs. Mais il s’agit par la question des cas limites, question traditionnelle des valets intellectuels de la bourgeoisie de dissimuler l’antagonisme des classes, de semer l’illusion de leur continuité, finalement de l’inexistence des classes. Dans une réunion commune, nous nous étions entendu dire par un responsable trotskiste que les généraux, directeurs industriels et autres, touchant des revenus monstrueux ne sont que de la "petite bourgeoisie" ("de la haute petite bourgeoisie, de la très haute peut-être"). Un autre déclare que pour être capitaliste, il faut directement exploiter les ouvriers (c’est-à-dire être un patron industriel !). tous ces faits illustrent le pourrissement théorique du trotskisme. Pour défendre l’URSS un impérialisme de première grandeur, il faut l’idéaliser, et pour l’idéaliser, il faut idéaliser le capitalisme et l’impérialisme en général, il faut pervertir la notion même de capitalisme. Il faut commenter le code romain ou faire du verbiage journalistique sur le capitalisme comme "combinaison des tendances à l’anarchie et des tendances au monopole". Car, voyez-vous, le monopole ce n’est plus l’anarchie ! Ce n’est plus l’antagonisme des classes. Qu’est ce que c’est ? - C’est la planification, bien sûr ! Voilà comment on dissimule les choses élémentaires à enseigner aux stagiaires de l’organisation. Le bloc anti - marxiste et ses fissures.

A - Vers la scission du PCI. Le CCI est champion du trotskisme dans cette voie. Sa direction n’est pas l’aile gauche du trotskisme, elle va et ira aussi loin que le POI dans la voie de la trahison. Moins lié à la bourgeoisie nationale et anglo-américaine, elle l’est bien davantage à l’impérialisme russe et au stalinisme. Oui, il y a des divergences "profondes" entre CCI et POI bien qu’elles ne se manifestent pas sur le terrain commun de l’opportunisme dans la lutte ouvrière. Oui, elles conduiront inévitablement à la scission. Mais la ligne de scission ne sera pas la ligne de démarcation des classes, que les trotskistes se refusent à reconnaître, mais la ligne de scission de la bourgeoisie française vassale entre le camp de l’impérialisme russe et le camp adverse commandé par les États-Unis. Les "concessions" du POI et de son SE sur la question russe sont faciles aux membres de sections officielles, dominées traditionnellement par la section américaine et imprégnées d’américanophilie. elles ne font que continuer la politique d’"opposition politique" et l’action du défaitisme révolutionnaire dans les "démocraties". Quoiqu’elles s’abstiennent pour le moment de prendre parti dans un conflit Amérique - Russie (en allongeant les perspectives). Leur social-patriotisme fut toujours lié à des sympathies "démocratiques" et "anglo-saxonnes". Au contraire, le CCI a reflété la "collaboration" Hitler-Staline. Il s’est jeté dans les campagnes anti-américaines, sans guère s’occuper de l’impérialisme allemand, maître de l’Europe, ni du propre impérialisme vassal. Tout confirme la perspective que nous ouvrons.
Elle se complète par celle-ci : Tous les militants prolétariens trompés par le trotskisme s’en détachent et s’en détacheront vers le Communisme Révolutionnaire, les cliques dirigeantes trahiront toutes seules, chacune de son côté.

B - La nuit sur un "vote" défensiste.

Le rapporteur CR a surtout développé les thèses de la Région T. modifiées et adoptées à la conférence de contact CR et telles qu’elles ont été publiées dans Marxisme numéro 1. La discussion n’a rien apporté de très nouveau après les multiples rapports et contre rapports défensistes (nous n’en citons qu’une partie). En fin de compte les contradictions secondaires (à quelle section de la bourgeoisie se rallier ?) n’empêchent pas les fractions de faire l’unité sans principes sur un texte spécifiant le maintien de la défense inconditionnelle de "l’URSS".
Or, si au cours des rapports et de la discussion, on a défini la défense inconditionnelle comme défense de "l’URSS" indépendamment de la politique de l’État russe, lorsque qu’on déclare, comme on la fait à plusieurs reprises, que, dans certains cas, les trotskistes appelleront à prendre les armes contre "l’Armée rouge" (?) jouant un rôle (?) entièrement "contre - révolutionnaire", cela veut dire qu’on tient compte de la politique de la " bureaucratie". Dans ce cas, on défend peut-être l’"URSS" dans son honneur et sa pureté mythiques ; toutefois cela on l’attaque dans sa réalité terrestre. Mais cette fanfaronnade verbale de dernière heure même contredisant aux "Drapeaux de l’Armée rouge se joindront nos drapeaux rouges", on ne l’ose que sous le couvert protecteur de la "défense inconditionnelle". Sur cette formule, que sur la peur du stalinisme, tout le monde vote confusément. Nos camarades essaient en vain de faire voter dans la clarté, ou pour la position SE-POI (révisionniste) ou pour celle du CCI. Ce qu’on veut s’est le pot au noir "défensiste", où des sympathisants CR encore inconséquents baignent aux côtés des social-impérialistes russes endurcis. La rupture avec les thèses du SE sur l’"URSS" (4e Internationale numéro 4- 5) n’est marquée nulle part. Le CCI, qui a constaté ouvertement cette rupture n’en demande aucune mention. Lui-même qui n’a jamais voté les thèses de cette conférence, qui a déclaré révisionniste une heure avant le rapport majoritaire, se hâte d’effacer toute délimitation. Ne parlons pas du POI, soucieux de la conjoncture électorale et qui tient à réconcilier tout le monde. A politique opportuniste, méthodes bureaucratiques. Il est évident que les chefs ont été obligé s de laisser le débat sur "l’URSS" se développer, qu’ils ont de leur mieux favorisé sa pulvérisation en bribes de catéchisme sous prétexte d’expression de la base, mais qu’ils tiennent à ce que la résolution votée n’engage à rien, ne renie rien, ne promette rien ; tout ainsi pourra se régler entre chefs après le congrès, et, surtout, après le départ des CR. Le principe de l’unité dans la nuit reçoit ici son application la plus extrême. Mais si les chefs ont dû faire voter tous feux éteints, cela signifie surtout qu’ils avouent l’incohérence de leur
"théorie de l’URSS", noyau idéologique du trotskisme et qu’ils reconnaissent les doutes que les CR ont pu semer. Ils ne replâtreront plus jamais la défense inconditionnée et essaieront en vain d’amortir dans leur propre base les ébranlements provoqués par l’expérience russe toujours plus manifeste et la propagande CR qui l’expliquera.