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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Témoignage des brutalités policières à Gênes
Article mis en ligne le 29 janvier 2014

par ArchivesAutonomies
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Par ou commencer ? je tiens d’abord à préciser que je suis venu seul à gênes le vendredi 20 juillet. N’appartenant à aucune organisation, j’effectuais un reportage et était donc à l’écoute des revendications, des aspirations des manifestants, revendications que je partage pour la majorité. J’allais nu-pieds pour afficher mon refus de la violence ( et aussi pour des raisons de confort), violence qui n’est définitivement pas le bon moyen d’expression et qui fait le jeu des politiques car elle décrédibilise le mouvement et occulte le vrai débat d’idées.

L’ARRESTATION

Samedi à midi je me baignais, à la petite plage, véritable no-mans’land, située entre le CONVERGENCE CENTER et la fiera Internazionale di Genova, Q.G de la police. Au sortir de l’eau, des rochers et un mur de 4 mètres me séparaient de la zone rouge. Je dis aux policiers au-dessus de moi, dans un italien hésitant mélangé à de l’espagnol que je désirais parler avec un représentant du G8. On me répondis que j’étais una mierda et en pointant la mer du doigt que je devais retourner dans la mierda. Je montais sur un promontoir formé de bois surmonté d’un pneu et m’accrochais au rebord. Un policier au-dessus de moi me dit qu’ils me feront du mal ("te fate malo") si j’essayait de grimper. Quoi au juste ?demandais-je . Le policier sortis son revolver de sa gaine et me répondis : "te mato". Je continuais malgré tout à leur expliquer que j’étais non-violent et que je voulais parler. Je tentait de grimper mais ce même policier me poussa violemment le visage en arrière. Puis arriva sur ma droite, venant des rochers, 3 CRS en tenu de combat. Ils m’arrachèrent du mur et me tirèrent pour me ramener vers la plage. A un certain moment je m’arrachai à leur emprise et me précipitai vers le mur ou les têtes de policiers formaient un rempart. J’escaladai et une main jailli de cette masse, je la saisie.
Debout sur le rebord du mur, le front incliné, le poing droit tendu vers le ciel, arborant autour de mon biceps un tissu blanc en souvenir de Carlo tué la veille, blanc comme la lumière et la vie et non noir chaos, noir néant. Ce fut ma seconde d’éternité. Je fus immédiatement encerclé, ligoté mains dans le dos avec des lanières en plastique et j’entendis un "quere parlare" ironique qui ne présageait rien de bon. Je fus trainé loin des regards indiscrets, vers un batiment sombre ; le sol descendait et semblait m’entrainer vers les oubliettes. Les gens alentour s’approchaient lentement. Je sentis mon bras gauche se tordre et mon pouce céda ; les choses empiraient et je demandais de l’aide : "é un uomo ? help me !" A cet instant je fus balayé par le casseur de pouces et roué de coups de pieds par ses collègues, et les gens s’approchaient toujours un peu plus. Puis une voix forte s’éleva, un journaliste italien à la barbe grisonnante hurla sur ces lâches brutes, me releva, me sauva. "Grazie Mille" balbutiais-je.
Je changeais alors de mains, mains plus délicates qui tranchèrent mes liens à l’aide d’un couteau, sans me blesser. Assis adossé à un mur, je remplis d’une main tremblante, nerveuse un questionnaire assisté d’une femme comprenant le français. A une femme qui semblait prête à m’écouter je dis que je venais d’être tabassé ; par là-bas. Elle me monta sur le tibia gauche, son voisin monta sur mon pied gauche et se penchant vers moi elle me demanda : "qu’est-ce que t’as fait la police ? qu’est-ce que t’as fait la police ?". Je garde le silence, regarde ma jambe puis ses yeux de policière en colère. Silence. Un troisième flic dit : "il est intelligent" .Et hilares, ils se retirèrent de ma jambe. On me fit enfiler un sac poubelle noir pour me faire comprendre que j’étais "una mierda" et je fus stocké dans une pièce aux fenêtres couvertes d’un papier bleu opaque, fenêtres que l’on s’empressa de fermer. J’y restais 1 heure. Par moments des bruits sourds contre les murs me parvenaient de la pièce d’à côté, ainsi que quelques cris étouffés de manifestants réticents. On me transféra ensuite, menotté dans mon sac poubelle à l’arrière d’une voiture de police, pour libérer la pièce, car les fourgonnettes pleines de détenus commençaient à affluer. Autour de moi il y avait de jeunes flics en civil, une foule disparate d’uniformes qui par moments convergeaient, comme aimantés, vers les fourgonnettes. Je compris que c’était lorsque les détenus étaient tabassés avant d’être emmenés dans la pièce que j’occupais pour dresser un procès verbal, procès ou les coups remplaçaient le verbe.
J’aperçut aussi derrière moi, de l’autre côté des barrières, une compagnie de CRS alignée sur 2 rangs, prête pour une photo souvenir avant la charge et le défoulement de violence. Mais ce qui me choqua plus que l’enthousiasme et l’air jovial des CRS manifestement ravis d’en découdre, fut le drapeau rouge sorti et les armoiries douteuses peintent sur quelques boucliers brandis fièrement pour la photo et vite escamotés à l’arrière d’une fourgonnette. Ces brigades sont donc politisée et pas là pour contenir des manifestants violents mais se font les chevaliers d’une cause que je découvris à Bolzaneto : le fascisme italien et un certain DUCE.
Je parvins à communiquer un peu avec une policière qui ouvrit enfin la portière arrière car je suffoquais dans cette petite cage de verre et d’acier en plein soleil, dans ce sac poubelle qui m’étouffait et que je tentais d’arracher vainement, réussissant simplement à resserrer les menottes et faire souffrir un peu plus mon pouce cassé. Elle me prévins que je ne serai "pas traité comme de l’or", et que surtout là-bas il faudrait garder "el silencio", se taire.
Je fus ensuite mené dans le car qui nous transporta avec une quinzaine de camarades, à travers la zone rouge vers l’ouest, sur les hauteurs, à la périphérie de Gênes dans une caserne dont j’appris le nom dans les journaux : Bolzaneto. Avant l’entrée sur le bord de la route, un homme en costard-cravate, dossiers sous le bras, portable à la main, nous fit signe : sûrement un avocat mais que l’on ne vit jamais.

BOLZANETO

On m’appelle pour me faire descendre en premier, chaque policier dans le camion me marche sur mes pieds nus ou m’assène des coups de pieds dans les tibias. En bas du car une vingtaine de policiers, certains en civil. L’un d’eux me monte sur le pied et me parle, mais je n’écoute pas ne voulant pas comprendre. On me fait remonter dans le car, et derechef coups de pieds, écrasements pendant que je rejoins ma place et que raisonne les rires des policiers qui parlent de "psychologia". quelques minutes s’écoulent et l’on demande un volontaire. Je me lève, on me fait pénétrer dans le bâtiment : petit vestibule, à droite et à gauche une pièce avec des ordinateurs, une horloge marque 13h50.C’est là que mon questionnaire est emmené pendant qu’on m’enlève les menottes et c’est là pensais-je que se trouve le salut. Au sol quelques effets personnels. Puis on m’emmène dans le couloir bordé de cellules, dans chacune d’elle une douzaine de détenus. On me fait pénétrer dans la cellule numéro 8 qui est vide, je suis placé à droite de la grande fenêtre grillagée, dans cette position qui allait être la mienne pendant 8 heures (de 14h à la tombée de la nuit). Petit à petit la cellule se remplit, un des détenus dû rester nu pendant quelques temps. Des policiers passaient régulièrement frapper ceux dont les bras tombaient, cognaient nos têtes contre le mur lorsque nous tentions de décontracter nos cervicales, ré-écartaient nos jambes à coups de pieds. Dès que l’on fermait les yeux pour s’évader en pensées de ce lieu infernal, un policier nous criait dans les oreilles des insultes. Et cette maudite grille que j’entendais si souvent claquer et être verrouiller ne semblait jamais devoir s’ouvrir pour nous libérer.
Celui qui est proche de la grille se prend des coups de matraques par moments, il essaye donc de s’éloigner discrètement pour ne plus être à porté des coups.
Mon voisin de droite est italien et à la mauvaise idée de parler avec les policiers, de leur demander des choses, oh pas grand chose en fait. Il râle et est emmené au bout du couloir pour être "maté". Il revient le T-shirt déchiré, le dos et les bras marqués par les coups. Ainsi je réalisais qu’au bout de ce couloir les détenus recevais un traitement "spécial". En effet le soir certains détenus y étaient emmenés, des cris aigus vous glaçant le dos en venait. Les policiers s’amusaient avec du gaz lacrymogène et du pepper gaz, car bientôt toute la caserne fût empli de cette odeur agressive et même les policiers portaient des foulards pour s’en protéger. Ceux qui revenaient du bout du couloir dégoulinaient de sang. Dans les couloirs, les cellules, les policiers humiliaient, riaient et chantaient des chants fascistes.
La nuit tombée je m’écroulais lentement, à bout de forces. Le froid, calmement, devint insupportable, je me recroquevillais et me couvrais du sac poubelle. Mais ce froid n’était rien comparé au traitement infligé aux malchanceux emmenés au bout du couloir. Je fût emmené dans un hangar plein d’ordinateurs, pour les empreintes digitales, photos, mensurations…On me fit signer des papiers en italien que je ne comprenais pas. A chaque déplacement on se tenait courbé mains sur la tête, et les policiers formant une haie frappaient à l’envie.
Vers 2 heures arriva l’armée qui gère l’administration pénitentiaire. 2 fois on me mena devant la pièce administrative et 2 fois je fut frappé (ils portaient des gants en cuir) puis remis dans la cellule 1, dans leur position favorite et, régulièrement, de nouveaux arrivants étaient littéralement jetés au sol, prenant des coups de pieds. Et toujours le même homme venait frapper chacun de nous, attentif aux réactions des prisonniers (gémissements, cris qu’il semblait beaucoup aimer entendre). Il nous fit ensuite mettre à genoux, dressés ; et mes rotules nues souffrirent de longues minutes.
J’essayais de comprendre la déposition qu’on m’obligea à signer , mon délit était violenza puis autre chose que je ne comprenais pas. Ils rirent beaucoup devant mes questions incompréhensibles et me firent comprendre que si je ne signais pas je retournais dans la cellule. (évidemment nous n’avons jamais pu passer un appel, ou voir un avocat car de toute façon ils ne parlaient et ne voulaient entendre que l’italien).
Suivi la parodie de visite médicale, le "médecin" étant un policier en civil vêtu d’une blouse qui quelques heures auparavant frappait les détenus. Mis à nu je dû faire 3 flexions ce qui fît beaucoup rire les 2 "infirmières" présentes, qui d’ailleurs semblaient n’être là que pour ça. C’est lors de cette "visite médicale" qu’ils piquèrent mon codétenu Buchaïm REGGANE à l’épaule, lui injectant un liquide transparent qui, je l’espère n’est pas une saloperie ou un virus.
Il était plus de 3 heures du matin quand je fus menoté à un italien au crâne ouvert sur 10 centimètres et l’on nous fît monter dans un car avec des mini-cellules pour 4 personnes. Nous étions les 2 premiers. Ils laissaient les portes ouvertes et maintenait la climatisation en marche. Les parois, le sol étaient en tôle gelée. Toujours en caleçon j’étais transi de froid et me collait à mon codétenu pour recevoir sa chaleur. Nous sommes restés dans ce camion 1 heure peut-être 2. A chaque fois que 2 détenus montaient, le camion fermait ses portes, démarrait, faisait quelques mètres, nous réveillant en nous laissant espérer un départ qui ne venait pas. Puis ils rouvraient les portes.
Nous arrivâmes à la prison vers 10 heures du matin(d’après le soleil). On nous plaça dans une cellule de transition ou l’on nous tabassa rapidement, pourquoi au juste ? Veine question. Au bout de 2 heures je pu signer les papiers et l’on m’expliqua que j’étais condamné à 1 an de prison, car ils avaient trouver un pistolet dans mon sac. Oh, bien sûr je pourrais voir un avocat mais seulement à ma sortie de prison. après nous eûmes droit à une douche, un lit, un repas. Je fut libéré la nuit de dimanche à lundi, avec comme seules possessions la lettre de sortie de prison (ils ont gardé mon passeport) ainsi que la chemise, le pantalon et les sandales donnés par le prêtre de la prison : Don Paulo. Dans la nuit noir au milieu de nulle part, sans rien mais libres, commença pour nous 5, et ceux qui suivirent, un long périple pour rentrer chez soi, loin de la police italienne. Merci aux jeunes italiens qui nous prirent en stop, nous accueillir chez eux à Alessandria et organisèrent des navettes entre la prison et la gare. Lorsque je retrouvais mes grands-parents le lundi 23 au soir , j’avais perdu 5 kilos.

TÉMOIGNAGES RECUEILLIS

Buchaïm Reggane, marocain de 28 ans travaillant depuis 6 ans à gênes, défilait pacifiquement avec les manifestants, le samedi, quand ils furent bombardés de gaz lacrymogènes. Aveuglé, marchant à tâtons, des policiers lui tombèrent dessus et le massacrèrent à coups de pieds dans le dos, la tête, le visage. Malgré sa peau mate, ses épaules ses bras étaient violets, il était ouvert sur 2 cm à la tempe, son visage était marqué et l’on devinait même les chaussures qui l’avait piétiné. Il se déplaçait très difficilement, resta allongé toute la journée, et ne pouvait tourner la tête.
Uli Braud, berlinois de 40 ans (approximativement) fut enlevé dans la rue simplement parce qu’il portait un T-shirt noir (représentant le sous-commandant Marcos). Au commissariat on lui prit d’abord son pouls, sa pression artérielle, on écouta sa respiration pour savoir s’il était en bonne santé et ne risquait pas de leur claquer entre les doigts. Il fut ensuite attaché à une chaise aux côtés d’un anarchiste italien, dans une pièce à part. Il y fut battu une heure, pas en permanence parce que c’est fatiguant quand même de frapper quelqu’un On lui chanta un chant fasciste , en lui demandant s’il connaissait. Non ? bam. Son voisin dut, sous les coups, crier "viva le Duce". Pendant qu’il se lavait les mains, après les empreintes digitales un policier l’aspergea à bout portant (10cm) de gaz lacrymogène sur la tempe. Uli, libéré avec moi, avait le regard sombre : sombre à cause des cocards mais aussi sombre de détermination, pour que justice soit rendue aux victimes d’une répression, qui tourna à la torture, arbitraire, gratuite, avec des relents de nationalisme.
Mark et Paddy, 2 frères dublinois, étaient assis face aux grilles de la zone rouge en ce samedi 21 juillet, avec d’autres jeunes, démontrant calmement leur indignation face à ce que se racontaient les 8 sur le bateau de guerre. Des ‘violents’ en noir, venant de derrière eux lancèrent des projectiles sur les grilles et les policiers. Les frères se levèrent pour les arrêter, à l’aide de grands gestes signifiants : "du calme, ça ne sert à rien…". Ils furent alors encerclés, ‘maitrisés’ et placer dans une fourgonnette. Là, les mains attachées dans le dos, les coups de matraques pleuvaient, parfois dans les testicules (jamais à cours d’idées les policiers !). A bolzaneto, face au mur, on fit retourner à Mark son T-shirt du CHE. Avec GUEVARA sur le dos les policiers le frappèrent avec enthousiasme, lui disant à l’oreille : "j’adore frapper le CHE". Je vis leurs dos à la sortie de la prison : violets et enflés sur toute leur hauteur.
Alex, espagnol type Manu Chao prenait des photos de matraquages de manifestants lorsque les civils lui tombèrent dessus. Il reçu le même traitement que mes amis irlandais. A un détail près : dans la fourgonnette qui roulait prestement, un des policiers sortit son pistolet automatique, l’arma et le braqua sur son front, hurlant à tout bout de champ. Cet inconscient se sentait puissant, imitant sa star favorite du grand écran. Mais dans les yeux d’Alex, lorsqu’il me raconta cela , je pu lire la peur, l’effroi qu’il avait éprouvé pendant ces quelques secondes ou il a senti la mort posée sur son front.
Sur les dizaines de détenus à qui j’ai eu l’occasion de parler pendant et après ma détention, il y avait un seul coupable de violences. John, nord irlandais de Belfast était membre d’un groupe anar dont les racines remontait à la guerre civile espagnole. Il avait aidé à casser des banques, des concessionnaires FIAT, car cela était symbolique, il relançait les bombes lacrymogènes aux flics et les affrontaient car ils ne sont qu’une milice au service de ceux qui détiennent le pouvoir (on s’en est aperçu à gènes). Mais il refusait et condamnait le saccage de voitures, magasins ou tout autre chose étant une propriété privée. Et il avait été enlevé dans la rue simplement parce qu’il portait un T-shirt estampillé anar.
J’ai rencontré Juliane Spitta, jeune berlinoise, le vendredi 20 juillet dans le bus numéro 7. Elle venait d’être libérée par la police, avait faim et ne possédait qu’un sac plastique plein de papiers et déclarations de la police. Elle avait été arrêtée aux abords de gênes, à bord de sa fourgonnette UPS (entreprise de courrier) avec ses 4 copines. Elles transportaient 50 sacs de leurs amis qui les attendaient à gênes. La police éventra tous les sacs et trouva des casques, des lunettes de natation et des petits masques de chantier pour les gaz lacrymogènes, mais aussi 2 bâtons et 1 batte de base-ball. La police déclara que sa voiture était piégée, et que la tôle avait été blindée afin d’en faire une voiture bélier. Tout cela était faux bien évidemment. Mais après 7 heures passées par terre avec des policiers l’humiliant, la menaçant de coups, lui refusant appel, nourriture, avocat, traducteur… Ses 4 amies furent expulsées d’Italie. On lui assura que personne ne se souciait d’elle, alors que ses amies avaient appeler un avocat, sa famille lui a envoyé de l’argent…Elle signa forcée, contrainte. Elle passa 3 jours dans une prison pour femme et se vit même à la télévision sans qu’elle comprenne ce qu’ils disaient d’elle. Après s’en être servie pour dire que les manifestants étaient de dangereux terroristes, ils s’en débarrassèrent le vendredi 19. Gardant évidemment la voiture "piégée" et toutes les affaires. Voilà entre autre comment le pouvoir italien, certainement en accord avec les 7 autres Magnats (ou maniacs) ont manipulés l’Italie et l’opinion publique internationale.




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