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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre du 15 Septembre 1972
{Intolérable}, n°4, 1972, p. 35-36.
Article mis en ligne le 11 avril 2014
dernière modification le 10 avril 2014

par ArchivesAutonomies

le 15.9.72

Chère A,
Je réponds un peu tardivement à ta lettre mais je t’avoue que je ne savais pas trop quoi t’écrire. Bien sûr ta dernière lettre m’était adressée mais elle appartenait surtout à F. Il l’a d’ailleurs lu avant moi !
Bien sûr que je m’occupe de lui : il est mon ami de toujours et je crois qu’il a vraiment besoin de ma présence. Je suis son confi­dent et le seul qui puit le réconforter dans cette crise difficile qu’il traverse. Ce n’est pas toujours gai car parfois il défoule ses angoisses et sa colère contre moi. J’essaie d’être compréhensif mais il y a des jours où j’ai envie de le fuir et d’aller dans une cellule avec des garçons plus cool. Alors je fais une demande d’audience pour changer de cellule mais ensuite je la déchire car il me demande de ne pas le quitter.
Parfois le soir, après avoir pris son médicament, il se met à pleurer et à hurler qu’il est malheureux. J’essaie de le consoler mais c’est là une tâche difficile car moi aussi j’ai mes problèmes et quand je le vois malheureux il me communique ses angoisses. Que faire ? que dire dans des instants pareils ? Des phrases toutes faites du genre : « le bonheur n’est pas de ce monde ! » Pourtant il sait qu’il n’est pas seul ! Tu l’aimes, tu l’aimes vraiment comme il n’est pas possible d’aimer !
Pour l’instant son problème majeur c’est sa famille. II a l’impression que tous les membres de sa famille (sauf B. !) se sont coalisés contre lui et le laisse tomber. Effectivement les lettres de J. se font rares et celles de 0. inexistantes.
Il a aussi des problèmes au sujet de sa contrainte par corps qui n’est pas payé et qui risque d’être une entrave à sa mise en liberté provisoire. Quant à son avocat, dont sa mère devait payer les honnoraires, il paraît qu’il n’a pas été payé. Tu sais comment sont ces requins tant qu’ils ne sont pas payés ils ne se donnent pas trop de mal pour leur client.
Enfin voilà, en gros, les problèmes qui le torturent. Nous avons vu le second expert psychiatre hier. Il était vraiment plus sympa que le premier et pour ma part il m’a dit que la taule n’était pas une solution pour moi et m’a laissé entrevoir que son rapport me serait favorable. Pour L. je ne sais pas quel a été le résultat de son entretien avec lui mais je pense qu’il a dû être cool aussi avec lui.
Voilà l’essentiel des nouvelles. Vas jetter un coup d’œil vers chez lui pour savoir ce qui se passe exactement. Je fais tout ce que je peux lui remonter le moral mais hélas je peux peu !

Je t’embrasse amicalement

H.

P. S. : Écris lui ; écris lui le plus souvent que tu le peux. Tu ne peux savoir à quel point tes lettres peuvent lui remonter le moral.