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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’assassinat camouflé
{Intolérable}, n°3, Novembre 1971, p.41-52.
Article mis en ligne le 11 avril 2014
dernière modification le 10 avril 2014

par ArchivesAutonomies

Pendant des semaines, les journaux américains ont publié des récits de la mort de Jackson. Tous différents, ou presque. A chaque instant, des impos­sibilités, des contradictions. Tantôt les événements commencent à 15 h 10, tantôt à 14 h 25. Tantôt le revolver est un 9 mm, tantôt un 38. Tantôt Jackson a une perruque, tantôt il n’en a pas. Le samedi, c’était une flambée de trente secondes ; le lundi, un long massacre de trente minutes.
Or, la plupart de ces informations viennent direc­tement de l’administrai ion pénitentiaire. Un homme qui dirait sur la mort de son voisin la moitié des incohérences proférées par le directeur de San Quentin sur la mort de Jackson serait aussitôt inculpé du meurtre. Mais cela n’arrivera pas au directeur de San Quentin.
Jackson l’a dit : ce qui se passe dans les prisons, c’est la guerre. Une guerre qui a d’autres fronts : dans les ghettos noirs, à l’intérieur de l’armée, devant les tribunaux. Il y eut un temps où un combat­tant en prison était un soldat hors combat. Pour le pouvoir, la prison était, après le meurtre, l’arme la plus efficace contre l’adversaire. Aujourd’hui, les militants révolutionnaires emprisonnés et les "droits commun" devenus révolutionnaires dans leur déten­tion même ont permis que le front de la guerre passe à l’intérieur des prisons. Combat terriblement inégal puisque toutes les armes (on vient encore de le voir à Attica) sont du même côté ; combat qui inquiète pourtant l’administration américaine puis­que, désormais, les décisions de justice ne peuvent le faire cesser. Les verdicts scandaleux ont fait des détenus des combattants ; et en retour le combat des prisons rend dérisoire la sentence, quelle qu’elle soit, des tribunaux. Le pouvoir n’a plus alors qu’un recours : le meurtre.
Celui de Jackson ne sera jamais jugé par la justice américaine. Aucun tribunal ne cherchera réellement à savoir ce qui s’est passé : c’est un acte de guerre. Et ce qu’en ont publié le pouvoir, l’administration pénitentiaire, les journaux réactionnaires doit être reçu comme autant de "communiqués de guerre".
C’est dire qu’ils répondent à des exigences tac­tiques ; ils doivent servir à quelque chose ; ils conti­nuent la bataille sur le front intérieur.
Inutile donc de se demander ce qu’il peut y avoir d’à peu près exact dans les communiqués de l’Admi­nistration. Il suffit de savoir à quoi pouvait lui ser­vir de dire ceci ou cela ; ce qu’elle voulait faire et obtenir.

Quelques heures après la mort de Jackson, Jim Park, le directeur adjoint de la prison, donne une première version des événements :

  • Tout s’est passé en trente secondes ; il était 3 h 10 de l’après-midi, soit "un peu plus d’une heure après la fin des visites".
  • L’incident s’est déroulé au quartier de force de la prison, là où sont gardés "les pires des incor­rigibles". Dix-sept à vingt détenus y ont pris part ; entre autres Jackson, les deux autres frères de Sole­dad (Drumgo et Clutchette) et Magee impliqué, avec Angela Davis, dans l’affaire du 7 août 1970.
  • Le rôle exact de Jackson ? Était-il le leader ? demande-t-on à Jim Park. "Il a été le premier à sor­tir de sa cellule ; il avait un revolver à la main ; à vous de conclure."
  • Ce revolver était un 38. On ne sait pas s’il s’en est servi. En tout cas, les cinq victimes (trois gar­diens, deux détenus blancs) ont été poignardées avec des couteaux, introduits en cachette ou fabriqués sur place. Deux autres gardiens ont été blessés de la même manière.
  • L’émeute venait de commencer depuis moins d’une minute lorsque Jackson est sorti en courant du quartier de force. Spain, un autre détenu, l’ac­compagnait. Jackson a été abattu aussitôt, Spain légèrement blessé.
  • Les gardiens n’ont eu à tirer qu’un ou deux coups de feu. Le reste (une trentaine de détonations), c’étaient des salves d’avertissement pour forcer les détenus à sortir et à aller s’étendre dans la cour.

    A quoi tend cette première version ?
    A présenter une émeute soudaine, violente, absurde, sans cause ni but précis, et une riposte prompte et sans bavure de la police.
    Mais ce n’est là encore qu’une première opéra­tion, hâtive et faite pour parer au plus pressé. D’autres opérations sont nécessaires, qui se dévelop­peront dans les jours suivants. Certes, l’Adminis­tration américaine avait besoin du meurtre de Jackson : il était la figure principale du mouvement révolutionnaire des prisons ; il fallait donc le supprimer. Mais elle avait peur que son assassinat ne provoque une explosion et le renforcement, en retour, des révolutionnaires. De là une série d’opérations déclenchées sous forme de communiqués, d’informa­tions, de révélations. Elles avaient pour but à la fois de travailler l’opinion - celle du moins qui n’était pas encore fixée - et de préparer un certain nom­bre de mesures répressives. Cette contre-offensive cherchait à obtenir cinq résultats :

  • 1. Compromettre les avocats noirs et blancs qui apportent aux détenus une aide juridique et politique ;
  • 2. Rendre suspecte de complicité toute la com­munauté noire ;
  • 3. Rendre rassurante l’image dévalorisée des gar­diens ;
  • 4. Briser le front commun des détenus noirs et blancs ;
  • 5. Atteindre le prestige des leaders noirs qui mènent la lutte dans les prisons avec les "droit commun" et les "politiques".

    PREMIÈRE OPÉRATION : "l’avocat suspect"

    Le schéma s’impose : il faut que la mort de Jackson soit liée directement à une visite ; que ce soit la visite d’un avocat ; que cet avocat ait été lié aux radicaux et aux noirs ; qu’il ait apporté lu,-même, messager illicite, les instruments du drame.

    1. L’horaire

    Dans la première version, l’émeute commençait à 3 h 10, une heure après les visites. C’est encore la chronologie donnée par l’Oregonian du 23-VIII.
    Mais :

  • Les événements "ont commencé immédiate­ment après la fin des visites" (New York Times, 23-VIII).
  • Les événements se sont produits à 3 h 10, "au moment où les visites venaient de se terminer" (San Francisco Examiner, 24-VIII).
  • A 2 h 35, Jackson était reconduit au quartier de force, et les choses ont commencé aussitôt (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • C’est, à 2 h 27 que le gardien De Léon signe le registre attestant que Jackson vient d’être reconduit au quartier de force. Jackson tire son revolver quelques secondes après (New York Times, 3-IX).

    2. Le revolver apporté

  • Park déclare : "Vraisemblablement le revol­ver a été introduit" (San Francisco Chronicle et Examiner, 22-VIII).
  • Le directeur de la prison, Nelson, a révélé que Jackson avait reçu une visite le samedi 21, au début de l’après-midi. Nelson n’a pas voulu révéler ni l’identité ni la profession du visiteur. Mais il a fait un "lapsus" : il a parlé de la table qui séparait Jackson de l’"avocat". Nelson "suppose" que ce visiteur a apporté le revolver. Comment, lui demande- t-on, a-t-il pu passer à travers le détecteur ? "Dans la vie, tout est possible" (New York Times, 23- VIII).
  • Les autorités donnent le nom de l’avocat : Stephen Bingham. Jeune, blanc, libéral, ayant par­ticipé à des "sit-in" à Berkeley, collaboré avec Martin Luther King, et plaidé en mars 1970 pour trois hommes inculpés de violence à agent pendant une séance du procès des frères de Soledad (San Francisco Chronicle, 23-VIII, et San Francisco Exa­miner, 24-VIII).
  • Bingham est arrivé à San Quentin à deux heu­res de l’après-midi. Avec une jeune femme, qui a donné le nom de Anderson. Elle avait un porte-documents. On lui a refusé l’accès du parloir. Elle a donné le porte-documents à Bingham. Quand celui-ci est passé au parloir, le détecteur a réagi ; on a ouvert la serviette, il contenait un magnéto qui a paru en état de marche. Les pièces intérieures avaient dû être enlevées pour faire place au revolver (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Bingham et la jeune femme passent ensemble au parloir et parlent avec Jackson. On sait que cette jeune femme est en relation avec une avocate de East Bay (San Francisco Examiner, 24-VIII).
  • L’adresse donnée par la jeune femme est celle des Black Panthers à Oakland (San Fran­cisco Chronicle, 24-VIII).
  • L’adresse de la jeune femme est 2230 lOth Street, Berkeley (San Francisco Examiner, 25-VIII).
  • Le revolver avait été acheté par les Black Panthers à Reno (San Francisco Examiner, 23-VIII).
    — Bingham et sa compagne étaient arrivés à San Quentin dans la matinée. Ils s’étaient présentés à 10 h 15. Bingham n’étant pas avocat en titre de Jackson, on lui fit attendre le permis de visite. Il fut refusé à Mlle Anderson. Bingham rencontra Jackson au parloir à 13 h 25 (New York Times, 3-IX).
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  • C’est au cours de cet entretien que Bingham donna à Jackson non seulement le revolver mais deux chargeurs et une perruque (New York, 3-IX).
  • Bingham a complètement disparu ; le procureur Baies a prononcé cinq inculpations de meurtre contre Bingham, selon une loi de l’État de Californie qui assimile les complices et les auteurs (New York Times, 3-IX).</p<

    DEUXIÈME OPÉRATION : "LE COMPLOT NOIR"

    Il s’agit cette fois de montrer que, dans cette guerre des prisons, toute la communauté noire doit être considérée comme suspecte ; les femmes et les enfants sont des combattants déguisés en civils.

  • Les autorités font état d’un plan d’évasion qu’elles auraient "découvert". Un ancien détenu qui avait été dans la même cellule que Jackson lui aurait fait passer une lettre, par l’intermédiaire d’un avo­cat. Réponse de Jackson au dos de la lettre. L’ancien détenu laisse traîner le papier dans sa poche. Au pressing, un employé le découvre, l’adresse aux autorités qui, "pour ne pas éveiller les soupçons", prennent copie et font remettre la lettre en place (San Francisco Examiner, 24-VIII).
  • Dans cette lettre, Jackson demandait à ses sœurs de "cacher des pistolets dans les talons de leurs souliers" ; il joignait un "schéma pour leur montrer comment échapper au détecteur". Elles devaient aussi cacher des tubes d’explosif dans leur vagin. Jackson indiquait en outre le moyen de cou­per l’électricité de la prison et demandait qu’on vienne l’attendre avec "un véhicule à quatre roues".

    Le 1er août, Jackson a reçu justement la visite de deux de ses sœurs avec trois enfants. Park, le directeur adjoint de la prison, pense qu’il s’agissait d’un "ballon d’essai" ; il fallait "tester l’efficacité du détecteur". On découvre en effet que l’un des enfants avait des boucles de métal à ses sou­liers et à sa ceinture. Tous trois portaient, dissimulés, des pistolets d’enfant.
    Les autorités n’ont pas fait état jusque-là du plan d’évasion et de la visite suspecte de sa famille : car, disent-elles, "elles ne voulaient pas porter préjudice à Jackson" dont le procès allait venir bientôt au tribunal de San Francisco (San Francisco Chronicle, 24-VIII).

  • On a en effet trouvé, dans la cour de San Quen­tin, à côté du cadavre de Jackson, non seulement un revolver et deux chargeurs, mais une bouteille d’explosif (San Francisco, 24-VIII).

    TROISIÈME OPÉRATION : "LES GARDIENS PACIFIQUES"

    Du côté des détenus, toutes les armes, toutes les ruses, toutes les violences ; en face d’eux, des gar­diens les mains nues, impuissants et distraits. Les noirs font la guerre permanente ; les blancs essaient de maintenir un ordre indulgent. S’ils ne veulent pas en être les premières et les seules victimes, il faudra bien qu’ils reviennent, comme le disait Jim Park, "aux vieilles méthodes correctionnaires". Il faudra bien un jour qu’eux aussi soient armés.

    1. Le revolver passé pendant les visites

  • La plupart du temps, Jackson était conduit enchaîné au parloir. Mais "comme depuis un certain temps, il s’était montré coopératif", on venait de décider de lui retirer les chaînes pendant les visites (New York Times, 3-IX).
  • Souvent, dans le parloir, détenus et visiteurs sont séparés. Ce jour-là, il n’y avait, entre Jackson et l’avocat, qu’une table (New York Times, 23-VIII).
  • En principe un gardien doit surveiller sans arrêt le petit parloir où Jackson a rencontré Bingham. C’est le parloir où les condamnés à mort recevaient d’ordinaire les visites. Le 21 août, un seul surveillant est préposé au grand et au petit parloir. Il ne peut pas avoir les yeux fixés en permanence sur Jackson (San Francisco Chronicle, 24-VIII).

    2. L’arsenal dans la coiffure

    a) Ce qu’était la coiffure.

  • Une haute chevelure de style africain, en forme de tour (Oakland Tribune, 24-VIII).
  • Une chevelure africaine de longueur moyenne (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Depuis quelque temps, Jackson portait un petit bonnet sur l’arrière du crâne. C’est sous ce bonnet, plutôt que sous les cheveux - ou vrai­semblablement "sous un mélange des deux" -, que Jackson a caché et transporté son arme (San Fran­cisco Chronicle, 24-VIII).
  • Les officiels font état d’une perruque qu’on a trouvée enfoncée dans les toilettes d’une cellule. Us pensent qu’elle a rapport aux événements du 21 août, mais ne disent pas comment (San Fran­cisco Examiner, 24-VIII).
  • Un gardien avait eu l’impression que Jackson portait une perruque. Il ne l’avait pas dit. Il ne le révéla qu’au moment où on découvrit la perruque (San Francisco Chronicle, 25-VIII).

    b) Ce qu’était l’arsenal.

  • Un revolver de 38 (San Francisco Chronicle et Examiner, 22-VIII).
  • Un revolver de 9 mm d’origine étrangère (New York Times, 23-VIII).
  • Un Llama de 9 mm d’origine espagnole (San Francisco Examiner, 23-VIII).
  • Un Astro M. 600 (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Un Llama court de 9 mm, qui a cinq pouces de long ; et non pas un Llama ordinaire de huit pouces de long (San Francisco Examiner, 29-VIII).
  • Un revolver de huit pouces de long, de cinq de haut et 1,5 d’épaisseur. En outre, sous sa perru­que Jackson transportait aussi deux chargeurs pleins (New York Times, 3-IX).

    3. La découverte du revolver

  • Jackson, revenu au quartier de force, sort son revolver et abat l’homme qui était en train de le fouiller (Examiner, 23-VIII).
  • Le gardien qui était en tram de fouiller Jackson aperçoit dans ses cheveux comme l’extrémité d’un crayon. il lui demande ce que c’est. Au lieu de répondre, Jackson tire le revolver. Selon certaines sources, le revolver n’était pas chargé ; Jackson l’arme donc, avant de maîtriser les gardiens immobiles, "abasourdis" (San Francisco Chronicle, 24- VIH).
  • Il y avait à ce moment-là six surveillants, dont un gradé, au rez-de-chaussée du quartier de force ; trois sentinelles étaient dans le couloir menant aux cellules (New Cork Cimes, 23-VIII ; San Francisco Chronicle, 23-VIII).
  • Jackson venait d’être amené au quartier de force par le gardien De Léon. Devant lui, Rubiaco qui le fouillait. Derrière lui, le sergent Mac Cray qui surveillait. Rubiaco remarque quelque chose dans les cheveux de Jackson. Il veut s’en emparer, Jackson fait un saut de côté, arrache sa perruque, prend le revolver et les deux chargeurs, met un des chargeurs dans le revolver et se tourne vers les gardiens, qu’il neutralise (New York Times, 3-IX).

    QUATRIÈME OPÉRATION : LE MASSACRE NOIR

    Contre le mouvement révolutionnaire dans les pri­sons, l’Administration américaine s’est constamment servie du racisme. Maintenant, le front de la guerre ne passe plus entre détenus noirs et détenus blancs ; mais entre tous les détenus révolutionnaires et l’Administration (et tous ceux qu. la servent, gardiens ou détenus). Jackson avait joué un rôle déterminant dans cette évolution de la lutte.
    Il s’agît pour les autorités de briser à tout prix ce nouveau front et de rétablir au plus vite la viru­lence du racisme anti-noir dans les prisons. Il faut donc montrer que les événements de San Quentin ne sont pas un nouvel épisode de la lutte politique, mais un retour aux anciennes pratiques du mas­sacre sauvage.

    a) La participation de Jackson.

  • Jackson est sorti du quartier de force trente secondes après avoir brandi son revolver (cinq hom­mes ont été égorgés par "d’autres détenus") (San Francisco Examiner et Chronicle, 22-VIII).
  • Jackson sort son revolver et fait ouvrir sous la menace toutes les cellules du rez-de-chaussée. Il sort aussitôt et il est abattu. Tout n’a duré que trente secondes. Maïs les gardiens ne reprennent possession du quartier de force qu’au bout d’un quart d’heure. Ils trouvent cinq cadavres. A la question "pourquoi ces meurtres ?" le sous-directeur répond : "Sans doute pour venger la mort de Jackson" (New York Times, 23-VIII).
  • Jackson, en manœuvrant un levier automa­tique, ouvre toutes les cellules du rez-de-chaussée. Il est un peu plus de 14 h 35. "Pendant près d’une demi-heure", c’est le massacre exécuté par Jackson et un camarade. C’est vers 15 h 10 seulement que Jackson sort du bâtiment et cherche à s’échapper (San Francisco Chronicle, 23-VIII).
  • C’est dans la cellule de Jackson qu’on a trouvé, entassés les uns sur les autres, quatre cadavres et un blessé que les égorgeurs avaient tenu pour mort.
  • Pour qu’elles ne reconnaissent pas leurs meur­triers, les victimes ont eu les yeux bandés (San Francisco Examiner, 27-VIII).

    b) La sauvagerie du massacre.

  • Toutes les victimes ont été égorgées en trente secondes (San Francisco Chronicle et Examiner, 22-VIII).
  • Le massacre a duré une demi-heure. Avec une moitié de lame de rasoir, Jackson et les autres déte­nus entreprennent d’égorger leurs otages. Comme la lame est émoussée, ils sont obligés de s’en servir comme d’une scie. Des coups de feu les obligent à se retirer à l’arrière du bâtiment ; ils y entraînent leurs victimes tout en continuant à leur cisailler le cou (San Francisco Chronicle, 23-VIII).
  • Comme la lame de rasoir était usée, on s’est servi d’un coupe-ongles pour sectionner l’artère jugulaire d’un surveillant.
  • Autopsies des victimes. Jere Graham : deux coups de couteau dans la poitrine, deux autres dans le ventre, une balle à l’arrière du crâne. Frank De Léon : gorge tailladée des deux côtés, une balle à l’arrière du crâne, blessure à la face par un objet contondant, garrotté avec un fil électrique. Paul Kravenes : trois coups de rasoir à la gorge, un autre du côté droit, garrotté avec un fil électrique. John Lynn : quatre blessures du côté droit du cou, deux du côté gauche. Ronald Rane : une artère section­née du côté droit de la gorge (San Francisco Chro­nicle, 24-VIII).

    c) La mort des détenus blancs.

  • Les noirs révoltés ont tué, outre les trois gar­diens, deux détenus blancs "parce qu’ils ne les aimaient pas" (San Francisco Chronicle et Exami­ner, 23-VIII).
  • Il y avait quatre détenus blancs au rez-de-chaussée du quartier de force. Quand Jackson a fait ouvrir les portes, deux d’entre eux, en prenant qu’ils allaient être tués par les noirs, ont refermé la porte de leur cellule, ce qui leur a sauvé la vie (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Les noirs ont tué deux détenus blancs parce que c’étaient des auxiliaires de service et que les noirs ne peuvent ramais devenir auxiliaires de service (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Les deux auxiliaires venaient de terminer leur service à la cuisine. Ils restaient dans leurs cellules. Les mutins leur demandent : "On est en train de s’évader ; êtes-vous avec nous ? - Nous ne sommes pas contre vous, mais nous ne marchons pas. - Alors, vous êtes contre nous." Ils furent tués (San Francisco Chronicle, 25-VIII).
  • Les deux auxiliaires blancs ont été tués alors qu’ils travaillaient encore à la cuisine (New York Times, 3-IX).

    CINQUIÈME OPÉRATION : LE LEADER IRRESPONSABLE

    Jackson apparaissait comme le leader du mouve­ment révolutionnaire dans les prisons. Il s’agissait pour l’Administration de le détruire physiquement. Mais il fallait aussi détruire l’image (pour qu’il ne survive pas) et la fonction (pour qu’il ne soit pas remplacé) : il fallait donc que Jackson ait entraîné les autres détenus dans une entreprise sans issue ; il fallait qu’elle ait été destinée à ses seules fins à lui ; il fallait qu’il abandonne ses camarades au milieu du combat et qu’il cherche, seul, à s’enfuir.

  • Une tentative d’évasion collective dont Jackson apparaît comme le chef (San Francisco Chronicle et Examiner, 22-VIII).
  • Jackson voulait s’évader avant le procès des Soledad Brothers qui devait avoir lieu bientôt. En découvrant le revolver dans ses cheveux, les gar­diens déjouent le plan. C’est alors que Jackson déclenche l’émeute (San Francisco Chronicle, 24- VIII).
  • Jackson et ses complices, pour le procès qui allait venir, avaient monté un plan d’action, un peu semblable à celui d’août 1970. Il voulait faire usage d’un revolver au tribunal. Quand il se voit décou­vert, il entraîne des camarades (San Francisco Chronicle, 24-VIII).
  • Jackson cherche à s’évader dès le début de l’émeute (New York Times, 23-VIII).
  • C’est lorsque l’alarme est donnée que Jackson cherche à s’évader. Il quitte le quartier de force et court vers le mur d’enceinte (haut de sept mètres). Il est abattu de deux balles, l’une dans la tête, l’au­tre au talon (San Francisco Chronicle, 24-VIII).